Nouvelle compétence contre les inondations, les élus locaux inquiets

Aujourd’hui, ces responsabilités incombent à tous les niveaux de collectivités, régions, départements ou municipalités, mais une proposition de loi présentée par des élus MoDem et LREM veut confier exclusivement tous ces travaux aux communes et à leurs Etablissements publics de coopération intercommunale (EPCI).

Cette proposition de loi sur « l’exercice des compétences des collectivités territoriales dans le domaine de la gestion des milieux aquatiques et de la prévention des inondations » (Gemapi) doit être discutée jeudi en première lecture à l’Assemblée nationale.

Avec un littoral de quelque 460 km, incluant quatre îles, la Charente-Maritime est en première ligne. Comme dans toutes les collectivités où la prévention des inondations est cruciale, les élus s’inquiètent : quelles longueurs de digues fluviales et littorales sont concernées, combien cela va-t-il coûter aux collectivités locales, et qui sera responsable pénalement en cas de sinistre ?

« On a rarement vu un transfert de compétence se faire comme ça. Normalement un transfert est basé sur une évaluation, un état des lieux, et c’est toujours accompagné d’une contrepartie financière. Là, les digues sont transférées sans compensation financière. On nous dit +c’est à vous maintenant+. On ne sait pas ce que l’on transfère ni ce que ça va coûter », proteste Lionel Quillet, président de la Communauté de communes de l’île de Ré.

Aujourd’hui, personne ne connaît précisément le linéaire de défense fluviale ou littorale concerné. Dans sa fiche d’impact précédant le « décret digues » de 2015, le ministère de l’Environnement mentionnait « la base d’environ 3.000 kilomètres de digues pérennisées » d’un coût « en rythme de croisière d’environ 300 millions d’euros par an », incluant maintenance et nouveaux travaux.

– ‘Personne ne sait’-

« Pourquoi 3.000 km ? Personne ne sait », objecte Stéphanie Bidault, directrice du Centre européen de prévention de risque d’inondation (Cepri). D’autant qu’il « n’y a pas eu d’état des lieux préalable des digues ». Pour le Cepri, ce serait plutôt le double, soit 6.000 km.

Dans un rapport de 2011, le Cepri estimait que sur les 8.600 km de digues françaises, dont au moins 510 km protégeant contre les submersions marines, 5.600 km étaient dans un état dégradé ou inconnu.

Pour la Direction générale de la prévention du risque, rattachée au ministère de l’Ecologie, les coûts de rénovation des digues vont d’un à trois millions d’euros par km.

En appliquant ce barème, la Gémapi pourrait donc coûter, sur la base de 3.000 km et d’un coût moyen de 2 millions d’euros, environ 6 milliards d’euros. Soit 20 fois plus que les 300 millions d’euros évoqués. Et si le linéaire s’avère finalement long de 6.000 km, cela ferait 12 milliards, soit 40 fois plus.

Pour tout cela, la compétence Gemapi n’autorise les EPCI qu’à lever une taxe additionelle de 40 euros par habitant.

« Une compétence sans financement nouveau, à part la taxe additionnelle, ce n’est pas très sérieux non plus. Ce n’est pas un vrai financement », estime Nicolas Portier, délégué général de l’Assemblée des Communautés de France (Adcf, qui regroupe les communautés d’agglomération et de communes).

« Ces inquiétudes sont compréhensibles », dit à l’AFP la rapporteure du texte, Mme Elodie Jacquier-Laforge. « Mais la proposition de loi demande un rapport au gouvernement sur l’état des digues concernées et une étude d’impact financier », souligne cette députée MoDem de l’Isère.

Et en cas de rupture d’une digue, qui sera responsable ? « Qui aura la responsabilité des digues, c’est la question », souligne Jean-Pierre Tallieu, président de la communauté d’agglomération de Royan Atlantique.

L’Adcf « attend du débat parlementaire qu’il précise l’étendue réelle de la responsabilité, au 1er janvier 2018, des autorités compétentes. (…) Il n’est pas possible que les communautés soient dès le 2 janvier 2018 considérées comme responsables d’éventuelles défaillances antérieures en cas de sinistre », a t-elle fait savoir dans sa lettre de soutien au projet de loi.

Les Infos Mer de M&O

La station Amundsen-Scott

La station américaine Amundsen-Scott est l’habitation terrestre la plus au sud de notre planète, et non, nous n’y vivons pas la tête en...

La Fondation Jacques Rougerie missionnée pour construire le premier musée de Tuvalu

À l’occasion de la COP30, un projet inédit et hautement symbolique a été dévoilé au Climate Mobility Pavilion : la création d’un Musée pour Tuvalu, conçu pour préserver la mémoire, l’identité et le patrimoine d’un pays menacé par la montée des eaux. Au cœur de cette initiative mondiale : la Fondation Jacques Rougerie – Académie des Beaux-Arts, reconnue pour son expertise unique en architecture biomimétique et océanique.

15 novembre 1634 : premier règlement de discipline de la Marine par le cardinal de Richelieu

Dès que la capitulation de la Rochelle, en 1628, eut délivré le cardinal de Richelieu de son principal souci, il résolut de créer...

Carine Tramier, Présidente du Corimer : « Innover, c’est s’adapter et transformer la contrainte en opportunité ! » Les Grands fonds marins – 1

Où en sommes-nous ? L'innovation, pour l'industrie navale et maritime, est un moteur de l'innovation. Pour les grands fonds, l'acquisition des connaissances sur les...

Francis Vallat, membre de l’Académie de Marine : « avec l’intelligence artificielle, on danse sur un volcan ».

Cette tribune paraît simultanément à la Une du magazine Marine & Océans et d’Opinion Internationale. ---- Engagé dans le monde maritime depuis plus de cinquante ans, dont...

CMA CGM valide la construction en Inde de 6 porte-conteneurs de 1 700 EVP dual-fuel au GNL

CMA CGM devient la première grande compagnie maritime internationale de transport par conteneurs à conclure un accord pour six nouveaux navires propulsés au...

Plus de lecture

M&O 288 - Septembre 2025

Colloque Souveraine Tech du 12 sept 2025

Alors qu'il était Premier Consul, Napoléon Bonaparte déclara le 4 mai 1802 au Conseil d'État, "L’armée, c’est la nation". Comment ce propos résonne t-il à un moment de notre histoire où nous semblons comprendre à nouveau combien la nation constitue et représente un bien à défendre intelligemment ? Par ailleurs, si la technologie est le discours moral sur le recours aux outils et moyens, au service de qui ou de quoi devons-nous aujourd'hui les placer à cette fin, en de tels temps incertains ? Cette journée face à la mer sous le regard de Vauban sera divisée en tables rondes et allocutions toniques.

ACTUALITÉS

Le Bénin et la mer

Découvrez GRATUITEMENT le numéro spécial consacré par Marine & Océans au Bénin et la mer

N° 282 en lecture gratuite

Marine & Océans vous offre exceptionnellement le numéro 282 consacré à la mission Jeanne d’Arc 2024 :
  • Une immersion dans la phase opérationnelle de la formation des officiers-élèves de l’École navale,
  • La découverte des principales escales du PHA Tonnerre et de la frégate Guépratte aux Amériques… et de leurs enjeux.
Accédez gratuitement à la version augmentée du numéro 282 réalisé en partenariat avec le Centre d’études stratégiques de la Marine et lÉcole navale

OCÉAN D'HISTOIRES

« Océan d’histoires », la nouvelle web série coanimée avec Bertrand de Lesquen, directeur du magazine Marine & Océans, à voir sur parismatch.com et sur le site de Marine & Océans en partenariat avec GTT, donne la parole à des témoins, experts ou personnalités qui confient leurs regards, leurs observations, leurs anecdotes sur ce « monde du silence » qui n’en est pas un.