La sécheresse met à l’épreuve les pisciculteurs de la Dombes

Joyeux (France), 17 août 2023 (AFP) – De l’herbe de prairie pousse au beau milieu de l’étang asséché: dans la zone humide de la Dombes (Ain), la sécheresse a contraint les pisciculteurs à faire des choix afin de préserver leur production, qui pourrait diminuer de moitié cette année.

Si la région a déjà connu le manque d’eau, cette année la sécheresse, qui dure depuis l’automne précédent, affecte particulièrement l’élevage des poissons.

« C’est du jamais vu dans les Dombes. On a dû sacrifier certains étangs », explique Jules Blanc, conseiller au sein de l’APPED, l’Association de promotion du poisson des étangs de la Dombe qui regroupe l’interprofession, de l’exploitant aux sociétés de transformation.

La tradition remonte au Moyen-Age dans cette région au nord de Lyon, au paysage de 1.200 étangs unique en France. Le sol argileux a facilité la création d’étangs dans ces anciens marécages grâce à la construction de digues.

L’eau arrive naturellement par ruissellement dans le fonds de vallée. Les étangs sont reliés par un système de fossés qui crée une chaîne, et permet d’envoyer de l’eau en aval. Chaque étang est exploité selon un cycle de 4 ou 5 ans, avant d’être mis « à sec » pendant une saison, pouvant être mis à profit pour la culture du sarrasin ou du soja par exemple.

Si la production de 2022 avait été bonne malgré un été chaud et sec, cette fois la situation est plus compliquée, et il a fallu choisir de remplir à un bon niveau un certain nombre d’étangs et laisser d’autres à sec.

« A Joyeux on a eu 460 mm (de pluie) étalés en quatre mois. Avec même zéro en octobre, et 5 mm en février », récapitule Gillian Noël, technicien piscicole polyvalent chez l’un des principaux propriétaires-exploitants de la Dombes.

En conséquence, sur les 23 étangs du propriétaire, il a lancé la saison avec 15 étangs exploités, au lieu des 18 prévus. Mais, désormais, « il ne m’en reste plus que six » en activité, dit-il, alors que les semaines à venir s’annoncent décisives avant les pêches prévues en octobre.

– ‘Besoin d’aide’ –

La filière de la Dombes produit 1.000 tonnes par an (carpes, brochets, tanches, gardons, sandres…), soit un tiers de la production française de poissons d’étang, mais table cette année sur à peine 500 tonnes de production. C’est encore moins que lors de précédentes périodes de sécheresse, comme en 2019 ou 2020 — 600 tonnes au plus bas.

« Le peu d’eau qu’on a eu n’a pas ruisselé. Il n’y a rien qui coulait dans les étangs », soupire Gillian Noël, en regardant l’un d’eux presque asséché: les poissons introduits au printemps n’ont pas eu le temps d’arriver à maturité avant le coup de chaleur de juillet, qui a provoqué une forte mortalité.

Devant un deuxième étang où l’eau s’est également bien retirée, les échassiers s’avancent loin dans la vase, guettant le peu de poisson qui reste au plus profond de la mare.

« Cet étang fait normalement 17-18 tonnes de poissons. Cette année, il a fait 230 kilos, sur trois tonnes d’empoissonage », ne peut que constater Jules Blanc.

« On avait tiré des leçons. On sait que quand l’étang n’est pas bien plein, on ne passe pas l’été. On s’adapte », souligne-t-il.

Selon l’APPED, plusieurs mesures ont déjà été prises pour mieux gérer l’eau: entretien du réseau des fossés pour capter l’eau au maximum, optimisation de l’eau entre les chaînes d’étangs, aération des étangs pendant les périodes critiques notamment avec des aérateurs solaires, introduction d’espèces plus résistantes dans l’eau chaude, comme le blackbass, un carnassier d’Amérique du Nord, ou encore des expérimentations pour économiser l’eau comme d’organiser la pêche sans vidanger les étangs.

« Sur le court terme, on aura besoin de soutien des pouvoirs publics, sinon la filière pourrait ne pas s’en remettre », plaide Jules Blanc, s’adressant au département et à la région. « Cette année, on demande une aide supplémentaire, on en a besoin ».

Le département de l’Ain notamment a déjà beaucoup investi pour soutenir la professionalisation de la filière, dans des travaux, du matériel, de la formation.

L’enjeu est aussi important pour la nature environnante, soulignent les pisciculteurs: la Dombes constitue la zone humide la plus importante d’Europe en termes de biodiversité.

Les Infos Mer de M&O

24 octobre 1790 : adoption du pavillon tricolore dans la Marine de guerre française.  

Deux jours après avoir décidé que le pavillon français porterait les couleurs nationales, l’Assemblée en arrête la disposition pour les vaisseaux de guerre...

Beneteau prévoit un site de services et de reconditionnement pour grandes unités à Canet-en-Roussillon.

Le Groupe Beneteau a présenté vendredi 23 octobre, lors du salon Les Occasions du Multicoque et du Refit, un projet de nouveau site...

Drones navals : SEAir fait du foil un atout opérationnel.

Par Linda Verhaeghe, journaliste-reporter (AJD), enseignante (PhD) et experte en sécurité-défense, coopération et affaires européennes.  *** À Lorient, Marine & Océans a embarqué à bord du FT80...

Câble sous-marin Pisces : Equitix, MDM et Orange créent une coentreprise.

Le gestionnaire d'investissements en infrastructures Equitix, le concepteur irlandais de câbles sous-marins MDM et l'opérateur Orange ont annoncé le 14 octobre 2026 la...

Route maritime du Nord : les armateurs français maintiennent leur engagement de ne pas l’utiliser entre l’Asie et l’Europe.

Armateurs de France, l’organisation professionnelle qui représente les entreprises françaises de transport et de services maritimes, a rappelé jeudi la position de la...

Le Cluster Maritime Français (CMF) vient de lancer son Livre bleu du maritime 2027.

Le Cluster Maritime Français, qui fédère 29 organisations pour faire du maritime une priorité nationale en 2027, vient de lancer son Livre bleu...

Plus de lecture

M&O 292 - octobre 2026

À tous ceux qui nous découvrent aujourd'hui et souhaitent mieux comprendre les grands enjeux maritimes :

ABONNEZ-VOUS !

Rejoignez la communauté Marine & Océans et accompagnez-nous tout au long de l'année.

ACTUALITÉS

Le Bénin et la mer

Découvrez GRATUITEMENT le numéro spécial consacré par Marine & Océans au Bénin et la mer. 

N° 282 en lecture gratuite

Marine & Océans vous offre exceptionnellement le numéro 282 consacré à la mission Jeanne d’Arc 2024 :
  • Une immersion dans la phase opérationnelle de la formation des officiers-élèves de l’École navale,
  • La découverte des principales escales du PHA Tonnerre et de la frégate Guépratte aux Amériques… et de leurs enjeux.
Accédez gratuitement à la version augmentée du numéro 282 réalisé en partenariat avec le Centre d’études stratégiques de la Marine et l‘École navale

OCÉAN D'HISTOIRES

« Océan d’histoires », la nouvelle web série coanimée avec Bertrand de Lesquen, directeur du magazine Marine & Océans, à voir sur parismatch.com et sur le site de Marine & Océans en partenariat avec GTT, donne la parole à des témoins, experts ou personnalités qui confient leurs regards, leurs observations, leurs anecdotes sur ce « monde du silence » qui n’en est pas un.