Bruits de pinces et autres craquements: la « cacophonie » sous-marine sous écoute

« Les animaux, mammifères, poissons et crustacés, produisent une cacophonie insoupçonnée », assure Cédric Gervaise, chercheur en acoustique sous-marine et cotitulaire de la chaire d’excellence industrielle Chorus lancée en janvier dernier par la fondation de l’Institut grenoblois, qui regroupe six écoles d’ingénieurs et 31 laboratoires.

« Les activités humaines, qu’il s’agisse des transports maritimes ou de la production d’énergie marine renouvelable par exemple, génèrent également du bruit », ajoute Lucia Di Iorio, sa collègue spécialisée en bioacoustique, titulaire également de la chaire.

« On écoute absolument tout sous la mer », résume Cédric Gervaise à l’occasion d’une présentation du programme de recherche cette semaine à Brest, citant avec sa collègue les vocalises des mammifères marins, le bruit des bateaux, du vent et de la pluie, des crevettes claqueuses qui ferment leurs pinces très rapidement, des coquillages qui s’ouvrent et se referment, des craquements de glace, des oursins qui mangent et dont le squelette craque…

Il s’agit de « savoir si l’environnement est en bon état ou pas, de savoir s’il change et comment il répond aux différentes pressions auxquelles il est soumis », via la mise en place d’outils et de protocoles d’interprétation de ces paysages acoustiques sous-marins, explique Cédric Gervaise.

« On a quelques connaissances sur l’ambiance sonore de la mer, mais ça reste parcellaire et l’originalité de la chaire est qu’on tente de la décrire dans sa globalité », souligne Lucia Di Iorio. « Il y a eu des études sur l’influence du bruit sur les mammifères marins ou les poissons, mais il y en a très, très peu sur les invertébrés, malgré l’importance de leur rôle écologique et économique », précise-t-elle.

Capteurs nouvelle génération

Des capteurs de sons de nouvelle génération, à savoir non intrusifs et dotés d’une grande autonomie, ont ainsi été placés dans des lieux stratégiques comme le parc naturel marin d’Iroise, haut lieu de la biodiversité marine au large de la Bretagne, l’Arctique ou le rail de Ouessant, dispositif de séparation du trafic maritime au large de l’île bretonne du même nom et qui constitue l’un des passages maritimes les plus fréquentés du monde.

Dans l’Arctique, il s’agit par exemple de mesurer l’impact du changement climatique sur la faune marine en étudiant le bruit généré par la fonte des glaces et celui émis par les mammifères marins ou encore l’impact sur cette faune de l’ouverture potentielle de nouvelles voies maritimes.

Ailleurs, la description acoustique de l’environnement marin peut servir à mesurer l’impact sur celui-ci de l’installation de machines pour produire de l’énergie marine, comme les éoliennes ou les hydroliennes.

France énergies marines, institut brestois qui coordonne la R&D française sur les énergies marines, s’apprête ainsi à lancer un programme de recherche, en partenariat avec l’équipe des chercheurs Gervaise et Di Iorio, consistant à étudier le comportement sonore de la faune benthique (oursins, bivalves, crevettes…) avant et après l’installation d’hydroliennes.

« L’objectif est d’améliorer la connaissance de l’environnement et de l’impact potentiel des énergies marines en matière acoustique », explique à l’AFP Marc Boeuf, directeur de la recherche et du développement à France énergies marines.

« C’est parce que depuis peu il y a une offre de capteurs sonores autonomes d’un coût limité que nous pouvons désormais avoir très facilement accès à un grand nombre d’environnements marins », se réjouit Cédric Gervaise, soulignant le caractère « original et naissant » du programme de recherche Chorus, dont les mécènes sont principalement des entreprises privées, mais également le Service hydrographique et océanographique de la Marine (SHOM), et dont les partenaires scientifiques sont le laboratoire Gipsa-Lab (Grenoble Images Parole Signal Automatique), le centre marin de Brest Océanopolis et l’Université du Québec à Rimouski.

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