Le Monge, un navire-radar géant très discret qui piste les missiles

Amarré tout au bout des quais de Seine qui accueillent jusqu’à dimanche une quarantaine de bateaux de prestige, ce gigantesque « bâtiment d’essais et de mesures » tout blanc ne passe pas inaperçu avec ses trois grands radars et ses 230 mètres de long, qui en font le deuxième plus long bâtiment de la flotte militaire française après le porte-avions Charles-de-Gaulle.

« Le Monge est un bateau un peu mystérieux. C’était le moment de le faire découvrir, d’autant plus que c’est une vitrine technologique », confie le commandant du bâtiment, Jacques Rivière, qui reçoit les visiteurs dans son luxueux carré à la poupe du navire.

Mis en service en 1992 et construit spécialement par les chantiers navals de Saint-Nazaire, le Monge répond à une mission très spécifique : enregistrer des données sur la trajectoire des missiles nucléaires stratégiques et tactiques français lors des essais, en collaboration avec des industriels comme Thalès ou Astrium.

« Notre rôle est d’être à l’arrivée du missile pour analyser la trajectoire finale », à plusieurs milliers de kilomètres du point de lancement, précise l’officier. Le Monge n’a ainsi pas recueilli de données lors de l’essai raté d’un missile balistique M51 début mai, celui-ci ayant explosé peu après son lancement, au large du Finistère.

Doté de « trois des quatre radars les plus puissants d’Europe » ainsi que d’une tourelle optronique, « le Monge est capable de détecter une pièce de 2 euros à 800 kilomètres », assure Jacques Rivière. « A ma connaissance, c’est le seul bateau au monde doté de telles capacités, seuls les Américains et les Chinois disposant de bâtiments approchants ».

L’extrême précision des mesures requises explique la taille impressionnante du bateau, gage de stabilité, et sa couleur. « Le blanc permet de limiter les risques de dilatation du bâtiment à la chaleur, qui pourrait fausser les mesures », indique l’officier.

Clé à molette en orbite

Les essais de missiles stratégiques n’intervenant que tous les deux ans en moyenne, le Monge, qui compte un équipage de 200 personnes dont 80 dédiées aux mesures, a parallèlement diversifié ses missions. « Il serait dommage de se priver de ses capacités », souligne Jacques Rivière.

Le bâtiment sert ainsi, pour le compte du Centre national d’études spatiales ou de l’Agence spatiale européenne, à la surveillance des débris orbitaux susceptibles de tomber sur terre ou d’endommager des satellites, voire la station spatiale internationale ISS.

« A une époque, on nous a régulièrement demandé de repérer une clé à molette perdue en orbite par un astronaute américain », explique le maître-principal Daniel O., l’un des spécialistes chargés des mesures. « C’était très sérieux : elle pouvait mettre en danger certains satellites ».

Basé à Brest, le Monge passe en moyenne quatre mois par an en mer et dispose d’une autonomie de 60 jours et de 15.000 milles nautiques. Il est ponctuellement mobilisé pour des tirs de fusée Ariane. En septembre 2011, il avait activement participé à la traque du satellite UARS, qui s’était écrasé dans le Pacifique.

En début d’année, plusieurs voix, dont celles des anciens ministres de la Défense Paul Quilès (PS) et Hervé Morin (UDI) ainsi que du général Henri Bentégeat, ancien chef d’état-major des armées, avaient préconisé une réflexion sur la force de dissuasion nucléaire française à l’heure des réductions budgétaires. Le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, a toutefois jugé fin mai celle-ci « plus que jamais indispensable ».

Le Monge, dont les installations les plus sensibles restent fermées au public – et à la presse – est visible à Rouen jusqu’à dimanche, lorsqu’il fermera la « grande parade » des voiliers géants descendant la Seine jusqu’à la mer.

Les Infos Mer de M&O

Les derniers cow-boys ! Présentation et carnet de voyage du convoi terrestre (SPoT) qui approvisionne la station Amundsen-Scott.

Les cow-boys, les « wranglers » (gardiens de troupeaux), guidaient et protégeaient le bétail du point d’élevage au point de vente, d’une zone de pâturage...

Un « Thanksgiving » un peu… électrique au Pôle Sud

Par Eric Chevreuil,  Français de Los Angeles en mission sur une base américaine en Antarctique.   *** Pour nous, Thanksgiving tombe le samedi. Le premier Thanksgiving daterait...

Au cœur de la station Amundsen Scott

Le C-130 de McMurdo n’a eu de cesse de reporter son départ à cause de la météo. Finalement, il est parti à 21h00...

La station Amundsen-Scott

La station américaine Amundsen-Scott est l’habitation terrestre la plus au sud de notre planète, et non, nous n’y vivons pas la tête en...

La Fondation Jacques Rougerie missionnée pour construire le premier musée de Tuvalu

À l’occasion de la COP30, un projet inédit et hautement symbolique a été dévoilé au Climate Mobility Pavilion : la création d’un Musée pour Tuvalu, conçu pour préserver la mémoire, l’identité et le patrimoine d’un pays menacé par la montée des eaux. Au cœur de cette initiative mondiale : la Fondation Jacques Rougerie – Académie des Beaux-Arts, reconnue pour son expertise unique en architecture biomimétique et océanique.

15 novembre 1634 : premier règlement de discipline de la Marine par le cardinal de Richelieu

Dès que la capitulation de la Rochelle, en 1628, eut délivré le cardinal de Richelieu de son principal souci, il résolut de créer...

Plus de lecture

M&O 288 - Septembre 2025

Colloque Souveraine Tech du 12 sept 2025

Alors qu'il était Premier Consul, Napoléon Bonaparte déclara le 4 mai 1802 au Conseil d'État, "L’armée, c’est la nation". Comment ce propos résonne t-il à un moment de notre histoire où nous semblons comprendre à nouveau combien la nation constitue et représente un bien à défendre intelligemment ? Par ailleurs, si la technologie est le discours moral sur le recours aux outils et moyens, au service de qui ou de quoi devons-nous aujourd'hui les placer à cette fin, en de tels temps incertains ? Cette journée face à la mer sous le regard de Vauban sera divisée en tables rondes et allocutions toniques.

ACTUALITÉS

Le Bénin et la mer

Découvrez GRATUITEMENT le numéro spécial consacré par Marine & Océans au Bénin et la mer

N° 282 en lecture gratuite

Marine & Océans vous offre exceptionnellement le numéro 282 consacré à la mission Jeanne d’Arc 2024 :
  • Une immersion dans la phase opérationnelle de la formation des officiers-élèves de l’École navale,
  • La découverte des principales escales du PHA Tonnerre et de la frégate Guépratte aux Amériques… et de leurs enjeux.
Accédez gratuitement à la version augmentée du numéro 282 réalisé en partenariat avec le Centre d’études stratégiques de la Marine et lÉcole navale

OCÉAN D'HISTOIRES

« Océan d’histoires », la nouvelle web série coanimée avec Bertrand de Lesquen, directeur du magazine Marine & Océans, à voir sur parismatch.com et sur le site de Marine & Océans en partenariat avec GTT, donne la parole à des témoins, experts ou personnalités qui confient leurs regards, leurs observations, leurs anecdotes sur ce « monde du silence » qui n’en est pas un.