À Mayotte, les pêcheurs bloqués à quai depuis novembre, faute d’autorisation

Dzaoudzi (France), 17 avr 2026 (AFP) – Au Four à Chaux, à Mayotte, une trentaine de bateaux sont amarrés, bloqués à quai, faute d’autorisation préfectorale. Seules quelques barques fendent la mer argentée de la fin d’après-midi pour rentrer après une journée de pêche.

Assoumane Mohammed contemple cette scène avec un regard amer. « Ça fait déjà cinq mois que je ne travaille pas », souffle ce marin-pêcheur qui emploie trois salariés.

Depuis novembre 2025, une grande partie des pêcheurs de l’île ne naviguent plus. Ils possèdent majoritairement des barques à moteur, non conformes aux normes européennes, qui leur permettaient jusque-là de pêcher jusqu’au poissonneux banc de la Zélée, à 110 km au nord-est de Mayotte, grâce à une dérogation préfectorale. Mais elle n’a pas été renouvelée.

Malgré des discussions avec la préfecture, « il n’y a pas de solution en vue », déplore Abdoul Karim Saïd Nidhoim, président du Syndicat maritime des pêcheurs professionnels mahorais.

La préfecture du 101e département français n’a pas répondu aux sollicitations de l’AFP.

Un bateau à moteur s’arrête au point de débarquement. En sortent rougets et poissons perroquet. Mohammed Amidou, qui pêchait habituellement au large pour attraper de plus gros poissons, comme le thon, est désormais contraint de partager le bateau d’un confrère cantonné au lagon. « Mes deux bateaux sont bloqués », explique-t-il.

Des aides existent pour moderniser les embarcations et les mettre aux normes mais pour Bacoco Lahadji, vice-président chargé de la pêche à la Chambre de l’agriculture, de la pêche et de l’aquaculture de Mayotte, les exigences pour les percevoir ne sont pas adaptées à Mayotte.

Il explique qu’il manque des modules aux permis de navigation de certains pêcheurs, car « ce sont des anciens, ils ne maîtrisent pas le français et l’école maritime exige qu’ils parlent français ».

Abdoul Karim Saïd Nidhoim dénonce « une pêche trop sur-réglementée et très sous-développée, malgré les efforts de l’Europe qui nous octroie des aides qui ne sont jamais parvenues aux potentiels bénéficiaires ».

– Réglementation inadaptée –

Le Fonds européen pour les affaires maritimes, la pêche et l’aquaculture a ainsi alloué 12 millions d’euros à Mayotte. Selon le syndicaliste, l’argent a servi à financer d’autres projets que le renouvellement de la flotte. Bacoco Lahadji, lui, impute la situation au manque d’information des professionnels.

Début avril, une nouvelle aide a apporté un peu d’espoir: la Commission européenne a validé l’ouverture d’aides à la modernisation pour les navires de pêche ultramarins. Mais un seul « segment de flotte » -la catégorie de bateau en langage bruxellois- est concernée pour Mayotte: les plus petits, inférieurs à 12 mètres.

« Des pêcheurs vont être exclus », redoute Abdoul Karim Saïd Nidhoim, qui demande l’ajout d’un segment concernant les navires se rendant jusqu’au banc de la Zélée.

Une délégation sénatoriale, conduite par le Mahorais Saïd Omar Oili, s’est rendue la semaine dernière au Four à Chaux pour écouter les pêcheurs. Elle a assuré « faire remonter la problématique au niveau national » afin que Mayotte obtienne plus de segments.

Cette complexité vient affaiblir une filière déjà fragile. Avec seulement 84 bateaux professionnels actifs, l’activité est en pleine structuration et reste artisanale, selon le Parc naturel marin de Mayotte.

La faiblesse de la filière se lit dans les chiffres: selon la même source, les pêcheurs mahorais capturent une centaine de tonnes de thon par an, soit l’équivalent d’un seul coup de senne (filet encerclant) d’un thonier senneur industriel.

Au point que Mayotte, malgré 70.000 km2 de zone économique exclusive, importe plus de 50% de ses besoins en produits de la mer, estime l’Agence de développement et d’innovation de Mayotte.

« Il n’y a pas beaucoup de pontons, pas de structure de criée comme en métropole où le poisson peut être stocké au frais (…) Il n’y a pas de Comité des pêches » non plus, énumère Cyrielle Jac, chargée de mission pêche au Parc.

Et pas même de port de pêche, déplorent Abdoul Karim Saïd Nidhoim et Bacoco Lahadji, Le Four à Chaux étant un simple débarcadère.

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