Pour les pêcheurs anglais, après le Brexit, un océan d’incertitudes

« Boris nous a vendus! », enrage depuis son petit cottage des hauteurs de Ramsgate, avec vue sur les eaux grises de la Manche, John Nichols, 69 ans, président de la Thanet Fisherman Association, en référence au Premier ministre britannique Boris Johnson.

« Nos limites territoriales restent les mêmes, c’est ce qui nous déçoit le plus. Les bateaux étrangers vont continuer à se servir, peut être encore plus qu’avant », redoute le pêcheur et lobbyiste qui bataille depuis 2016, année du référendum ayant voté la sortie de l’Union européenne du Royaume-Uni, en faveur d’un Brexit dur.

Comme d’autres, il espérait retrouver la grandeur passée de la pêche anglaise, celle d’avant le carré de cabillaud surgelé importé de loin.

L’accord commercial post-Brexit entre le gouvernement britannique et l’UE, annoncé la veille de Noël, prévoit finalement une période de transition jusqu’en juin 2026 à l’issue de laquelle les pêcheurs européens auront progressivement renoncé à 25% de leurs prises.

Bien moins que ce qu’espérait M. Nichols qui rêvait déjà pour les 40 chalutiers de la côte d’une « zone exclusive de 12 miles », de quotas plus stricts et de contrôles renforcés, surtout contre « la flotte néerlandaise qui stérilise les eaux avec sa pêche à impulsion électrique ».

– Miracle venu de l’Ouest? –

Ce Brexit, les marins de Ramsgate l’ont soutenu depuis quatre ans, allant jusqu’à organiser des manifestations « Leave » de chalutiers sur la Tamise, sous les fenêtres du Parlement.

« Le dicton dit +méfiez-vous de vos désirs+ », philosophe le vétéran des pêcheurs du coin, Tom Brown, 85 ans et son bonnet de marin enfoncé jusqu’aux sourcils.

Depuis 1973 et l’adhésion du Royaume-Uni à la CEE (Communauté économique européenne, ancêtre de l’UE), « quand ça a commencé à mal tourner », ce pêcheur de cabillaud et son frère ont été de toutes les luttes, grèves et blocages. Il a même créé avec quelques pompes au large sa propre « raffinerie », dont les bénéfices étaient reversés aux pêcheurs, pour amortir le choc de la soudaine concurrence européenne.

Et puis les cabillauds sont partis vers le Nord. Avec le réchauffement climatique, les Britanniques les importent désormais d’Islande pour en faire la base de leur plat national, le « fish and chips ».

« On ne mange plus de poisson frais en Angleterre, juste du fish and chips. C’est fini. Les gens vont au supermarché et les jeunes ne supportent plus l’odeur même du poisson », déplore-t-il.

Sans marché local, les pêcheurs du Kent dépendent entièrement de l’export. Au fil des années, les poissonneries et criées de la station balnéaire de Ramsgate ont d’ailleurs disparu.

Il ne reste qu’un grossiste qui fait partir par camion chaque matin environ 70% de la maigre pêche de la nuit, principalement des soles et des fruits de mer, vers Boulogne-sur-Mer en France, de l’autre côté de la Manche.

Et à partir du 1er janvier, avec la sortie du marché unique, le casse-tête commence.

« Nous allons les aider avec toute la paperasse, mais le plus compliqué reste les procédures vétérinaires sur la fraîcheur. Faire venir un contrôleur pour sept kilos ne rime à rien », souligne M. Nichols.

Au moment de tourner le dos au continent et à des années de partenariat bon gré mal gré avec les acheteurs français, les pêcheurs de Ramsgate espèrent désormais un miracle venu de 3.500 km à l’Ouest.

« Nous avons été approchés par les Américains pour envoyer par avion à New York des poissons haut de gamme (sole, turbos, bars) », assure John Nichols.

Pour Tom Brown, plus défaitiste, il ne faut pas la faire aux vieux marins. « Nous étions la plus grande nation de pêche, avec les meilleures eaux… C’en est fini! ».

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