La crise pétrolière laisse les pêcheurs mozambicains sur la berge

Maputo, 14 juin 2026 (AFP) – Des dizaines de petites barques de pêche sont immobilisées depuis plusieurs jours dans les eaux calmes au large de la capitale du Mozambique, la flambée des prix du carburant les empêchant de prendre la mer.

Depuis que le gouvernement a augmenté les prix début mai, en raison du conflit au Moyen-Orient, « l’impact est dramatique pour nous », explique à l’AFP Carlos Nguenha, vice-président du Conseil communautaire des pêcheurs, une association qui regroupe plus de 200 marins, tandis que des barques de bois se balancent mollement derrière lui, dans le Bairro dos Pescadores (le Quartier des pêcheurs) à Maputo.

Ce conseil représente 1.800 pêcheurs et près de 290 bateaux sur la Costa do Sol, juste au nord de la ville, et la plupart d’entre eux sont soutiens de famille sans autre revenu, précise-t-il.

Au début du mois de mai, l’autorité mozambicaine de régulation de l’énergie a augmenté le prix de l’essence de 12%, à 83,57 meticals (1,12 euro) le litre. Le diesel a grimpé de près de 46% pour atteindre le niveau record de 1,57 euro le litre.

Bien que ces prix soient légèrement plus bas que ceux des pays voisins, cette hausse, combinée à un approvisionnement erratique, a durement frappé le Mozambique, classé deuxième pays le plus pauvre du monde par la Banque mondiale (BM) en mars 2026.

D’immenses files d’attente se forment aux stations-service et certains renoncent à utiliser leur propre véhicule au profit des transports publics.

Le taux de pauvreté (la part de la population vivant avec moins de 3 dollars par jour) monte à 81%, et la plupart des emplois, faiblement rémunérés, appartiennent au secteur informel, selon un rapport de la BM.

– Petits récipients –

Épuisés et débraillés, Eduardo Alexandre et son équipage viennent tout juste d’échouer leur bateau sur la plage des Pescadores, sans la moindre prise après plus de vingt-quatre heures au large.

« Nous avons dû rentrer faute de carburant », raconte le pêcheur de 49 ans. Il faut six ou sept heure pour atteindre la haute mer, où le poisson est plus abondant, mais « il nous manquait 10 litres de carburant pour continuer ».

La pénurie pousse à acheter de plus petites quantités de carburant dans des bouteilles d’eau ou de sodas, mais le gouvernement proscrit ces récipients non homologués pour transporter le précieux liquide.

Il recommande ceux robustes en métal ou en plastique rigide, pour prévenir les fuites et les incendies, et aussi freiner la vente illégale de carburant, cependant ils coûtent environ 35 à 40 euros.

« Où allons-nous trouver l’argent pour les acheter, demande désabusé M. Nguenha. Depuis notre enfance nous utilisions nos propres bidons… »

– « Etranglés » –

De nombreux étals du marché voisin sont vides, sauf quelques poissons écaillés et vidés, dont le prix a augmenté.

« Mes enfants font leurs études et je les fais vivre avec le poisson qui sort d’ici. Alors, sans carburant, la crise touche tout le monde », peste Martinha Djive, une poissonnière de 42 ans.

« Les affaires ne vont pas bien. Peu de poisson sort de la mer, nous vendons très peu car les clients se sentent eux aussi étranglés par la hausse du prix du poisson », déplore une autre vendeuse, Carlota Mabasso, portant une très colorée capulana, un sarong traditionnel, autour de sa taille.

« Si mon mari (qui fait des petits boulots) et moi ne travaillons pas, ce sera difficile pour les enfants », regrette sa consoeur Pércia Nguenha, mère de trois enfants âgés de 6 à 13 ans. Je demande aux dirigeants (des pays en guerre) de s’asseoir, de dialoguer et de trouver la paix. »

Malgré sa pauvreté, le Mozambique et ses 30 millions d’habitants est riche en ressources naturelles. Un gigantesque projet gazier de TotalEnergies est en construction dans le nord, touché par une insurrection jihadiste.

Ce projet et le retrait en octobre du pays de la liste noire du Gafi, Groupe d’action financière de lutte contre le blanchiment d’argent, pourraient stimuler la croissance des investissements étrangers, indique la BM.

Cependant son rapport note que « la marge de manoeuvre budgétaire (…) est extrêmement limitée, qu’il s’agisse de catastrophes liées au climat, de chocs économiques externes comme le conflit au Moyen-Orient, ou de l’insécurité croissante dans le nord ».

« Le carburant est le moteur de l’économie, conclut Teresa Boene, économiste et chercheuse au Centre d’intégrité publique (CIP), cette hausse se répercute sur les prix des autres biens et services, les plus vulnérables seront touchés ».

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