Passer ou pas? Le sort encore flou des bateaux autour du détroit d’Ormuz

Londres, 8 avr 2026 (AFP) – Malgré l’annonce d’une réouverture du détroit d’Ormuz en échange d’un cessez-le-feu au Moyen-Orient, rares étaient les navires mercredi à se risquer dans ce passage stratégique du commerce mondial, signe d’une prudence encore extrême sur la suite du conflit.

Ceux qui passent, ceux qui s’abstiennent

Seulement deux navires ont emprunté le détroit d’Ormuz depuis l’annonce de l’accord de cessez-le-feu, ce qui change assez peu par rapport à ces derniers jours, à l’heure où plus de 800 navires sont immobilisés dans le Golfe, selon la société de données maritime Lloyd’s List Intelligence.

« De manière assez compréhensible, tout le monde est nerveux », résume auprès de l’AFP Richard Meade, rédacteur en chef de Lloyd’s list.

« Si un navire est touché, nous reviendrons à la case départ, car plus personne n’aura confiance dans le cessez-le-feu », ajoute-t-il. Le Koweït et les Emirats ont d’ailleurs encore rapporté mercredi des attaques sur leur sol malgré une trêve annoncée dans la nuit.

Les équipages bloqués dans le détroit veulent pourtant y croire: « le cessez-le-feu nous rassure. Nous espérons que cela durera », a dit à l’AFP le capitaine d’un navire dont l’équipage est coincé au large du Qatar.

Les transporteurs encore inquiets

De l’avis général, il est trop tôt pour bouger.

Selon Jakob Larsen, directeur de la sûreté et de la sécurité chez Bimco, l’une des plus grandes associations maritimes internationales représentant les armateurs, quitter le Golfe « ne serait pas conseillé » sans coordination avec les États-Unis et l’Iran.

« Nous ne savons toujours pas si cette zone est désormais sûre pour y passer », abonde l’association japonaise des armateurs, interrogée par l’AFP, au lendemain du plan en dix points proposé par l’Iran aux Etats-Unis pour mettre fin à la guerre.

Les armateurs voudraient avoir « suffisamment confiance pour reprendre la navigation », dit aussi à l’AFP John Stawpert, directeur de la division marine chez ICS, l’une des principales organisations mondiales du secteur maritime, au sujet de ce plan.

L’Organisation maritime internationale (OMI), agence de l’ONU chargée de la sécurité en mer, a affirmé mercredi travailler à un mécanisme pour garantir la « sécurité du transit ».

Outre le risque de s’aventurer dans le détroit dans un moment de tensions très fortes, une sortie désordonnée risque aussi d’entrainer des collisions ou des échouages de bateaux, met en avant Richard Meade.

Que devient le « péage » de Téhéran ?

Les modalités concrètes de l’accord restent floues concernant le « péage » de facto mis en place par Téhéran ces derniers jours, prévoyant le paiement d’une dime contre une autorisation de passage.

Le plan iranien en dix points exigerait notamment « le maintien du contrôle iranien sur le détroit d’Ormuz ». Or, selon le président américain Donald Trump, l’Iran a accepté « l’OUVERTURE TOTALE, IMMÉDIATE ET SÉCURISÉE du détroit d’Ormuz ».

« Il y a un nouveau mécanisme (…) selon lequel il y a eu et il y aura un droit de passage » organisé avec Oman, autre pays riverain du détroit, a affirmé une source diplomatique iranienne à des journalistes. Le sultanat d’Oman s’est lui félicité mercredi du cessez-le-feu sans se prononcer sur cette question.

Selon le Financial Times, Téhéran demande 1 dollar par baril de pétrole passant dans le détroit, payé en cryptomonnaies.

L’idée d’un partenariat avec Oman pour exploiter les voies navigables d’Ormuz est une revendication « réalisable », juge Amir Handjari, du groupe de réflexion américain Quincy Institute for Responsible Statecraft dans une tribune mardi.

« Oman bénéficierait ainsi de revenus et d’une importance stratégique accrue. L’Iran gagnerait en légitimité, en liquidités et pourrait présenter à sa population un succès notable de la guerre », ajoute-t-il.

Quelques précédents de déblocage

Le gel du détroit d’Ormuz est sans précédent car même pendant la guerre Iran-Irak entre 1980 et 1988, durant laquelle il y a eu des attaques de pétroliers, ce point de passage crucial pour le commerce a été maintenu, malgré un ralentissement des échanges.

Plus récemment en 2024, des attaques de milices Houthis pro-iranienne ont entrainé un effondrement de 50% du trafic dans le canal de Suez et le détroit de Bab el-Mandeb, rappelle le ministère français de l’Economie, sans laisser place depuis à un trafic normal.

alb-lmc-cl-Dt/ode/spi

Les Infos Mer de M&O

Soudeur naval, un métier stratégique

Un article de Alan Le Gall*, Soudeur naval Derrière chaque bâtiment de combat de la Marine nationale s’inscrit une chaîne industrielle rigoureuse, structurée et...

Liban : nouvelles frappes israéliennes à Beyrouth, craintes d’une occupation du sud

De nouvelles frappes israéliennes ont visé Beyrouth dans la nuit, faisant sept morts et plusieurs dizaines de blessés selon les autorités libanaises. L’aviation...

Ouistreham : un chalutier saisi pour trafic de cocaïne vendu 300 000 euros aux enchères

Un chalutier de 18 mètres, saisi en 2025 dans le cadre d’un trafic maritime de cocaïne entre le Brésil et la Normandie, a...

29 mars 1967 : lancement du premier sous-marin nucléaire lanceur d’engins français LE REDOUTABLE

Source vidéo du 9 juillet 1969 : INA Le général de Gaulle est présent et déclare : "C’est une journée capitale pour notre Marine,...

France – Philippines : un accord pour renforcer la coopération militaire en Indo-Pacifique

La France et les Philippines ont signé un accord permettant à leurs forces armées de participer à des exercices conjoints sur leurs territoires...

Washington accuse Chine de cibler des navires panaméens

Les États-Unis accusent la Chine de retenir des navires sous pavillon panaméen dans ses ports, dans un contexte de tensions croissantes autour du...

Plus de lecture

M&O 290 - Mars 2026

Colloque Souveraine Tech du 12 sept 2025

Alors qu'il était Premier Consul, Napoléon Bonaparte déclara le 4 mai 1802 au Conseil d'État, "L’armée, c’est la nation". Comment ce propos résonne t-il à un moment de notre histoire où nous semblons comprendre à nouveau combien la nation constitue et représente un bien à défendre intelligemment ? Par ailleurs, si la technologie est le discours moral sur le recours aux outils et moyens, au service de qui ou de quoi devons-nous aujourd'hui les placer à cette fin, en de tels temps incertains ? Cette journée face à la mer sous le regard de Vauban sera divisée en tables rondes et allocutions toniques.

ACTUALITÉS

Le Bénin et la mer

Découvrez GRATUITEMENT le numéro spécial consacré par Marine & Océans au Bénin et la mer

N° 282 en lecture gratuite

Marine & Océans vous offre exceptionnellement le numéro 282 consacré à la mission Jeanne d’Arc 2024 :
  • Une immersion dans la phase opérationnelle de la formation des officiers-élèves de l’École navale,
  • La découverte des principales escales du PHA Tonnerre et de la frégate Guépratte aux Amériques… et de leurs enjeux.
Accédez gratuitement à la version augmentée du numéro 282 réalisé en partenariat avec le Centre d’études stratégiques de la Marine et lÉcole navale

OCÉAN D'HISTOIRES

« Océan d’histoires », la nouvelle web série coanimée avec Bertrand de Lesquen, directeur du magazine Marine & Océans, à voir sur parismatch.com et sur le site de Marine & Océans en partenariat avec GTT, donne la parole à des témoins, experts ou personnalités qui confient leurs regards, leurs observations, leurs anecdotes sur ce « monde du silence » qui n’en est pas un.