Le niveau de la menace au large de la Somalie a été relevé lundi à « important » par le centre d’information sur la sécurité maritime JMIC, après les détournements du tanker Honour 25, le 21 avril, puis du cargo M/V Sward dimanche.
L’abordage du Sward a été mené par un groupe originaire du port de Garacad, sur la côte est du Puntland, a indiqué à l’AFP un responsable de la sécurité de cet Etat du nord-est de la Somalie.
Ce nouveau groupe est largement composé de « jeunes ruraux » d’une région « saturée d’armes », poussés par la pauvreté et la colère suscitée par les bateaux étrangers pêchant illégalement, a-t-il expliqué.
« Presque tout le monde dans cette région est pauvre et presque tout le monde est armé. La pêche illégale (…) aggrave les choses », poursuit-il. « Si on ne les contre pas, ils évolueront en entités semblables à celles en guerre avec le gouvernement », ajoute-t-il, référence aux insurgés islamistes shebab et à la branche locale du groupe Etat islamique.
Les dynamiques claniques, au coeur de la politique et de la société somalienne, compliquent la situation.
Selon un autre responsable du Puntland, le groupe s’étant emparé du Sward est issu d’un unique sous-clan – différent de celui du président du Puntland – et une intervention armée des autorités risque d’être considérée comme une attaque contre ledit sous-clan.
Si certains pirates « sont blessés, cela pourrait provoquer des vendetta meurtrières », a-t-il expliqué, c’est pourquoi les négociations sont privilégiées « mais cela joue en faveur des pirates ».
Selon ces sources, c’est un autre groupe de pirates, composé de pêcheurs, qui s’est emparé de l’Honour 25.
Les côtes de la Somalie, pays plongé dans l’instabilité depuis plus de 30 ans, bordent l’océan Indien et le golfe d’Aden qui donne accès à la mer Rouge, le long d’une des voies maritimes les plus fréquentées du monde, alors que la fermeture de fait du détroit d’Ormuz perturbe le trafic maritime international.
Après un pic en 2011, la piraterie au large de la Somalie avait fortement diminué grâce notamment au déploiement de navires militaires internationaux, la création d’une police maritime – entraînée par l’UE – au Puntland et diverses mesures prises par les armateurs commerciaux (routes éloignées des côtes, augmentation de la vitesse, aménagements antiabordage et gardes armés à bord…).
Pour les habitants des côtes somaliennes, le retour de la piraterie peut avoir des conséquences néfastes à long terme, augmentation des prix des denrées importées ou du carburant, ou perturbation de la pêche légale, notamment, selon Jethro Norman, analyste de l’Institut danois des Etudes internationales.
« Le Puntland tire la sonnette d’alarme concernant la pêche étrangère illégale depuis des années », souligne-t-il.




