Par Linda Verhaegh, Journaliste reporter (AJD), enseignante (PhD) et experte en sécurité-défense, coopération et affaires européennes
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À Lorient, Marine & Océans a embarqué à bord du FT80 de SEAir pour découvrir comment l’entreprise bretonne veut faire du foil un atout pour les drones navals. À quelques jours d’Euronaval, la démonstration d’une version dronisée de ce bateau de huit mètres illustre cette évolution.
Trois bateaux, trois configurations et une même ambition : faire de la technologie du foil un avantage opérationnel pour les professionnels de la mer et pour les forces armées. Ce mardi 20 octobre 2026, au départ de Lorient, SEAir nous a convié à une démonstration à bord d’un FT80. Les finitions et les équipements de chaque plateforme diffèrent. L’une en particulier a été dronisée.
Le principe du foil, SEAir le connaît bien. Depuis dix ans, l’entreprise développe des solutions permettant à des bateaux à moteur de s’élever au-dessus de l’eau grâce à des ailes immergées. Avec la vitesse, celles-ci génèrent une portance qui soulève la coque et réduit les frottements. Le bénéfice est multiple : plus de vitesse, une consommation de carburant réduite à vitesse équivalente, une meilleure stabilité et plus de discrétion.
Sur le FT80 dronisé, cette technologie prend une dimension autre. Il ne s’agit plus seulement d’améliorer les performances d’un bateau avec équipage, mais de préserver celles d’une plateforme sans personnel à bord, capable d’emporter des capteurs et d’opérer à distance. « Notre métier, c’est justement de concevoir et d’intégrer », souligne Richard Forest, fondateur de SEAir. L’entreprise ne se contente ainsi plus de faire voler les bateaux, elle y intègre tous les systèmes nécessaires aux missions auxquelles elles sont destinées.
Le foil, socle de la valeur ajoutée de SEAir
Le bateau dronisé présenté à Lorient repose sur une plateforme professionnelle développée par Sillinger, sur laquelle SEAir a intégré ses solutions. À son bord, nous pouvons observer le comportement de la plateforme, dont la conduite est assurée depuis les bureaux de l’entreprise, et en particulier sa stabilité. Selon sa configuration, le FT80 dronisé peut être employé avec équipage ou téléopéré, et emporter jusqu’à 800 kg de charge utile, permettant différentes combinaisons de capteurs actifs ou passifs et d’équipements de mission. La dronisation, jusqu’ici en partie sous-traitée, constitue désormais une brique développée en interne.
Thomas Desmis, chef de projet drones chez SEAir, nous explique l’intérêt du foil dans cette évolution : pour l’ingénieur systèmes embarqués et systèmes de vol, « un drone naval ne se résume pas à un bateau équipé de commandes à distance, il doit conserver ses capacités de navigation, transmettre des informations fiables et embarquer des systèmes capables de fonctionner dans un environnement soumis aux mouvements de la mer. » La performance ne se joue pas seulement dans les algorithmes, les capteurs ou les systèmes de mission, mais autant dans la capacité de la plateforme qui les transporte à tenir la mer formée. « La stabilité devient alors essentielle : c’est là que les foils peuvent faire la différence », insiste-t-il.
« Le foil est un différenciant majeur », confirme Richard Forest. « Reste une idée reçue à dépasser selon laquelle le foil serait un dispositif fragile, associé à la course au large ou à des usages de loisir. La technologie développée par SEAir est fondée sur des profils de foils spécifiques et une architecture conçue pour des usages professionnels, disposant de la robustesse nécessaire aux missions » souligne-t-il.
La technologie a d’ailleurs franchi un cap dans sa reconnaissance au fil d’exercices avec la Marine nationale et dans le cadre de l’Otan (REPMUS, DYNAMIC MANTA), ainsi que de coopérations avec de grands industriels de défense. SEAir a également été sélectionné en janvier 2026, aux côtés de deux autres partenaires, par l’Agence de l’innovation de défense (AID) et la Marine nationale, avec le soutien technique de la Direction générale de l’armement (DGA), dans le cadre du programme DANAE (Drone de surface autonome naval avec capacité d’armement embarqué), visant à développer un drone de surface destiné à la protection portuaire et à l’escorte des navires.
À bord du FT80, la configuration est visiblement tournée vers les applications militaires et préfigure celle développée pour DANAE. Dans cette compétition qui oppose trois groupements industriels, l’entreprise a un avantage de taille : ses résultats opérationnels lors des essais en mer, d’autant plus remarquables que cette PME de 17 salariés affronte des acteurs aux moyens bien plus importants. Retenu en octobre pour poursuivre les évaluations (aux côtés de SeaOwl et du partenariat entre SIRENHA, Couach et Naval Group), le groupement constitué autour de SEAir associe sa plateforme et son expertise d’intégration aux compétences d’ÆGIR en matière d’intelligence artificielle embarquée et de commandement, de Diadès Marine dans le domaine radar, ainsi que de MBDA pour les capacités d’action. Reste à transformer cet avantage opérationnel en succès industriel.

Une modularité qui s’étend jusqu’aux systèmes embarqués
Au poste opérateur, une valise permettant de commander le bateau à distance illustre le travail d’intégration électronique et logicielle de SEAir. Cyprien d’Ardhuy, ingénieur en systèmes de drones chargé de l’électronique embarquée, en détaille le principe de fonctionnement : « Nous avons conçu un système qui peut être adapté à différents types de drones, car l’objectif est de pouvoir personnaliser les fonctions selon les besoins du client. Les systèmes sont reprogrammables, les équipements peuvent évoluer et la plateforme est en mesure de recevoir différents capteurs. »
L’intelligence artificielle intervient également dans cette architecture. SEAir l’utilise essentiellement pour accélérer le développement de ses algorithmes et traiter les volumes de données issus des capteurs. Elle a aussi contribué à la mise au point de l’autopilote, qui doit tenir compte des contraintes physiques rencontrées en mer et adapter son comportement à celles-ci.
À l’approche d’Euronaval, SEAir entend désormais faire valoir ces acquis auprès des industriels et des forces armées, avec l’ambition de transformer ses développements en commandes.




