Les marchés des céréales entre la mer Noire et la hausse du pétrole

Paris (France), 16 sept 2026 (AFP) – Une fois de plus cette semaine, les marchés des céréales en Europe et aux Etats-Unis ont oscillé au gré des espoirs – et des désillusions – sur un début de déblocage des exportations de céréales russes et ukrainiennes en mer Noire.

La flambée du pétrole et les conséquences de la sècheresse en Europe ont également influé sur les cours.

« Le sujet de préoccupation numéro un sur le marché des grains, c’est la mer Noire », déclare Sébastien Poncelet, analyste pour Argus Media France. « Le marché est partagé entre une réalité, qui est le blocage, et des espoirs de détente, qui vont et viennent au gré des déclarations des uns et des autres ».

Donald Trump a ainsi évoqué en début de semaine un engagement de Kiev et de Moscou à ne plus frapper les infrastructures énergétiques adverses, laissant espérer un apaisement sur les attaques en mer Noire, ce qui a tiré les cours vers le bas.

Mais les attaques se sont poursuivies et les cours sont repartis à la hausse. « C’est un marché chaotique », résume Sébastien Poncelet.

Sur Euronext, la tonne de blé s’échangeait mercredi midi à 242,25 euros pour l’échéance de décembre, contre 247,25 il y a sept jours (-2%). A la Bourse de Chicago, le blé valait 7,28 dollars le boisseau (27 kg) mardi soir, le même prix que le mardi précédent.

– Le blé, « thermomètre » de la mer Noire –

Sur la période juillet-septembre, les exportations de blé par la Russie (2e exportateur mondial) et l’Ukraine (4e exportateur) ont chuté à 8 millions de tonnes, un plus bas depuis la même période de 2010-11, selon le cabinet SovEcon, spécialiste de la Russie.

Toujours à propos du blé, « thermomètre des difficultés en mer Noire », l’Algérie, un des principaux importateurs, pourrait finaliser mercredi l’achat d’au moins 500.000 tonnes, via un appel d’offre public, indique M. Poncelet.

Elle accepterait alors de payer 30 dollars de plus la tonne que lors de son précédent achat début août, selon le prix publié. Ce qui signifie qu’elle ne croit pas à la détente des cours.

L’Arabie saoudite, elle aussi gros importateur, avait annulé au dernier moment une commande importante il y a dix jours, arguant de prix trop élevés.

La poussée du pétrole a soutenu les cours des matières premières agricoles et notamment des oléagineux en raison d’un contexte plus favorable aux biocarburants, fabriqués en Europe avec l’huile de colza, en Amérique, Argentine ou Brésil avec l’huile de soja ou encore en Indonésie avec l’huile de palme.

Le colza s’échangeait 558,25 euros la tonne sur Euronext mercredi, en hausse de 0,5% sur la semaine. Le soja valait mardi soir 13,18 USD le boisseau (27 kg) à Chicago (+1,62% sur la semaine).

– En attendant Xi Jinping –

Le président chinois Xi Jinping se rend aux Etats-Unis le 24 septembre pour rencontrer son homologue américain. Les achats chinois de soja se multiplient à l’approche de ce rendez-vous, Pékin voulant montrer qu’il respecte ses accords commerciaux d’achat de 25 millions de tonnes de soja aux agriculteurs américains.

La Chine achètera-t-elle « au moins 17 milliards de dollars par an de produits agricoles américains » en 2026, 2027 et 2028, comme la Maison-Blanche l’avait annoncé en mai? Les analystes américains sont sceptiques, « en raison du contexte géopolitique; Iran, Russie, Ukraine, mais aussi toutes les questions autour de l’IA », note Michael Zuzolo, de Global Commodity Analytics and Consulting.

« Les élections de mi-mandat approchent » et « la Chine attend probablement de voir comment la situation évolue », renchérit Dewey Strickler, d’Ag Watch Market Advisors.

Enfin, les conséquences de la sécheresse de cet été en Europe vont marquer les prochains mois.

Ses effets sur la récolte de maïs sont pires qu’attendus, avec une production en France – premier producteur européen – désormais estimée en chute de 42% par le ministère de l’Agriculture.

Mais la prochaine récolte de colza inquiète aussi. Les semis de cet oléagineux ont lieu de mi-août à mi-septembre: les sols étaient parfois trop secs pour qu’on sème, ou les jeunes plants n’ont pas eu assez d’eau pour bien lever, avec un développement trop lent qui les a rendus vulnérables aux insectes.

fmp-ni/cho/ved/LyS

EURONEXT

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