« Le loup, il est partout, c’est ça le problème »: à la barre du tribunal correctionnel, où il encourait jusqu’à trois ans de prison et 150.000 euros d’amende, le prévenu de 27 ans ne cesse de se tordre les mains, mal à l’aise.
A la tête d’une exploitation de 300 bovins, l’éleveur vivant chez ses parents a pour voisin le « Parc des Loups du Gévaudan », où les touristes peuvent observer des loups de Pologne, de Mongolie, du Canada ou encore d’Arctique.
Alors que loups qui évoluent dans la nature lozérienne sont de souche italienne, ce parc ouvert en 1985, l’un des plus grands d’Europe, est régulièrement décrié par les syndicats agricoles, en particulier depuis que quelques spécimens s’en sont brièvement échappés en 2016 à la suite d’une malveillance.
Gérée par une société dépendant du département, l’institution, qui a aussi une vocation de conservation, a connu une forte mortalité de novembre 2024 à septembre 2025, puisque sept loups y ont été retrouvés morts, tous empoisonnés par de la mort-aux-rats, selon les rapports d’autopsie.
Repéré sur son tracteur par des caméras de surveillance, l’éleveur a reconnu avoir lancé des boulettes de viande empoisonnées « une dizaine de fois » en direction des loups, une espèce protégée en Europe.
Signe de l’embarras causé en Lozère par cette affaire, ni la direction du parc, malgré un préjudice estimé à 52.000 euros, ni les associations de protection de la nature ne se sont portées partie civile.
« A chaque tournée d’inspection, on s’attendait à tomber sur un loup mort », a expliqué devant le tribunal, en évoquant un « stress intense », l’un des responsables scientifiques du parc, Sylvain Macchi.
« Le parc contient des animaux en captivité mais ça reste des loups, des animaux qui posent problème et qui sont souvent associés dans l’imaginaire au Diable, au Petit Chaperon rouge… et je ne vous parle pas de la Bête du Gévaudan », qui a terrorisé la France sous Louis XV, a expliqué l’avocat de la défense, Alain Dibandjo.
Il existe un « cadre légal » pour éliminer les loups qui s’en prennent aux troupeaux, mais « en dehors de ce cadre, je poursuis », a souligné dans son réquisitoire le procureur, Valéry Morron, en réclamant deux ans de prison avec sursis et 50.000 euros d’amende.
En plus de la prison avec sursis, le tribunal a assorti sa condamnation d’une peine de 10.000 euros d’amende.




