Vieux mais pas obsolète !

La dernière fois que nous nous sommes rencontrés sur Marine & Océans, c’était entre novembre 2022 et février 2023. Je terminais mon premier déploiement en Antarctique comme technicien de l’informatique sur la base américaine de McMurdo. Fin février 2023, je quittais la place et la glace.

J’avais toutefois tout préparé pour un retour sur la base en septembre de la même année, avec également en perspective un remplacement pour le poste d’administrateur système, « sysadmin », sur la base de Palmer, dans la péninsule antarctique. Mais la vie se moque de nos plans. Le 28 août 2023, une crise cardiaque m’envoyait aux urgences : ma coronaire droite était bouchée à 100 % (problème génétique). 45 minutes et un stent plus tard, je retournais au boulot.

Mais pour l’Antarctique, c’était terminé. La même crise sur la glace m’aurait tué. Ils auraient certainement donné mon nom à un des bars de McMurdo ou de Palmer mais personne n’aurait été capable de le prononcer et mon patronyme aurait été simplifié réduisant celui de la nouvelle enseigne à “Frenchie Bar”. Vu mon âge, 65 ans passés, et ma crise cardiaque, les toubibs étaient réticents. J’ai dû faire une demande exceptionnelle pour essayer de repartir en mission pour la saison 2023-2024.

Parcours du combattant

J’ai repassé tous mes tests physiques et visites médicales avec succès, surprenant même tout le monde avec des électrocardiogrammes et autres tests de stress cardiaques irréprochables. Bien sûr, les toubibs n’appréciaient ni ma volonté de risquer ma vie en Antarctique ni ma détermination : un mois après ma sortie d’hôpital, le régime alimentaire draconien à base de fibres que je m’étais imposé et mes exercices physiques quotidiens m’avaient fait perdre 10 kilos superflus et abaissé mon mauvais cholestérol à presque rien. J’étais en pleine forme.

Leur réponse : on préfère attendre 6 mois ! Déçu mais déterminé, je reposai une candidature en décembre pour un poste de « sysadmin » au pôle Sud pour l’hiver austral 2024. Il m’a fallu pour cela faire une nouvelle demande exceptionnelle, repasser tous mes examens et tests, avec en plus un test de stress cardiaque chimique, une radio des poumons et un ultrason de la rate. Tout était, une nouvelle fois, bon, sauf les docteurs qui préféraient attendre un an après la crise cardiaque. Je reposais donc ma candidature pour l’été austral 2024-2025 à McMurdo, comme technicien de l’informatique, et repassai, une nouvelle fois (!), mes examens médicaux. J’en avais fait une affaire personnelle. Les docteurs le savaient ! Ils ont donc joué la montre et m’ont traîné d’examens en tests médicaux, de mars à fin octobre 2024.

En plus des procédures normales, il m’a fallu faire un test de stress “nucléaire”, une espèce de scan à 360 degrés de la poitrine après injection d’un produit radioactif (je crois !), un examen du foie, une colonoscopie… Entre-temps, pour mes recruteurs, j’étais passé de titulaire à remplaçant. Mi-octobre 2024, j’avais enfin le feu vert : été austral, uniquement McMurdo. Je n’avais plus le poste de technicien informatique mais celui de responsable du matériel et de l’inventaire des moyens de la National Science Foundation, des ordinateurs aux microscopes en passant par les bulldozers et les centrifugeuses.

Retour à McMurdo

La première semaine de novembre 2024, j’étais ainsi de retour à McMurdo où je rejoignais mon fils, qui, fatigué du métro-boulot-dodo, avait plaqué son boulot de biologiste pour de nouvelles aventures, certainement inspirées par la vie et les histoires de son père. Ignorant mes restrictions médicales, je suis également allé faire l’inventaire de la station Amundsen-Scott au pôle Sud, ce qui me vaudra une semaine plus qu’active. Cette mission achevée un peu avant Noël, je me suis porté volontaire pour remplacer un gars des appros (approvisionnement) évacué sur le continent pour raisons médicales.

Ma flexibilité, mon efficacité et mon enthousiasme (je cite mes notations) m’ont valu une offre d’emploi de deux semaines à Christchurch après mon redéploiement sur le continent. Une semaine m’a suffi pour trier vingt ans d’archives liées au transport aérien, à l’hôtellerie, et aux appros des missions antarctiques américaines. Cela m’a permis de partir trois semaines à Denver, dans le Colorado, pour y faire l’inventaire de tous les équipements de l’immeuble des quartiers généraux de l’Antarctic Support Contract (ASC). Fin mars 2025, je rentrais à la maison, aux Etats-Unis, pour reprendre… mon boulot : le soutien en informatique de 35 cabinets dentaires et médicaux autour de Sacramento !

Tout cela pour vous rappeler que la vie est loin d’être “un long fleuve tranquille” ! À 65 ans, les quelques règles qui gèrent mon existence sont simples, peut-être simplistes : Rappelle-toi que tu vas mourir un jour et profite de la vie ; Embrasse ta destinée ; Si tu ne demandes pas, la réponse sera toujours NON ! Je réalise maintenant que j’ai passé ma vie en compétition… avec moi-même ! Je ne vois pas encore de limites à ce que je peux faire, et refuse d’en accepter sans me battre. Début avril 2025, j’ai reposé ma candidature et le 25 octobre dernier je suis reparti pour le pôle Sud !

C’est ce nouveau séjour et cette nouvelle expérience que je vais régulièrement vous raconter, ici, dans les colonnes de Marine & Océans.

 

Gros porteur C-17 à McMurdo Poenix IceField. Crédit : Éric Chevreuil.
Camions Delta des années 80. Crédit : Éric Chevreuil.
Mont-volcan Erebus. Crédit : Éric Chevreuil.
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La revue trimestrielle MARINE & OCÉANS est éditée par la "Société Nouvelle des Éditions Marine et Océans". Elle a pour objectif de sensibiliser le grand public aux principaux enjeux géopolitiques, économiques et environnementaux des mers et des océans. Informer et expliquer sont les maîtres mots des contenus proposés destinés à favoriser la compréhension d’un milieu fragile.   Même si plus de 90% des échanges se font par voies maritimes, les mers et les océans ne sont pas dédiés qu'aux échanges. Les ressources qu'ils recèlent sont à l'origine de nouvelles ambitions et, peut-être demain, de nouvelles confrontations.

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