Prison ferme pour le commandant d’un pétrolier de la flotte fantôme russe

Brest (France), 30 mars 2026 (AFP) – La peine maximale d’un an de prison et 150.000 euros d’amende a été prononcée lundi par la justice française à l’encontre du commandant du Boracay, pétrolier de la flotte fantôme russe arraisonné en septembre par la marine française, au large de la Bretagne.

Conformément aux réquisitions du parquet, le tribunal correctionnel de Brest a assorti la peine d’un mandat d’arrêt à l’encontre de Chen Zhangjie, de nationalité chinoise et âgé de 39 ans, qui n’était pas présent lors de la lecture du jugement.

L’avocat de M. Chen, Me Henri de Richemont, a immédiatement annoncé son intention de faire appel de cette condamnation qu’il a qualifiée d' »absolument incompréhensible ».

« Je ne m’attendais pas à une peine aussi sévère », a déclaré l’avocat, qui avait plaidé la « relaxe pure et simple » pour son client, qui était lundi en mer sur un autre navire.

Le commandant du Boracay était poursuivi pour avoir refusé d’obtempérer, le 27 septembre 2025, lorsque la marine française avait voulu inspecter son navire de 244 mètres de long, alors qu’il naviguait dans les eaux internationales.

Le navire, qui a changé de nombreuses fois de nom et de pavillon, était alors suspecté d’être impliqué dans les survols de drones qui ont perturbé le trafic aérien danois en septembre – un volet dont la justice n’était pas saisie.

Appartenant à la flotte fantôme russe, utilisée par Moscou pour contourner les sanctions occidentales contre ses ventes de pétrole, le bateau se trouvait alors au large de l’île d’Ouessant (Finistère), avec une cargaison de pétrole russe à destination de l’Inde, sans pavillon visible.

« Il pleuvait et on ne met pas de pavillon quand il pleut », avait expliqué M. Chen, lors de sa garde à vue.

Une heure après avoir été approché par la frégate L’Auvergne, l’équipage avait fini par hisser le drapeau du Bénin. Mais les autorités de Cotonou avaient déjà indiqué à la France qu’aucun pétrolier n’était immatriculé dans leur pays.

– « Entre deux feux »-

Relancé à de nombreuses reprises par la marine française, le commandant du Boracay indique alors qu’il attend l’autorisation de son armateur pour les laisser monter à bord. Au bout d’une heure et demi de palabres, les commandos marine finissent par arraisonner le navire, sans rencontrer d’opposition de l’équipage.

« Le commandant était pris entre deux feux, entre la marine et son armateur », a souligné son avocat à l’AFP, assurant qu’il n’avait à aucun moment refusé d’obtempérer.

Pour le parquet, au contraire, les militaires français « ont fait face à une particulière mauvaise volonté du capitaine », ce qui les a contraint à effectuer « une manoeuvre dangereuse, de nature à engendrer un accident », selon les mots du substitut du procureur Gabriel Rollin, lors de l’audience du 23 février dernier.

Ses réquisitions ont été suivies à la lettre par le tribunal. Il a notamment rejeté les arguments de la défense qui avait plaidé que la justice française n’était pas compétente pour juger de ces faits.

« Appliquer le droit français dans les eaux internationales, ça n’a aucun sens », a redit lundi Me de Richemont. « Et le droit international ne donne pas compétence aux juridictions françaises ».

Selon l’avocat, c’est la convention de « Montego Bay » sur le droit de la mer qui aurait dû s’appliquer au cas d’espèce, ce qui aurait conduit l’affaire à être renvoyée devant un tribunal chinois.

« S’il le faut, on ira devant la cour de Cassation. Mais je ferai respecter le droit international », a-t-il dit.

Aujourd’hui dénommé Phoenix, l’ex-Boracay arbore désormais un pavillon russe. Il naviguait lundi dans le détroit de Malacca, entre la Malaisie et l’île de Sumatra (Indonésie).

Lors de son arraisonnement par la marine française, le pétrolier avait à son bord deux employés d’une société de sécurité privée russe chargés de surveiller l’équipage et de collecter du renseignement.

Les Infos Mer de M&O

France – Philippines : un accord pour renforcer la coopération militaire en Indo-Pacifique

La France et les Philippines ont signé un accord permettant à leurs forces armées de participer à des exercices conjoints sur leurs territoires...

Washington accuse Chine de cibler des navires panaméens

Les États-Unis accusent la Chine de retenir des navires sous pavillon panaméen dans ses ports, dans un contexte de tensions croissantes autour du...

Australie : Canberra défend son engagement au Moyen-Orient face aux critiques de Donald Trump

L’Australie a défendu son implication au Moyen-Orient après les critiques de Donald Trump, qui a jugé la contribution de Canberra « pas terrible...

Banque mondiale : mobilisation face aux effets du conflit sur le transport maritime et l’énergie

La Banque mondiale se dit prête à répondre « à grande échelle » aux demandes des pays fragilisés par les conséquences du conflit...

Guerre au Moyen-Orient : reflux du pétrole et marchés rassurés, mais les risques persistent

Les marchés mondiaux montrent des signes d’accalmie au 26e jour de la guerre, avec un recul des prix du pétrole. Le Brent repasse...

Maquereaux : l’UE prête à relever les quotas malgré un stock fragilisé

L’Union européenne pourrait autoriser une hausse des quotas de pêche de maquereaux en 2026, en revenant sur la réduction drastique initialement prévue, malgré...

Plus de lecture

M&O 289 - Décembre 2025

Colloque Souveraine Tech du 12 sept 2025

Alors qu'il était Premier Consul, Napoléon Bonaparte déclara le 4 mai 1802 au Conseil d'État, "L’armée, c’est la nation". Comment ce propos résonne t-il à un moment de notre histoire où nous semblons comprendre à nouveau combien la nation constitue et représente un bien à défendre intelligemment ? Par ailleurs, si la technologie est le discours moral sur le recours aux outils et moyens, au service de qui ou de quoi devons-nous aujourd'hui les placer à cette fin, en de tels temps incertains ? Cette journée face à la mer sous le regard de Vauban sera divisée en tables rondes et allocutions toniques.

ACTUALITÉS

Le Bénin et la mer

Découvrez GRATUITEMENT le numéro spécial consacré par Marine & Océans au Bénin et la mer

N° 282 en lecture gratuite

Marine & Océans vous offre exceptionnellement le numéro 282 consacré à la mission Jeanne d’Arc 2024 :
  • Une immersion dans la phase opérationnelle de la formation des officiers-élèves de l’École navale,
  • La découverte des principales escales du PHA Tonnerre et de la frégate Guépratte aux Amériques… et de leurs enjeux.
Accédez gratuitement à la version augmentée du numéro 282 réalisé en partenariat avec le Centre d’études stratégiques de la Marine et lÉcole navale

OCÉAN D'HISTOIRES

« Océan d’histoires », la nouvelle web série coanimée avec Bertrand de Lesquen, directeur du magazine Marine & Océans, à voir sur parismatch.com et sur le site de Marine & Océans en partenariat avec GTT, donne la parole à des témoins, experts ou personnalités qui confient leurs regards, leurs observations, leurs anecdotes sur ce « monde du silence » qui n’en est pas un.