Concurrence accrue, tension sur la ressource: les pêcheurs à Cherbourg pour leurs assises

Cherbourg, 18 juin 2026 (AFP) – Modernisation de la flotte, partage des eaux et gestion de la ressource: les pêcheurs sont réunis jeudi et vendredi pour leurs assises à Cherbourg, en Normandie, pour débattre de l’avenir du secteur, récemment bousculé par la flambée des prix du carburant.

Si l’annonce d’un accord au Moyen-Orient laisse espérer un reflux net des cours du gazole marin, la filière a souffert de la hausse brutale des prix, contraignant nombre d’armateurs à réduire leur activité, le carburant représentant jusqu’à 60% du chiffre d’affaires pour les armateurs en avril-mai.

Une nouvelle crise qui montre, une fois encore, « l’urgence » de s’attaquer au « renouvellement de la flotte ». Et pour « avoir des outils à la hauteur face au changement climatique, il faut un soutien financier de l’Europe et de l’Etat », a déclaré Olivier Le Nézet, président du comité national des pêches à la tribune de la Cité de la mer de Cherbourg.

La France, qui possède le deuxième espace maritime au monde derrière les Etats-Unis, se situe au 6e rang européen pour le nombre de navires de pêche et au 2e rang pour la puissance embarquées (en kilowatt).

Mais derrière cette façade prestigieuse se déploie une armada de petits bateaux côtiers – 87% de la flotte est composée de navires de moins de 12 mètres – de plus de 30 ans, pilotés par des équipages vieillissants, dans l’attente de mesures pour se moderniser et se décarboner.

Pour se réformer, la pêche française « a besoin de stabilité », martèle Olivier Le Nézet. Il rappelle que le secteur se remet à peine du Brexit et demeure dans l’incertitude quant à une éventuelle nouvelle période de fermeture temporaire du Golfe de Gascogne en 2027 pour lutter contre les captures accidentelles de dauphins.

– « Pillage systématique » –

La 16e édition des assises de la pêche, organisée par Ouest-France et Le Marin, se tient dans une région où la lutte a été âpre pour la défense des droits historiques des pêcheurs français dans les eaux britanniques.

Sur toute la façade de la Manche, la question du partage de l’espace est particulièrement aiguë, entre activités de pêche, chantiers éoliens, aires marines protégées, transports, etc.

Les professionnels normands, qui défendent la pêche artisanale, « pas délocalisable », réclament avec force de voir la bande côtière française des 12 milles nautiques interdite aux navires de plus de 25 mètres, qui font la quasi-totalité de leur chiffre d’affaire au-delà des 12 milles.

Le président du comité régional normand, Dimitri Rogoff, décrit une concurrence terrible entre armements dans la Manche, « une des plus petites mers du monde, coupée en deux depuis le Brexit ».

« Il y a quelques semaines, de la seiche est arrivée, il y a eu tout de suite 100 bateaux dans la zone, dont dix français. On assiste à un pillage systématique (…) dans un espace où 80% des espèces ne sont pas sous quota », a-t-il détaillé.

La ministre chargée de la mer et de la pêche, Catherine Chabaud, est attendue jeudi après-midi et devrait s’exprimer sur cette question de la « cohabitation des usages », mais aussi sur la préservation de la ressource et le renouvellement des navires.

De la gestion de la coquille Saint-Jacques à la formation des jeunes, une série de tables rondes sont prévues pour balayer les crises et enjeux du secteur.

Jeudi matin, en ouverture des assises, une poignée de jeunes marins sont venus témoigner de leur passion pour leur métier, « dur » mais synonyme pour eux de « liberté ».

« Au lever du soleil ou au crépuscule, on a la meilleure vue de bureau » au monde, a témoigné Jules Sagot, jeune marin embarqué sur le navire de son père dans les Hauts-de-France, déterminé à devenir un jour « patron de pêche » à son tour.

Les Infos Mer de M&O

Gildas Bernard, fondateur et directeur : « NAVEXPO reste avant tout un salon professionnel dédié aux solutions opérationnelles ».

En dix ans, NAVEXPO est devenu un rendez-vous pivot du maritime professionnel. Alors que l'on fête cette année les 400 ans de la...

Soudeur naval, un métier stratégique

Un article de Alan Le Gall*, Soudeur naval Derrière chaque bâtiment de combat de la Marine nationale s’inscrit une chaîne industrielle rigoureuse, structurée et...

Liban : nouvelles frappes israéliennes à Beyrouth, craintes d’une occupation du sud

De nouvelles frappes israéliennes ont visé Beyrouth dans la nuit, faisant sept morts et plusieurs dizaines de blessés selon les autorités libanaises. L’aviation...

Ouistreham : un chalutier saisi pour trafic de cocaïne vendu 300 000 euros aux enchères

Un chalutier de 18 mètres, saisi en 2025 dans le cadre d’un trafic maritime de cocaïne entre le Brésil et la Normandie, a...

29 mars 1967 : lancement du premier sous-marin nucléaire lanceur d’engins français LE REDOUTABLE

Source vidéo du 9 juillet 1969 : INA Le général de Gaulle est présent et déclare : "C’est une journée capitale pour notre Marine,...

France – Philippines : un accord pour renforcer la coopération militaire en Indo-Pacifique

La France et les Philippines ont signé un accord permettant à leurs forces armées de participer à des exercices conjoints sur leurs territoires...

Plus de lecture

M&O 290 - Mars 2026

Colloque Souveraine Tech du 12 sept 2025

Alors qu'il était Premier Consul, Napoléon Bonaparte déclara le 4 mai 1802 au Conseil d'État, "L’armée, c’est la nation". Comment ce propos résonne t-il à un moment de notre histoire où nous semblons comprendre à nouveau combien la nation constitue et représente un bien à défendre intelligemment ? Par ailleurs, si la technologie est le discours moral sur le recours aux outils et moyens, au service de qui ou de quoi devons-nous aujourd'hui les placer à cette fin, en de tels temps incertains ? Cette journée face à la mer sous le regard de Vauban sera divisée en tables rondes et allocutions toniques.

ACTUALITÉS

Le Bénin et la mer

Découvrez GRATUITEMENT le numéro spécial consacré par Marine & Océans au Bénin et la mer

N° 282 en lecture gratuite

Marine & Océans vous offre exceptionnellement le numéro 282 consacré à la mission Jeanne d’Arc 2024 :
  • Une immersion dans la phase opérationnelle de la formation des officiers-élèves de l’École navale,
  • La découverte des principales escales du PHA Tonnerre et de la frégate Guépratte aux Amériques… et de leurs enjeux.
Accédez gratuitement à la version augmentée du numéro 282 réalisé en partenariat avec le Centre d’études stratégiques de la Marine et lÉcole navale

OCÉAN D'HISTOIRES

« Océan d’histoires », la nouvelle web série coanimée avec Bertrand de Lesquen, directeur du magazine Marine & Océans, à voir sur parismatch.com et sur le site de Marine & Océans en partenariat avec GTT, donne la parole à des témoins, experts ou personnalités qui confient leurs regards, leurs observations, leurs anecdotes sur ce « monde du silence » qui n’en est pas un.