Port Revel, ou comment manoeuvrer un ferry dans le canal de Suez… sur modèle réduit

Créé il y a plus de 40 ans au coeur du Parc de Chambaran, sur la commune de Saint-Pierre-de-Bressieux, il est devenu au fil des décennies un spot incontournable pour les professionnels de la navigation, qui doivent effectuer, tous les cinq ans, des stages d’entraînement intensif à la sécurité en mer.

Sur un bassin artificiel à ciel ouvert de cinq hectares, une cinquantaine de quais des grands ports de la planète ont été reproduits, ainsi que le canal de Kiel (entre la mer du Nord et la Baltique) et celui de Suez, sans oublier deux écluses. Le tout à l’échelle 1/25e. Des turbines immergées recréent même des courants marins.

Les manoeuvres d’accostage avec ou sans courant, de dragage et de mouillage, ou encore de croisement et de dépassement en canal, ne doivent donc plus avoir de secrets pour les dix pensionnaires hebdomadaires de Port Revel, créé en 1967 et filiale du groupe d’ingénierie grenoblois Artelia.

« Nos stagiaires sont des marins qui pilotent les navires à l’entrée et à la sortie des ports. C’est leur profession. Ils font toute la journée des manoeuvres et c’est à cela qu’on les entraîne ici », explique à l’AFP Arthur de Graauw, directeur du centre.

– ‘Tout est à l’échelle’ –

Pour ce faire, moyennant 11.000 euros pour cinq jours de formation, ils embarquent sur onze modèles réduits de paquebot, porte-conteneurs, ferry ou pétrolier, longs d’une dizaine de mètres et qui peuvent transporter jusqu’à deux personnes. Equipés d’une cabine de pilotage et d’un moteur électrique, ces petits bijoux de technologie, chouchoutés par six techniciens à plein temps, coûtent 400.000 euros pièce.

« Tout est à l’échelle évidemment: la taille et la puissance des bateaux, les profondeurs également, tout est fait pour se retrouver dans les conditions du réel », précise Oliver Thomas, ancien pilote maritime et un des huit instructeurs de Port-Revel.

Comme ses collègues, il suit en barque le navire du stagiaire dont il a la charge, distillant ses instructions à haute voix: « coupez le moteur », « vérifiez votre vitesse » ou encore « les ancres, c’est tout! ». En anglais si nécessaire.

Selon les responsables de Port Revel, les risques d’accidents « aux conséquences catastrophiques » résultent des « difficultés de manoeuvre dans des voies navigables de plus en plus encombrées, avec des navires de plus en plus grands, de plus en plus rapides mais souvent peu puissants, avec des inerties énormes ».

La miniaturisation des bateaux permet aussi « des expérimentations » que les pilotes n’oseraient jamais mettre en pratique dans la réalité « car c’est trop risqué », souligne M. de Graauw. De cette expérience, où les trajectoires des bateaux sont enregistrées grâce à un système GPS et analysées, des études sont tirées et publiées sur le site internet de Port Revel.

« Personne n’a envie d’aller en prison quand on fait son travail », assure Victor Gervais, un pilote canadien expérimenté, évoquant le cauchemar que pourrait provoquer une erreur de pilotage. Comme celle du Costa Concordia. « Alors vous allez au boulot, vous êtes sérieux, vous faites attention et vos devoirs. C’est la raison pour laquelle un tel endroit existe. Cela vous donne plus de cran », ajoute celui qui a déjà travaillé sur plus de 600 navires en huit ans.

Port Revel se « porte bien », selon ses responsables. La société a réalisé un chiffre d’affaires de deux millions d’euros en 2013. D’autres centres – moins grands – existent en Pologne, en Angleterre, aux Etats-Unis et en Australie.

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