Les îles américaines du Pacifique s’inquiètent de l’exploration en eaux profondes voulue par Trump

Sydney, 6 août 2026 (AFP) – Le dirigeant des îles Mariannes du Nord – sous administration américaine dans le Pacifique – déplore n’avoir pas été consulté sur la mise aux enchères de vastes zones océaniques voisines à des fins d’exploration minière en eaux profondes.

Le gouverneur David Apatang souligne auprès de l’AFP que cette idée suscite une vive inquiétude au sein de la population de son archipel tropical de quelque 40.000 habitants.

Donald Trump avait décidé en avril 2025 d’ouvrir l’extraction à grande échelle de minerais dans les grands fonds océaniques, y compris en eaux internationales.

De vastes parties de l’océan Pacifique sont recouvertes de nodules polymétalliques, des sortes de galets de la taille d’une pomme de terre, riches en cobalt, cuivre, nickel, manganèse et terres rares. Ces métaux sont très prisées pour les véhicules électriques, les smartphones et ordinateurs portables, ou encore les panneaux solaires.

Une vaste zone du territoire maritime américain située près des îles Samoa américaines – un territoire niché entre la Nouvelle-Zélande et Hawaï dans le Pacifique Sud – doit être mise aux enchères dès le mois de novembre, selon des documents officiels.

D’autres zones océaniques entourant Guam et les îles Mariannes du Nord, dans le Pacifique occidental, sont également à l’étude.

Ce qui fait craindre à M. Apatang « des répercussions sur la sécurité alimentaire de la population du Commonwealth des îles Mariannes du Nord, dont la survie dépend des ressources océaniques ».

Washington avait initialement proposé d’explorer un bloc de 140.000 kilomètres carrés situé à environ 200 kilomètres à l’est de Saipan, la capitale de l’archipel.

M. Apatang s’inquiète d’une annonce faite en mars par les Etats-Unis selon laquelle un bloc de taille similaire situé à l’ouest de Saipan pourrait également faire l’objet d’une concession.

« Il n’y a eu aucune consultation avec la population des îles Mariannes du Nord » (dont la superficie est inférieure à 500 kilomètres carrés), s’insurge-t-il.

– Demandes d’interdiction temporaire –

L’exploitation minière en eaux profondes peut causer des dommages irréversibles, étouffant la vie marine sous des panaches de déchets et perturbant les migrations océaniques sous le grondement des engins lourds, estiment ses détracteurs.

Les îles Mariannes, Guam et les Samoa américaines – territoires américains n’ayant pas le statut d’Etats – souhaitent toutes son interdiction, au moins temporaire, dans leurs eaux territoriales.

Mais ces territoires qui dépendent de Washington pour leur financement et leur défense n’ont guère leur mot à dire sur les actions du pouvoir central au-delà d’une limite maritime de quelque cinq kilomètres.

Guam a adopté cette année des lois interdisant aux navires d’exploitation minière en eaux profondes de faire escale dans ses ports, ce qui pourrait entraver le développement de ce secteur en le privant d’une source essentielle de carburant et de ravitaillement.

Selon M. Apatang, les îles Mariannes du Nord « envisageraient de suivre cet exemple ».

– « Valeur monétaire » de l’Océan ? –

C’est dans une vaste zone océanique située près des Samoa américaines que les projets d’exploration minière en eaux profondes sont les plus avancés.

Le Bureau américain de gestion de l’énergie océanique (BOEM) propose d’organiser une vente aux enchères en novembre afin de céder des licences d’exploration pour un bloc de 125.000 kilomètres carrés.

La région jouxte la vaste réserve marine de l’atoll de Rose, où des tortues imbriquées – une espèce en danger critique d’extinction – prospèrent au milieu de récifs aux couleurs chatoyantes.

La déléguée Aumua Amata, qui représente les Samoa américaines à la Chambre des représentants des Etats-Unis, craint que l’exploitation minière en eaux profondes ne perturbe les activités de pêche, qui constituent la grande majorité des recettes d’exportation du territoire.

« Je représente notre peuple et je suis convaincue qu’une majorité de Samoans américains y est opposée », dit-elle à l’AFP.

Les licences d’exploration portent sur des études préliminaires et des prélèvements d’échantillons. Toute décision ultérieure concernant l’exploitation commerciale devra faire l’objet d’une nouvelle autorisation de la part de l’administration américaine.

Pour Sabrina Suluai-Mahuka, militante écologiste aux Samoa américaines, il est impossible d’attribuer une « valeur monétaire » à l’océan. « Ce n’est pas le genre de chose qui amène à se demander: +Combien d’argent peut-on en tirer ?+ »

Emily Wood, une ancienne diplomate américaine, travaille avec le bureau de la gouverneure de Guam pour mieux cerner les risques liés à l’exploitation minière en eaux profondes.

La société minière Impossible Metals s’est engagée à reverser 1% de ses bénéfices aux communautés insulaires, précise-t-elle à l’AFP. Mais, « ce n’est absolument rien, comparé aux dégâts potentiels qui pourraient être causés », juge-t-elle.

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