La pêche française, un géant européen malmené

Cherbourg, 18 juin 2026 (AFP) – Flambée du carburant et vieux bateaux: la pêche française reste un géant européen mais peine à répondre au défi du renouvellement de sa flotte, enjeu majeur pour une pratique plus durable et décarbonée.

Une force en Europe, mais déficitaire

La France est le deuxième producteur européen de produits de la pêche, derrière l’Espagne, avec 477.000 tonnes de poissons et crustacés pêchés en 2024, quasi stable (+1%) par rapport à 2023, selon les données du gouvernement.

Elle reste le leader européen de la production d’huîtres et occupe la deuxième place derrière l’Espagne (en volume) pour les moules.

Malgré cela, la pêche française est minoritaire dans l’assiette des Français, qui préfèrent le saumon et les crevettes importés – deux espèces représentant plus d’un tiers des importations totales – aux merlus ou baudroies ramenés dans les filets français.

Si le déficit du commerce extérieur se réduit, notamment grâce aux huîtres, il continue à peser lourd, avec 4,9 milliards d’euros en 2024.

De vieux navires, moins de marins

Depuis 2000, la flotte de pêche en France a diminué de près de 35%, pour atteindre 5.352 navires en 2024, d’une moyenne d’âge de trente ans.

Elle est composée essentiellement de petits bateaux: 87% font moins de douze mètres.

Elle se renouvelle doucement: une soixantaine de nouveaux navires sortent chaque année de chantiers navals français, belges ou marocains. Objectifs: réduire la facture énergétique et développer une pêche moins polluante (propulsion hybride, matériaux biosourcés…).

En 2024, les navires employaient moins de 12.000 personnes. Les marins-pêcheurs sont moins nombreux (-16% depuis 2013) et la moitié devraient partir en retraite dans les prochaines années.

Leur rémunération mensuelle moyenne varie entre 2.500 et 3.000 euros net, selon France Filière Pêche, avec de fortes variations dans l’année en fonction des espèces pêchées et de la météo.

Des techniques critiquées

La pêche au chalut approvisionne plus de la moitié de l’offre française. Le chalut ou filet pélagique permet de pêcher des espèces vivant en pleine mer comme l’anchois ou la sardine.

Le chalut de fond, un filet conique encadré de panneaux métalliques traîné sur le plateau continental océanique, pêche les espèces vivant près du fond: cabillaud, merlu, sole ou encornet.

Cette technique est dénoncée comme « destructrice » par des ONG de défense des océans, dont Bloom qui milite pour la faire interdire, suscitant la colère des pêcheurs.

Le reste des approvisionnements se fait avec d’autres filets, à la drague (filet métallique pour les coquilles Saint-Jacques), avec des casiers (crabes, homards) et à la palangre (lignes garnies d’hameçons pour le thon).

Encore trop de surpêche

En 2024, environ la moitié des poissons débarqués en France provenaient de populations exploitées durablement, un chiffre en amélioration par rapport à 2023 (44%), selon le « bilan 2025 » de l’institut français de recherche Ifremer.

Mais un poisson débarqué sur quatre (26%) reste issu de populations de poissons surexploitées comme le hareng de mer du Nord et 7% de populations effondrées, comme le maquereau de l’Atlantique ou le merlu de Méditerranée.

Le progrès est net depuis 2000, quand seulement 18% des poissons étaient exploités durablement, mais l’objectif de 100% fixé par la Politique commune de la pêche est encore loin.

Des chocs successifs durs à encaisser

Après le Brexit, la France a envoyé 86 bateaux à la casse, indemnisant les pêcheurs n’ayant pas obtenu de renouvellement des licences de pêche dans les eaux britanniques.

Paris s’inquiète de la fermeture à certains types de pêche des aires marines protégées (AMP) britanniques, après l’annonce par Londres en juin dernier de la création de 43 nouvelles AMP.

Cet hiver, la fermeture pour un mois de la pêche dans le golfe de Gascogne pour protéger les dauphins, pour la troisième année de suite, a affecté les pêcheurs de la façade atlantique – qui ont été indemnisés. Le secteur est dans l’incertitude pour 2027.

Des navires côtiers de l’Atlantique aux thoniers de l’océan Indien, tous ont subi le choc de la hausse des coûts du gazole (+60% depuis les premiers mois de la guerre au Moyen-Orient), qui représente désormais plus de la moitié du chiffre d’affaires d’un navire. En dépit d’aides publiques (jusqu’à 35 centimes/litre de gazole), nombre d’armateurs ont réduit leur activité.

sb/mdz/ved/LyS

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