Dix ans après le naufrage du Bugaled Breizh, la justice rend un non-lieu

Le juge d’instruction en charge du dossier, à Nantes, a rendu lundi une ordonnance de non-lieu, a indiqué le parquet mardi, au terme d’une longue enquête qui n’a pas permis d’établir formellement les causes de l’accident.

Le Bugaled Breizh, un chalutier immatriculé au Guilvinec (Finistère), avait sombré en moins d’une minute au large du cap Lizard (sud-ouest de l’Angleterre), le 15 janvier 2004, entraînant la mort des cinq marins qui se trouvaient à bord.

Les familles des victimes, mettant en avant la soudaineté du naufrage, survenu dans des conditions météorologiques plutôt clémentes, soutiennent que la navire a été accidentellement happé un sous-marin, alors que se déroulaient dans la zone des manoeuvres navales de l’Otan avec la participation de sous-marins de diverses nationalités.

Clôturée le 3 juillet 2013, l’instruction du dossier, qui s’est à plusieurs reprises heurtée au secret-défense de certains des pays concernés, n’a cependant pas pu valider cette thèse. Et le non-lieu a été formellement requis fin mars.

« Je suis en colère et c’est peu dire. Je m’attendais à ce non-lieu mais entre s’y attendre et avoir la nouvelle officiellement, c’est deux choses différentes et évidemment j’ai du mal à comprendre ce non-lieu », a réagi auprès de l’AFP Robert Bouguéon, ancien président du comité des pêches du Guilvinec et vice-président de la Caisse départementale des péris en mer.

« Les familles sont dans un désarroi complet », a-t-il dit avant d’ajouter qu’il souhaitait un appel.

– Traces de titane –

Son avocat, Me Christian Bergot, qui représente également plusieurs autres parties civiles, a confirmé cet appel. « On ne peut pas accepter ce non-lieu alors qu’il y a des pistes inexplorées », a-t-il souligné.

Me Dominique Tricaud, avocat de Thierry Le Métayer – fils de Georges Le Métayer, mécanicien du Bugaled – a également confirmé qu’il ferait appel.

Selon lui, les juges ont dit aux familles qu’il est établi que le naufrage a été causé par un sous-marin. Aujourd’hui, « ils font un recul en arrière stupéfiant pour dire qu’on ne connaît pas la cause du naufrage », a regretté l’avocat, en qualifiant cette décision d' »insulte à la mémoire des victimes ».

Le Bureau enquête et accidents avait conclu en 2006 à un accident de mer, mais les familles des victimes avaient soutenu que la découverte de traces de titane sur les funes (câbles de chalut) du bateau accréditaient l’hypothèse selon laquelle elles auraient été accrochées par un sous-marin.

Mais les juges d’instruction nantais Jacky Coulon et Robert Tchalian, saisis en 2009, avaient estimé en février 2013, sur la base d’une expertise, que ces traces, « infimes », n’étaient « pas significatives de l’implication d’un sous-marin ».

En juillet, les deux juges avaient notifié la fin de leur enquête mais les familles, avaient ensuite demandé des investigations complémentaires visant un sous-marin britannique et un sous-marin américain.

Dans son ordonnance de non-lieu, le juge Robert Tchalian, tout en admettant qu' »il n’est pas possible d’écarter définitivement l’hypothèse de la croche par un sous-marin », relève que cette hypothèse n’a pu être étayée par « des investigations multiples, complexes et minutieuses » et qu' »en l’absence d’éléments véritablement nouveaux et suffisamment caractérisés, il n’y a plus lieu, désormais, de poursuivre l’enquête ». Le ministère de la Défense a déclassifié « l’ensemble des messages ou documents » relatifs au dossier, souligne-t-il.

Mi-janvier, le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, avait annoncé être prêt à « accompagner » une procédure à l’égard des Etats-Unis, mais les juges « n’ont plus souhaité poursuivre leur enquête », a déploré Me Bergot.

Me Michel Kermarrec, avocat de l’armateur du bateau, qui a également annoncé faire appel, a estimé mardi qu’il y avait une « collusion » pour que l’enquête n’aboutisse pas. « Nous sommes persuadé que la France sait ce qui s’est passé », a-t-il déclaré.

Le 15 janvier, pour les 10 ans du drame, 500 personnes avaient rendu hommage à Loctudy (Finistère) aux cinq marins disparus.

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