Dans les entrailles du bateau de 270 mètres de long, amarré quelques heures mardi dans le port de Marseille sur sa route vers l’Amérique Latine, le moteur principal est aussi haut qu’un immeuble de trois étages. Une douzaine d’heures sont nécessaires pour remplir le réservoir de carburant.
Le chef mécanicien a « 15 ans de fuel » derrière lui. C’est sa première rotation au GNL. Il a dû suivre plus de trois mois de formation.
Presqu’un métier à réapprendre pour acquérir le doigté et les procédures nécessaires. Car avant utilisation, ce carburant, conservé à l’état liquide à -162°C dans les cuves, doit être transformé à l’état gazeux, et amené à 40°C.
Malgré cette technicité, les participants au salon Euromaritime qui se tient à Marseille cette semaine conviennent que l’utilisation sécurisée du GNL –le plus ancien des nouveaux combustibles destinés à remplacer le fuel et réduire les pollutions du secteur– est désormais complètement dominée par les marins.
Sauf qu’il ne s’agit pas d’un « carburant vert », étant d’origine fossile lui-même, dénoncent les ONG. Ce dont conviennent des armateurs comme CMA CGM ou Brittany Ferries.
– « Carburant de transition » –
« Pour moi, le gaz naturel liquéfié est un carburant de transition », dit à l’AFP Jean-Marc Roué, patron de Britanny Ferries, présent au salon.
« Il nous permet de respecter les normes de santé publique des émissions: sa combustion n’émet pas d’oxyde de soufre, émet 80% de moins d’oxyde d’azote que le fuel et pas de particules fines ».
Mais en matière climatique, la performance du GNL est moins reluisante.
Cette « énergie fossile de transition » permet de « réduire nos émissions de CO2 de 20% », mais ne sera « peut-être pas assez » pour atteindre l’objectif « carbone zéro » de CMA CGM en 2050, avait reconnu en septembre son PDG, Rodolphe Saadé, devant les députés français.
Le bio-GNL, ou bio-méthane, issu de la fermentation de la biomasse (déchets agricoles…), a lui un impact climatique bien moindre, mais est encore rare et cher.
En attendant des carburants plus vertueux (méthanol, ammoniac, hydrogène vert…), les armateurs ont développé d’autres stratégies pour réduire leur empreinte carbone.
CMA CGM parie notamment sur les données météo associées à l’intelligence artificielle, pour aider les capitaines à choisir leur parcours en optimisant leur consommation de carburant, ce qui réduit les émissions de CO2.
– « Vent en poupe » –
Pour des bateaux plus petits, comme les ferries, la décarbonation passe aussi par les batteries électriques rechargeables, à condition que les ports soient eux-mêmes électrifiés.
« Sur les 12 ports où nous accostons, il n’y en a qu’un où je peux charger à quai », à Portsmouth, en Grande-Bretagne, relève M. Roué.
Pour lui, la décarbonation du transport maritime « marque une pause » actuellement. « Le problème c’est d’avoir assez de temps en escale pour charger la totalité des batteries », ajoute le dirigeant, qui espère voir se développer une technologie qui existe, selon lui, en Chine et permet « de recharger un megawatt en neuf minutes ».
Reste le transport par voile, secteur très représenté au salon, où startups et grands industriels rivalisent d’imagination pour promouvoir leurs solutions.
Ocean Wings, basé à Paris, a imaginé les « ailes » du cargo Canopée qui a transporté récemment des éléments de la fusée Ariane vers Kourou. « Notre mission n’est pas de remplacer le fuel mais de permettre à une flotte de vraquiers, de porte-containers ou de tankers » de réduire leur consommation de carburant, explique Thomas Mech, ingénieur en performance vélique.
Malgré les délais dans la mise en place d’une législation internationale par l’Organisation maritime internationale (OMI), « on sent que la propulsion vélique a le vent en poupe depuis deux ans », observe Sandrine Porcheret, chargée du marketing chez Wisamo (Michelin).
L’aile gonflable automatisée de Wisamo n’équipait depuis cinq ans qu’un prototype de 13 mètres. Pendant le salon, Michelin a annoncé le lancement de sa commercialisation. Début 2027, elle va être installée sur un patrouilleur des affaires maritimes de 50 mètres.
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