Energies marines: les jeunes ingénieurs sur la ligne de départ

“Je ne suis pas trop inquiet pour mon avenir”, assure Valère Combescot, 25 ans, jeune diplômé de l’Institut national des sciences appliquées (INSA) de Lyon.

Comme onze autres étudiants, il vient d’intégrer le master spécialisé en EMR –de niveau Bac+6–, piloté par l’ENSTA Bretagne (Ecole nationale supérieure de techniques avancées), en partenariat avec l’Ecole navale et l’école d’ingénieurs Telecom Bretagne.

Pauline Beltrando, 22 ans, diplôme d’ingénieur de l’Université de technologie de Compiègne (UTC) en poche, acquiesce: “On s’oriente de plus en plus vers les énergies renouvelables”.

“On se lance dans une filière émergente, ça fait un peu peur”, avoue cependant Sarah Asdar, 24 ans, tout juste diplômée en physique océanographique et passionnée depuis “toujours” par la mer.

Avec d’autres “anciens” de la formation, Céline Dam Hieu, issue de la dernière promotion, est venue parler de son expérience. Elle vient d’obtenir un CDD chez EDF Energies Nouvelles, filiale dédiée aux énergies renouvelables du géant électrique. Un contrat qui prendra fin en décembre si l’entreprise n’est pas lauréate du deuxième appel d’offres dans l’éolien en mer.

La jeune fille de 24 ans, qui outre le master EMR a un double diplôme d’ingénieur en génie de l’eau et de l’environnement, dit avoir “bon espoir qu’il y ait plus d’embauches avec le temps”. “Le développement de la filière dépend en grande partie des choix du gouvernement”, estime-t-elle, au moment où les industriels plaident pour une accélération du développement de ces énergies –éolien posé ou flottant, hydroliennes, énergies thermique des mers…– encore à un stade embryonnaires en France.

François Hollande doit lancer, probablement lundi, un appel à projets, très attendu par les industriels de la filière, pour des parcs pilotes d’hydroliennes au large des côtes françaises.

Au terme de son stage de fin d’année, Wilfried Bourdon, 40 ans, vient d’être embauché par DCNS. Interrogé pour savoir si le constructeur naval recrutait beaucoup dans les énergies marines, il répond sans hésitation: “non, concrètement, non”.

“Casser les barrières”

“Il suffirait que l’Etat donne un calendrier de développement pour redonner des perspectives aux industriels qui recommenceraient alors à investir et donc à embaucher”, juge Wilfried, pendant longtemps chez l’électronicien Sagem (désormais Safran).

“Si vous êtes mobiles, partez à l’étranger”, conseille Philippe Aurières à la nouvelle promotion. Le jeune diplômé de 47 ans, qui vient d’accepter un CDD d’un an chez DCNS, estime en effet que la maturité de certains marchés à l’étranger “est telle qu’il y a une vraie compétence qui est requise”.

Sauf que, “le milieu des EMR est particulièrement paranoïaque, tout le monde est en phase de R&D et personne ne veut se laisser copier par le voisin”, explique à l’AFP Jean-Yves Pradillon, enseignant-chercheur à l’ENSTA Bretagne, responsable de la formation.

Ainsi, depuis la création du master en 2010, aucun des 31 diplômés qui en sont sortis n’a réalisé de stage ou été embauché à l’étranger.

Pour remédier à cela, le cursus devrait s’internationaliser à compter de 2014 grâce à un partenariat avec des universités étrangères: les étudiants brestois y effectueraient leur dernier mois de cours, et vice versa.

“L’idée est de commencer à casser les barrières”, assure M. Pradillon. “Cela permettrait aux étudiants de se connaître entre eux et d’avoir des contacts avec des entreprises et des enseignants d’autres pays” car, “en dépit des réticences, la collaboration européenne va être une réalité”, assure-t-il, se félicitant d’avoir reçu pour la première fois cette année trois candidatures étrangères, dont une seule a été retenue, celle d’un jeune espagnol.

“Je suis certain qu’il va y avoir un développement des EMR en France”, assure optimiste le responsable, indiquant que les deux premières promotions (21 étudiants) ont connu le “plein emploi”, malgré 10 à 15% d’embauches dans des postes non liés aux EMR. “Maintenant, est-ce que ce développement aura lieu dans 6 mois, dans un an ou dans trois ans…”