La demande est là: tirée par des marchés émergents comme le Brésil ou la Chine, la consommation mondiale de saumon augmente d’environ 7% par an, plus du double de la croissance de la production, selon les données d’un des plus gros acteurs du secteur, Mowi ASA.
Deux projets d’élevage en mer sont sur la table en Namibie. Un premier de l’African Aquaculture Company (AAC), dirigée par des Norvégiens, ambitionne de produire 51.000 tonnes de poissons à pleine capacité. Le second, Benguela Blue Aqua Farming, compte atteindre 35.000 tonnes.
Si les deux projets n’en sont encore qu’à des phases préliminaires – AAC compte vendre ses premiers saumons dans deux ans -, ils peuvent compter sur l’appui du gouvernement.
« La Namibie est sur le point de devenir le premier pays africain à introduire l’élevage de saumons de l’Atlantique à échelle industrielle », s’est récemment félicité le directeur de l’Agence nationale de planification, Kaire Mbuende.
Il s’agit, a-t-il assuré, d’une « démarche audacieuse » qui créera des emplois et renforcera les efforts de diversification du pays, alors que la pêche, deuxième secteur exportateur après les minerais, pâtit d’un déclin des stocks.
L’AAC a entamé la construction de cages flottantes au large du port namibien de Lüderitz (sud). Dans le même temps, la société procède en Afrique du Sud à un essai d’acclimatation d’oeufs de saumon fécondés importés d’Europe, le poisson n’étant pas présent dans les eaux namibiennes.
Après plusieurs mois, les oeufs seront transportés de l’écloserie située dans la province du Western Cape en Afrique du Sud, pour être placés dans les cages immergées au large de Lüderitz, à quelque 1.200 km de distance.
– Pas de place en Norvège –
« La récolte de saumon destiné à l’exportation ou à la consommation devrait avoir lieu au dernier trimestre 2027 ou au début de 2028 », explique à l’AFP le directeur d’AAC Namibie, Clement Kaukuetu.
« Nous visons d’abord à satisfaire le marché local/régional, ajoute-t-il. Nous sommes toutefois en négociations avec de possibles acheteurs au Moyen-Orient et en Asie. »
L’AAC vise une production annuelle de 1.000 tonnes de saumon de l’Atlantique durant la phase pilote, pour atteindre à terme 51.000 tonnes. Un tonnage relativement modeste en comparaison de la production de la Norvège, qui s’élève à environ 1,5 million de tonnes par an, selon les chiffres du secteur. Le Chili produit environ 700.000 tonnes, suivi de l’Ecosse, avec près de 200.000 tonnes.
L’extension des activités en Namibie, pays en grande partie désertique d’environ trois millions d’habitants, offre de l’espace à l’industrie norvégienne déjà saturée.
« En gros, il n’y a plus de zones disponibles pour augmenter et étendre la production en Norvège », explique à l’AFP Robert Sandslett, directeur des opérations de l’AAC.
« Nous opérons (en Norvège) dans le cadre de réglementations extrêmement strictes. Il n’y a pas de pénurie de saumon; il y a une pénurie d’espace disponible », résume-t-il.
La température de l’eau entre 10° et 15° Celsius au large des côtes namibiennes et sud-africaines est très propice au développement des saumons, selon Pete Britz, expert en aquaculture à l’université de Rhodes en Afrique du Sud.
Mais, rappelle-t-il, de précédentes tentatives d’élevage en mer ont échoué en Afrique du Sud: les cages avaient été détruites par des vagues trop puissantes et de puissants vents de sud-est faisaient remonter à la surface des eaux profondes riches en nutriments mais très pauvres en oxygène.
Les conditions sont plus propices à Lüderitz, plus au nord, assure l’AAC.
Au grand dam des détracteurs de ces projets: l’écologiste namibien Peter Cunningham met ainsi en garde contre les dangers potentiels de cette nouvelle activité économique pour le pays.
« Ces fermes utilisent des insecticides, des hormones, des stimulants de croissance, des antibiotiques pour garder les poissons en bonne santé; et tout cela va se retrouver dans le milieu naturel. »




