Plongée avec le doyen des corailleurs corses en quête « d’or rouge »

« J’ai commencé le corail en 1979 mais depuis mes 16 ans, je voulais le faire. C’est un métier de rêve, le corail c’est un mystère, organique, vivant, ça éloigne le mauvais sort », confie à l’AFP le septuagénaire autorisé par arrêté préfectoral, comme huit confrères, à pêcher le corail en Corse.

Une pêche exigeante et très réglementée qui se fait au delà de 50 mètres de profondeur pour permettre aux plongeurs amateurs d’observer ce joyau des mers, invertébré marin doté d’un squelette externe qui vit entre 5 et 700 mètres de fond et pousse d’un centimètre par an.

Comme chaque matin d’avril à décembre, quand la mer le permet, Marien, robuste, bronzé, crâne dégarni, regard malicieux et sourire jovial, glisse dans sa troisième couche de néoprène et enfile gants et chaussons. « A 60 mètres, la mer est à 14°C », rappelle ce fils de militaire, né à Marseille.

A ses côtés, son marin, Franck Ibba, ancien pêcheur de 42 ans s’active, stressé. « Il faut être très concentré parce qu’il y a un vrai danger. Je ne veux pas perdre Marien, c’est l’angoisse des marins de corailleurs », confie cet ancien boxeur, « 6e mondial à Mister Univers » en 2017, en exécutant une checklist immuable.

Marien, qui a passé trois ans chez les « paras » avant d’être plongeur professionnel à la Comex, une entreprise spécialisée dans les travaux en milieux sous-marins, et en plateformes pétrolières, s’installe à l’arrière du bateau et « fait une coupure ».

« C’est le silence avant la messe », glisse Franck. Paré de ses 90 kg d’équipements, lampe-torche fixée au bras et marteline en main, Marien se laisse tomber dans l’eau. « On prend la mer tous les jours mais la mer ne vous prend qu’une fois », lâche Franck en observant nerveusement les bulles de son plongeur.

– ‘Ma mère et dieu’ –

Aujourd’hui, la plongée durera environ 1h30 avec 20-25 minutes à 60 mètres et une heure de paliers de décompression. « C’est une éducation mentale, tu t’habitues à attendre calmement », explique le plongeur.

Au bout de 25 minutes, Marien fait remonter avec un parachute son panier avec 800 grammes de « beau corail » qui se vendra entre 900 et 2.000 euros le kilo aux Italiens de Torre del Greco, au sud de Naples, « les experts de la taille » pour en faire des bijoux très prisés.

Commence alors l’heure de décompression. Des paliers tous les 3 mètres, de l’oxygène pur pour réduire l’attente, et une lente remontée.

En 1983, c’est l’accident. OEdème à la moelle épinière. Six mois de paralysie des jambes. « J’avais fait la fête jusqu’à 3 heures du matin », explique Marien. « J’ai eu très peur, à 6 mètres, mes poumons étaient recroquevillés, je n’arrivais pas à respirer. J’ai eu le réflexe de descendre à 15 mètres, ça m’a sauvé. Je regardais la surface et j’ai appelé ma mère et dieu », se souvient ce « croyant non pratiquant ».

Depuis, « je ne bois pas, je ne fume pas, je mange peu de viande, je dors au moins six heures par nuit », énonce le vétéran qui limite ses descentes à 60 mètres depuis 2010, contre 100-120 mètres avant avec un mélange gazeux baptisé trimix.

Ce grand-père passionné de voyages pendant les 3-4 mois où il ne plonge pas l’affirme, c’est sa dernière année! Après, il emmènera les touristes en balade en mer. Franck a déjà entendu ça.

« Ça fait au moins cinq ans qu’il m’explique que c’est sa dernière année », confirme à l’AFP Bruno Grandjean, chef du service de médecine hyperbare au centre hospitalier d’Ajaccio qui lui délivre chaque année la précieuse habilitation médicale.

Pour lui, les corailleurs sont « addict » à cette activité parfois mortelle qui en a emporté quatre un été, dans les années 80. Aujourd’hui, la profession lui semble « en sursis parce que la ressource s’amenuise ». Marien, lui, replonge demain.

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