« Nous demandons que la méthode de traçabilité de ce stock soit revue », a déclaré le directeur général du Fonds mondial pour la nature (WWF) France, Philippe Germa, au cours d’une conférence de presse.
La traçabilité est « ce qui achoppe le plus » à la conférence de la Cicta, la Commission internationale pour la conservation des thonidés de l’Atlantique qui regroupe l’UE et 47 Etats et se réunit à Gênes depuis le 10 novembre, a-t-il ajouté.
La conférence doit définir de nouveaux quotas de prises de thon rouge en Méditerranée et dans l’Atlantique Est d’ici à sa clôture lundi.
« Une grosse partie des thons en Méditerranée sont pêchés petits ou en taille relativement petite, et engraissés dans des cages en Espagne, à Chypre, Malte et en Libye », a expliqué M. Germa.
« Les bateaux entre eux se repassent du poisson, ils mettent tout dans les mêmes cages, ils reprennent d’une cage à l’autre… Tout ça circule et au bout d’un moment, on n’y comprend plus rien », a souligné la navigatrice Isabelle Autissier, présidente de WWF France, organisation partie prenante aux négociations de la Cicta.
« Ca permet d’amener en fraude du thon en plus (au-delà des quotas, ndlr) parce qu’on est incapable de recroiser les chiffres » de prise donnés par les pêcheurs, a-t-elle ajouté.
« Ce qu’on demande, c’est une vraie traçabilité: un bateau, une prise, une cage », a résumé la navigatrice.
M. Germa a déploré qu’en cas de trafic, il y ait « peu de risques » de prison. « Vous avez au pire une petite amende », a-t-il détaillé.
Pour Bertrand Wendling, dirigeant de l’organisation de pêcheurs Sathoan, la principale organisation française de pêcheurs pour les thoniers, « aucun rapport argumenté ne fait valoir des pêches illégales importantes ».
« Je ne dis pas qu’il n’y a pas de pêche illégale, mais la situation s’est radicalement améliorée », a-t-il affirmé à l’AFP.
Selon lui, les mesures prises à la Cicta depuis 2006 « ont radicalement changé les modes de pêche ».
Elles « font obligation aux senneurs (pêcheurs industriels, ndlr) de capturer des poissons de plus de 30 kg » et les rapports scientifiques de la Cicta « montrent une chute radicale des poissons de deux à cinq ans », ajoute-t-il.
A propos des quotas de pêche, le directeur général du WWF a rappelé que son organisation est favorable à « une augmentation progressive », de 13.500 tonnes par an actuellement « à 20.000, mais en cinq ans ».