En dix ans, NAVEXPO est devenu un rendez-vous pivot du maritime professionnel. Alors que l’on fête cette année les 400 ans de la Marine nationale, l’édition 2026, organisée du 2 au 4 juin dernier à Lorient, est portée par une bascule vers la défense et la souveraineté, s’affirmant ainsi, entre démonstrations à flot et décarbonation, comme le complément agile des grands événements du secteur.


Propos recueillis par Linda Verhaeghe
Combien de visiteurs avez-vous accueillis pour cette édition 2026 et que traduit ce résultat ?
Nous avons accueilli plus de 1 200 visiteurs professionnels sur les trois jours du salon. Ce chiffre confirme la montée en puissance de NAVEXPO et surtout l’intérêt croissant des opérateurs maritimes pour un format qui permet non seulement de découvrir des innovations, mais aussi de voir évoluer des bateaux et des drones maritimes en conditions réelles.
Par rapport à la première édition, quel changement observez-vous dans le profil des exposants ?
La transformation la plus marquante concerne la montée en puissance des technologies duales, à la fois civiles et militaires. En 2016, le salon rassemblait principalement des entreprises exposantes tournées vers les navires de travail : services portuaires, travaux maritimes, transport de passagers ou pêche. Depuis 2024, dans un contexte géopolitique profondément bouleversé, nous constatons une présence croissante d’entreprises développant des solutions susceptibles d’intéresser aussi bien les acteurs économiques que les forces armées ou les administrations de l’Action de l’État en mer.
Cette évolution s’accompagne d’une forte progression des drones maritimes, des systèmes autonomes, des solutions d’intelligence artificielle, des capteurs embarqués et des technologies de surveillance. Elle reflète les grandes transformations actuelles du secteur maritime, mais aussi le retour au premier plan des enjeux de souveraineté énergétique, industrielle, technologique et militaire.
Votre pari d’une hausse prévisionnelle de 25 % des participants dans l’Expo Dynamique est-il réussi ?
Oui, et la croissance va même au-delà de nos prévisions. Nous annoncions une progression de 25 %, mais ce sont finalement près de 40 % d’entreprises supplémentaires qui ont participé à l’Expo Dynamique. Cette trajectoire confirme l’attractivité de notre concept historique : permettre aux professionnels de voir les bateaux et les drones en action.
Le pari initial d’un salon à flot consacré aux bateaux de travail a trouvé son prolongement naturel avec l’arrivée des drones maritimes et des démonstrateurs de propulsion innovante. Ces technologies ont besoin d’un environnement réel pour démontrer leurs performances et leur maturité opérationnelle. Dans le maritime, tester un bateau en navigation ou observer et piloter un drone apporte une valeur incomparable par rapport à une simple présentation sur brochure ou à une vidéo diffusée sur un écran.
Cette dimension démonstrative constitue une complémentarité avec les grands salons professionnels et de défense. Là où ces rendez-vous internationaux permettent de découvrir une offre très large et d’accueillir plusieurs milliers de visiteurs, NAVEXPO offre un format à taille humaine où la proximité favorise des échanges techniques constructifs et des opportunités d’affaires concrètes. Le cadre opérationnel de l’Expo Dynamique permet en outre aux visiteurs d’observer, tester, comparer et échanger directement autour de technologies mises en situation réelle.
Justement, quelle démonstration a particulièrement marqué les esprits sur les pontons cette année ?
Le SRA USV présenté par Zodiac Milpro en partenariat avec SeaOwl a incontestablement attiré l’attention. Ce semi-rigide capable d’évoluer aussi bien en mode piloté qu’en mode autonome utilise parfaitement les évolutions actuelles du secteur maritime. Son succès montre l’intérêt croissant des visiteurs pour les systèmes autonomes, qu’ils soient destinés à des missions civiles de surveillance et d’inspection dans l’offshore, par exemple, ou à des usages de défense et de sécurité maritime. Il symbolise parfaitement l’ambition de l’Expo Dynamique : permettre aux visiteurs d’observer concrètement des technologies innovantes et duales en conditions réelles.
En 2016, on parlait surtout de motorisation thermique optimisée, quand on voit aujourd’hui des navires hydrogènes, hybrides ou à foils. Le salon est-il devenu un laboratoire de la transition écologique maritime plutôt qu’un simple rendez-vous d’affaires ?
NAVEXPO reste avant tout un salon professionnel dédié aux solutions opérationnelles. Mais il est devenu au fil des années une caisse de résonance des innovations liées à la décarbonation maritime. Sa particularité est de permettre aux visiteurs de découvrir concrètement des bateaux électriques, des solutions à foils, des systèmes de propulsion vélique ou encore des technologies visant à réduire les consommations énergétiques.
Plus qu’un laboratoire, NAVEXPO est devenu un lieu où les professionnels peuvent observer sur les stands et dans l’Expo Dynamique des solutions déjà opérationnelles, les comparer et échanger directement avec leurs concepteurs. Ces échanges techniques participent concrètement à relever les défis de la décarbonation et du renforcement de notre souveraineté énergétique.
Avec un programme officiel de co-innovation unique cette année, le Canada partage une vraie symétrie maritime avec la France sur la surveillance et la décarbonation. Quel retour avez-vous eu de cette délégation, et comment se positionne-t-elle par rapport aux autres nations présentes ?
Les échanges avec la délégation canadienne ont été particulièrement riches. Plusieurs rencontres et discussions de coopération se sont poursuivies au cours du salon entre les entreprises canadiennes et nos exposants français, à l’issue notamment de la table ronde consacrée à la décarbonation maritime et portuaire. Les Canadiens ont pu découvrir un écosystème français de l’innovation maritime qui se distingue par sa capacité à faire travailler ensemble industriels, centres de recherche, opérateurs privés et acteurs publics. Les discussions ont notamment porté sur les enjeux communs de décarbonation, de modernisation des flottes, d’innovation technologique et de coopération industrielle. C’est précisément ce type de partenariat international que nous souhaitons favoriser à NAVEXPO.
Plus largement, NAVEXPO confirme son ouverture internationale avec la présence de visiteurs et d’exposants issus de nombreux pays. Nous avons accueilli des représentants institutionnels et industriels de Côte d’Ivoire, du Congo-Brazzaville, du Royaume-Uni, d’Allemagne, d’Espagne, de Belgique et des Pays-Bas, ainsi que des visiteurs venus d’outre-mer, notamment de Guyane et de La Réunion. Côté exposants, plusieurs entreprises étrangères étaient présentes, notamment américaines, britanniques, allemandes, italiennes et suédoises. Cette diversité témoigne de l’attractivité croissante du salon et du caractère universel des enjeux aujourd’hui partagés par les communautés maritimes : décarbonation, sécurité, autonomie technologique et surveillance des espaces maritimes.
Le drone est la figure incontournable de cette édition 2026. L’intégration de l’intelligence artificielle à bord des navires de servitude sera-t-elle le prochain grand saut technologique ?
Oui, mais probablement de façon progressive et pragmatique. L’intelligence artificielle va d’abord permettre d’améliorer l’aide à la décision des équipages des navires de servitude, qu’il s’agisse du transport de passagers, des services portuaires ou de la pêche. L’IA permet déjà et va continuer de manière renforcée à optimiser les routes, réduire les consommations énergétiques, anticiper les opérations de maintenance ou encore améliorer la sécurité des opérations. Comme dans de nombreux secteurs industriels, elle devrait devenir progressivement un outil de performance opérationnelle incontournable.
Pour conclure, quelle sera la thématique majeure pour l’édition 2027 ?
Les drones maritimes poursuivront très certainement leur progression, portés par une accélération extrêmement forte du marché et par les besoins civils et militaires. Mais je pense également que l’édition 2027 verra une montée en puissance des technologies liées à la décarbonation, notamment la propulsion vélique moderne et les solutions électriques. La convergence entre autonomie, intelligence artificielle, décarbonation et souveraineté technologique devrait constituer la grande tendance des prochaines années.
Tout en restant focalisés sur ces technologies duales qui stimulent l’innovation, notre ambition est de continuer à proposer aux acteurs de la défense et de la sécurité maritime, grâce à notre format agile, des conditions sur mesure d’observation, d’expérimentation et d’évaluation. Cette proximité entre opérateurs et industriels reste l’une des conditions essentielles pour transformer l’innovation technologique en capacité opérationnelle.
PHOTOS
Photo 1 Navexpo : Vue aérienne du salon NAVEXPO 2026
Légende : NAVEXPO associe un espace d’affaire sur le quai et une Expo Dynamique à flot permettant la présentation de bateaux, drones et technologies maritimes en conditions réelles, au cœur d’un écosystème maritime et naval de premier plan. Crédit ©NAVEXPO / Christophe Beyssier.
Photo 2 Navexpo :
Légende : Gildas Bernard, fondateur et directeur de NAVEXPO, lors de la visite officielle du salon par Catherine Chabaud, ministre déléguée chargée de la Mer et de la Pêche. Crédit ©NAVEXPO / Delphine Alexandre.



