Pont de Baltimore: quels effets sur le commerce maritime mondial ?

Paris, 28 mars 2024 (AFP) – En 2021, le blocage du canal de Suez par le porte-conteneurs « Ever Given » avait entraîné une désorganisation massive du commerce international. La fermeture du port de Baltimore, après l’effondrement d’un pont mardi, peut-elle aussi avoir des effets sur la chaîne logistique internationale ?

Baltimore, port de taille moyenne

Le port de Baltimore a géré l’an dernier 1,1 million de conteneurs équivalent 20 pieds (EVP, la mesure utilisée par le secteur), d’après l’Association du commerce maritime du Pacifique.

A titre de comparaison, en France, le port du Havre a enregistré 2,6 millions d’EVP la même année. Le port de New York-New Jersey, le troisième aux Etats-Unis, 7,8 millions d’EVP.

« Il s’agit d’un port américain de second rang », car situé au fond de la baie de Chesapeake, précise à l’AFP Paul Tourret, directeur de l’ISEMAR, observatoire des industries maritimes.

« Il reçoit plutôt les trafics transatlantiques, des petits navires venus du Nord de l’Europe ou de la Méditerranée, mais aussi un certain nombre de lignes maritimes depuis l’Océan indien. »

Selon la société Allianz Trade, les importations de conteneurs via Baltimore représentent 2,1% du total des ports américains.

Le port de Baltimore n’en reste pas moins important pour certains secteurs, en particulier l’automobile: c’est celui par lequel transitent le plus de voitures neuves, plus de 800.000 l’an dernier.

Il est aussi important pour le transit de l’aluminium, du cuivre ou encore du charbon. L’an dernier, c’était même le premier du pays en termes d’exportation de charbon thermique, à destination de l’Inde, mais aussi de la Chine, du Canada ou des Pays-Bas, rappelle S&P.

Des conséquences mitigées

Les conséquences de l’accident devraient rester modérées car les navires peuvent se déporter sur d’autres ports régionaux, selon les experts.

Le blocage du port – pour une durée indéterminée – « aura peu d’impact sur le commerce entre les Etats-Unis et l’Europe », projette ainsi Patrick Lepperhoff, du cabinet Inverto.

« Au dernier trimestre 2023, environ 260.000 conteneurs standards ont été chargés et déchargés au port », écrit-il dans une note. « Ce volume peut être détourné vers les ports voisins, par exemple New York et Norfolk (Virginie, NDLR). Pour ces ports, cela signifie des volumes environ 10 pour cent plus élevés, ils devraient avoir cette capacité. »

Contactés, les constructeurs automobiles se disent attentifs. L’allemand Volkswagen a indiqué à l’AFP que ses opérations n’étaient pas affectées, puisque son usine de Baltimore reste accessible aux navires. Son compatriote BMW se dit dans un cas similaire. L’américain Ford a, lui, déjà « sécurisé des routes alternatives ».

De son côté, Mercedes-Benz exploite un terminal derrière le pont effondré, qui n’est plus accessible depuis la mer. Le constructeur de Stuttgart a indiqué dans la presse allemande étudier les itinéraires pour trouver des alternatives.

Mais des points d’attention

Il reste des points d’attention, en particulier pour le charbon, avertit une note de S&P. L’effondrement du pont a ainsi bloqué l’accès à deux terminaux d’exportation de ce minerai, ceux de Curtis Bay et de Consol Marine. L’accident pourrait perturber les exportations durant 10 à 15 jours, selon S&P.

Par ailleurs, les stocks portuaires de cobalt de Baltimore étaient déjà sous pression face à une forte demande, avant même l’effondrement du pont. D’autant plus que la crise du canal de Suez – où le trafic maritime a plongé, en raison des frappes des rebelles houthis sur les navires – a déjà entraîné des retards.

Pour le pétrole, toujours selon S&P, les approvisionnements en carburant pourraient se resserrer sur la côte atlantique alors que les navires cherchent à se ravitailler en dehors de Baltimore.

Dans tous les cas, la situation va ajouter de la pression sur les ports environnants, même si Allianz Trade voit un risque d’engorgement « limité » dans un contexte de demande mondiale « molle ».

lem/ak/pta

SUEZ

VOLKSWAGEN

BAYERISCHE MOTOREN WERKE AG

CONSOL ENERGY

Les Infos Mer de M&O

Soudeur naval, un métier stratégique

Un article de Alan Le Gall*, Soudeur naval Derrière chaque bâtiment de combat de la Marine nationale s’inscrit une chaîne industrielle rigoureuse, structurée et...

Liban : nouvelles frappes israéliennes à Beyrouth, craintes d’une occupation du sud

De nouvelles frappes israéliennes ont visé Beyrouth dans la nuit, faisant sept morts et plusieurs dizaines de blessés selon les autorités libanaises. L’aviation...

Ouistreham : un chalutier saisi pour trafic de cocaïne vendu 300 000 euros aux enchères

Un chalutier de 18 mètres, saisi en 2025 dans le cadre d’un trafic maritime de cocaïne entre le Brésil et la Normandie, a...

29 mars 1967 : lancement du premier sous-marin nucléaire lanceur d’engins français LE REDOUTABLE

Source vidéo du 9 juillet 1969 : INA Le général de Gaulle est présent et déclare : "C’est une journée capitale pour notre Marine,...

France – Philippines : un accord pour renforcer la coopération militaire en Indo-Pacifique

La France et les Philippines ont signé un accord permettant à leurs forces armées de participer à des exercices conjoints sur leurs territoires...

Washington accuse Chine de cibler des navires panaméens

Les États-Unis accusent la Chine de retenir des navires sous pavillon panaméen dans ses ports, dans un contexte de tensions croissantes autour du...

Plus de lecture

M&O 290 - Mars 2026

Colloque Souveraine Tech du 12 sept 2025

Alors qu'il était Premier Consul, Napoléon Bonaparte déclara le 4 mai 1802 au Conseil d'État, "L’armée, c’est la nation". Comment ce propos résonne t-il à un moment de notre histoire où nous semblons comprendre à nouveau combien la nation constitue et représente un bien à défendre intelligemment ? Par ailleurs, si la technologie est le discours moral sur le recours aux outils et moyens, au service de qui ou de quoi devons-nous aujourd'hui les placer à cette fin, en de tels temps incertains ? Cette journée face à la mer sous le regard de Vauban sera divisée en tables rondes et allocutions toniques.

ACTUALITÉS

Le Bénin et la mer

Découvrez GRATUITEMENT le numéro spécial consacré par Marine & Océans au Bénin et la mer

N° 282 en lecture gratuite

Marine & Océans vous offre exceptionnellement le numéro 282 consacré à la mission Jeanne d’Arc 2024 :
  • Une immersion dans la phase opérationnelle de la formation des officiers-élèves de l’École navale,
  • La découverte des principales escales du PHA Tonnerre et de la frégate Guépratte aux Amériques… et de leurs enjeux.
Accédez gratuitement à la version augmentée du numéro 282 réalisé en partenariat avec le Centre d’études stratégiques de la Marine et lÉcole navale

OCÉAN D'HISTOIRES

« Océan d’histoires », la nouvelle web série coanimée avec Bertrand de Lesquen, directeur du magazine Marine & Océans, à voir sur parismatch.com et sur le site de Marine & Océans en partenariat avec GTT, donne la parole à des témoins, experts ou personnalités qui confient leurs regards, leurs observations, leurs anecdotes sur ce « monde du silence » qui n’en est pas un.