Malaisie: acquittements dans le meurtre d’un manequin lié à l’achat de sous-marins français

Azilah Hadri et Sirul Azhar Umar ont été jugés coupables en 2006 du meurtre d’une jeune femme de 28 ans, un manequin mongol qui aurait servi d’interprète lors des négociations pour l’achat de sous-marins français. Altantuya Shaariibuu avait été tuée par balles et son corps réduit en bouillie à l’aide d’explosifs, dans la jungle.

La vente des sous-marins, qui date de 2002, est l’objet d’une instruction judiciaire par la justice française pour “corruption active et passive”, les enquêteurs s’intéressant notamment à plusieurs contrats de consultants, qui pourraient être des commissions occultes.

Les deux hommes “ont été acquittés et libérés. Ils sont libres à présent”, a déclaré vendredi à l’AFP leur avocat Hazman Ahmad.

Selon les critiques du gouvernement malaisien, les deux hommes, membres d’une unité d’élite chargée de la protection des ministres, ont servi de victimes expiatoires dans cette affaire, pour cacher l’implication de très hauts responsables gouvernementaux. Certains pensent qu’ils ont été libérés en échange de leur silence.

“C’est une décision totalement choquante”, a estimé Cynthia Gabriel, membre de l’association malaisienne anticorruption Suaram, proche de l’opposition, qui réclame une enquête indépendante pour passer au grill toutes les personnes impliquées de près ou de loin, y compris le Premier ministre Najib Razak.

“Qui a tué” la jeune femme?, s’est interrogée la militante. “Je ne crois pas que notre système judiciaire soit prêt à se saisir de tous les éléments de cette affaire”, a-t-elle ajouté.

Altantuya Shaariibuu était la maîtresse d’Abdul Razak, un ancien associé de Najib Razak, à l’époque ministre de la Défense.

Abdul Razak (qui n’a pas de lien familial avec Najib Razak) a été un temps poursuivi pour l’assassinat de sa maîtresse, qui lui aurait demandé sa part de commission. Il a été acquitté en 2008.

Le bureau du Premier ministre n’a pas souhaité commenter dans l’immédiat.

La Direction des constructions navales (DCN), alliée à Thales et au groupe espagnol de construction naval Navantia (ex Izar), a signé en 2002 un contrat d’environ un milliard d’euros pour la vente à la Malaisie de deux sous-marins Scorpène et un sous-marin d’occasion Augusta.