Mer de Chine, une logique de guerre ?

Plus encore probablement que le fond, c’est la méthode et le comportement de la Chine qui inquiètent. Une méthode qui s’apparente à des tentatives de règlement des différends non plus par la voie diplomatique ou l’application des conventions internationales, mais par l’intimidation, voire la menace, le chantage, ou encore la politique affirmée et répétée du « fait accompli ». Cette logique risque de remettre en cause l’ordre international que nos ancêtres sont difficilement parvenus à établir pour sauvegarder la liberté des mers, garante de la liberté des échanges, elle-même garante de rapports pacifiques.

En ce sens, il s’agit objectivement d’une logique de guerre. Car si le droit international n’est plus appliqué, si les principes ne sont plus défendus, si les puissances ferment les yeux, l’anarchie s’installera, puis la violence avec un risque (une certitude ?) de retour à des affrontements armés et à des crises régionales graves. Il ne s’agit pas là, par ailleurs, seulement de liberté de circulation. L’enjeu est aussi celui de la protection de toutes ces ressources alimentaires et minières qui font de la mer l’avenir de la terre, que ce soit celles des grands fonds, des zones économiques exclusives et de la haute mer, à condition de les exploiter proprement et en les sécurisant.

Il s’agit là d’une problématique, à la fois particulière dans ses manifestations “maritimo-navales” d’aujourd’hui, et bien connue dans ses principes, à laquelle le XXIème siècle est confronté à son tour, comme il l’est par les problématiques de protection des grandes routes maritimes ou de circulation dans les bassins. De fait, l’esprit est le même, puisque là aussi l’équilibre entre les Etats dépend en grande partie de leurs capacités à organiser librement et pacifiquement leurs échanges commerciaux. C’est d’ailleurs pour cela que la piraterie est identifiée comme l’un des principaux problèmes de sécurité des prochaines décennies. D’autant que si à ce jour elle se concentre dans l’Océan indien, le Golfe de Guinée, au large du détroit de Malacca et le long de certaines côtes d’Amérique du Sud, il est malgré tout clair qu’elle peut et pourra concerner, dans la durée, toutes les zones côtières de notre monde qui voient transiter des flux énormes de richesses, au large de pays pauvres.

Il est donc essentiel, au vu de ces dangers, que les Etats de droit aient le courage de condamner plus vigoureusement ces agissements et prennent les moyens de se faire entendre, y compris de la Chine concernant la “mer de Chine”… appellation que certains dirigeants de l’Empire du Milieu invoquent pour dire “tout y est à nous” ! Mais il est vrai que sans moyens navals dignes de ce nom, le message de nombre de pays risque fort de ressembler aux moulinets de Matamore ou du Capitaine Fracasse. Raison de plus pour que la France ne baisse pas la garde. Il est encore temps !