Usine ou ferme? En Gironde, une bataille du saumon a commencé

Le Verdon-sur-Mer (France), 28 jan 2023 (AFP) – « Solution d’avenir » ou « projet du monde d’hier »? Alors que plusieurs fermes-usines d’élevage de saumons tentent d’éclore, comme Pure Salmon au Verdon-sur-mer (Gironde), des opposants assurent que ces projets nagent à contre-courant.

A l’embouchure de la Gironde, là où se rencontrent le fleuve et l’Atlantique, un petit groupe de militants et d’élus écologistes arpente une plage limitrophe d’un vaste terrain appartenant au Grand port maritime de Bordeaux.

De hautes grues de déchargement témoignent du passé industriel de ce site côtier, actuellement inutilisé mais prêt à l’emploi, où Pure Salmon espère bien implanter sur 14 hectares une grande ferme d’élevage et une unité de transformation de saumons.

« Une méga-usine », jugent plutôt ses opposants.

Détenue par un fonds d’investissement domicilié à Singapour, la société espère, via un investissement de 275 M EUR, produire à partir de 2026 10.000 tonnes annuelles de saumon Made in Médoc, soit environ 5% de la consommation française.

Les poissons seront élevés dans 24 bassins de 25 m de diamètre et 7 m de profondeur, grâce à une technologie de recirculation de l’eau permanente que Pure Salmon a acquise en achetant à Veolia une société spécialisée.

« Le saumon est le poisson le plus consommé par les Français mais nous l’importons à 100% », de Norvège, d’Ecosse ou du Chili, en contradiction avec l’objectif de souveraineté alimentaire, explique à l’AFP son président Xavier Govare.

– « Protéine de qualité » ou « greenwashing »? –

Avec cette ferme, Pure Salmon souhaite « nourrir les Français d’une protéine de qualité produite localement dans le plus strict respect de l’environnement et du bien-être animal, et dans une installation complètement biosécurisée », dit-il.

« Greenwashing », rétorque Esther Dufaure, du collectif « Eaux secours Agissons ».

Elle dénonce notamment une consommation énergétique annuelle équivalente à « celle d’une ville de 10.000 habitants » et un besoin en eau égal « à deux ans de maraîchage sur un hectare de terres », dans une zone « à risques de submersion marine ».

Pure Salmon se défend en soulignant qu’une ferme photovoltaïque adjacente de 40 hectares lui apportera « 30% » de ses besoins énergétiques, qu’elle pompera uniquement de l' »eau d’infiltration de l’estuaire, salée et saumâtre », « inutilisable pour la consommation humaine ou l’agriculture », et que les boues de traitement de l’eau seront méthanisées en biogaz.

En terme de rejets d’eau dans la Gironde, Pure Salmon ira « au-delà de la réglementation actuelle » et « restituera une eau plus pure que celle prélevée », assure M. Govare, ancien PDG de Labeyrie Fine Foods, leader français du saumon fumé.

Concernant la densité d’animaux dans les bassins, chacun présente la chose à sa façon: « 93% d’eau pour 7% de biomasse de poisson », pour Pure Salmon. « 70 kilos de saumon dans un m3 d’eau », pour le député EELV de Gironde Nicolas Thierry.

Selon l’eurodéputé EELV Benoît Biteau, le projet « est en infraction sérieuse avec plusieurs directives européennes ».

Avec ses collègues Marie Toussaint et Caroline Roos, il a annoncé saisir la commission des pétitions du Parlement européen. Le but? Que la Commission européenne analyse le projet et, éventuellement, interpelle l’Etat.

– Manifestation à Guingamp –

Dans ce coin isolé du Médoc, « région pauvre en emplois », Pure Salmon promet la création de 250 emplois directs et autant d’indirects.

Mais Esther Dufaure la juge suspecte car, selon elle, largement supérieure à celle des deux autres projets en cours en France, pourtant comparables en taille.

L’un est situé près de Guingamp (Côtes-d’Armor), où la société norvégienne Smart Salmon envisage une structure produisant 8.000 tonnes de saumon annuellement.

Des opposants ont manifesté leur désaccord en décembre en mettant notamment en avant des problèmes environnementaux que connaît déjà la Bretagne, soumise à la plus forte densité nationale d’élevages industriels et de production animale.

L’autre se trouve vers Boulogne-sur-mer (Pas-de-Calais), où Pure Salmon avait initialement voulu s’implanter et où la société suisse Local Ocean veut produire 9.000 tonnes par an.

Mais le Parc naturel marin local assure qu’elle est « susceptible d’altérer de manière notable le milieu marin », via notamment le rejet dans la mer d’eaux usées chargées en azote et phosphore.

Pure Salmon, qui voit dans ces fermes « l’avenir de l’aquaculture », a aussi des projets aux Etats-Unis, au Japon, à Brunei et au Moyen-Orient.

bpe/gf/law/alc

VEOLIA ENVIRONNEMENT

Les Infos Mer de M&O

Un marathon au Pôle Sud ! (par Éric Chevreuil)

Une de mes blagues favorites, quand on me demande si j’ai vu des extra-terrestres en Antarctique, est de répondre que oui, car ils...

Un dimanche presque parfait (par Éric Chevreuil)

Les dimanches pour moi sont presque toujours les mêmes : réveil 05 h 00 du matin, lessive, petit déjeuner et journal de la...

Industrie navale : après une année 2025 « exceptionnelle », de sérieux défis à relever (par Energies de la Mer)

Les Rencontres de l’industrie navale organisées par le Gican — présidé par Pierre-Eric Pommellet et dirigé par Philippe Missoffe —, se sont tenues...

« La mer impose une vision à long terme » (Nathalie Mercier-Perrin) – Entretien avec Brigitte Bornemann (Energies de la Mer).

Présidente du Cluster Maritime Français depuis deux ans, Nathalie Mercier-Perrin s'apprête à présenter un document de référence intitulé "Pour une France maritime, une vision,...

RWE rafle 7 GW sur les 8,4 GW de « la plus grande vente aux enchères d’éoliennes offshore jamais organisée en Europe ».

  Par Jonathane Polier pour ENERGIES DE LA MER   Le gouvernement britannique a attribué une capacité record de 8,4 GW d'éoliennes en mer dans le...

La science au Pôle Sud

Le Pôle Sud est un endroit idéal pour faire de la recherche. L’air y est pur et clair (malgré les gaz d’échappement de...

Plus de lecture

M&O 289 - Décembre 2025

Colloque Souveraine Tech du 12 sept 2025

Alors qu'il était Premier Consul, Napoléon Bonaparte déclara le 4 mai 1802 au Conseil d'État, "L’armée, c’est la nation". Comment ce propos résonne t-il à un moment de notre histoire où nous semblons comprendre à nouveau combien la nation constitue et représente un bien à défendre intelligemment ? Par ailleurs, si la technologie est le discours moral sur le recours aux outils et moyens, au service de qui ou de quoi devons-nous aujourd'hui les placer à cette fin, en de tels temps incertains ? Cette journée face à la mer sous le regard de Vauban sera divisée en tables rondes et allocutions toniques.

ACTUALITÉS

Le Bénin et la mer

Découvrez GRATUITEMENT le numéro spécial consacré par Marine & Océans au Bénin et la mer

N° 282 en lecture gratuite

Marine & Océans vous offre exceptionnellement le numéro 282 consacré à la mission Jeanne d’Arc 2024 :
  • Une immersion dans la phase opérationnelle de la formation des officiers-élèves de l’École navale,
  • La découverte des principales escales du PHA Tonnerre et de la frégate Guépratte aux Amériques… et de leurs enjeux.
Accédez gratuitement à la version augmentée du numéro 282 réalisé en partenariat avec le Centre d’études stratégiques de la Marine et lÉcole navale

OCÉAN D'HISTOIRES

« Océan d’histoires », la nouvelle web série coanimée avec Bertrand de Lesquen, directeur du magazine Marine & Océans, à voir sur parismatch.com et sur le site de Marine & Océans en partenariat avec GTT, donne la parole à des témoins, experts ou personnalités qui confient leurs regards, leurs observations, leurs anecdotes sur ce « monde du silence » qui n’en est pas un.