Rédigé par l’Environmental Justice Foundation (EJF), ce rapport se base sur des entretiens avec plus de 400 pêcheurs indonésiens et philippins ayant travaillé sur près de 250 navires chinois, taïwanais et sud-coréens ayant opéré dans trois pêcheries dans le Pacifique et l’Océan indien.
« Des données à cette échelle, c’est la première fois qu’on en a, c’est une source d’information inégalée », a souligné à l’AFP Amélie Girardini, qui a contribué au rapport.
La pêche au calamar pesait 10,9 milliards d’euros en 2025. Elle est largement dominée par la flotte chinoise, qui représente 33% des captures mondiales de calamars, et plus de 50% des captures en haute mer.
Opérant de nuit, les navires de pêche ont recours à de puissants projecteurs pour attirer les calamars vers la surface avant de les capturer. Pour éviter de devoir retourner au port, les navires transbordent le fruit de leur pêche vers des bateaux frigorifiques, afin de rester plus longtemps sur la zone de pêche.
Certains marins ont ainsi témoigné être restés pendant deux ans sans voir la terre. « Vous pouvez imaginer la santé mentale de ces gens qui sont au milieu de la mer, sans aucun moyen de communication », a pointé Mme Girardini.
Sur les 431 marins interrogés, une vaste majorité dit avoir souffert d’isolement, été privée de ses papiers d’identité, avoir travaillé des heures supplémentaires excessives, pour des salaires insuffisants ou sans rémunération, etc.
« Les pêcheurs nous ont fait part de violations des droits de l’homme d’une gravité choquante », a souligné Dominic Thomson, auteur principal de l’étude, selon lequel « le travail à bord des navires s’accompagne presque systématiquement d’une forme ou d’une autre de travail forcé. »
C’est particulièrement vrai pour les navires chinois, à bord desquels 92% des marins interrogés font état d’au moins sept indicateurs de travail forcé sur les 12 définis par l’Organisation internationale du travail (OIT).
Dans son rapport, EJF répertorie 25 morts à bord des bateaux, dont neuf imputés au béribéri, une maladie observée en cas de malnutrition.
Ce travail forcé s’accompagne souvent de pratiques de pêche destructrices, comme la découpe d’ailerons de requins, la capture de dauphins ou de tortues marines et la pêche non déclarée de grandes quantités de thons.
L’ONG réclame plus de transparence et d’encadrement de cette pêche. « On peut également bloquer ces produits au niveau de nos contrôles aux importations », estime Mme Girardini, en rappelant que l’Union européenne est le premier importateur de calamars dans le monde.




