Antilles: pour sauver leurs bananes, les producteurs comptent sur une nouvelle génération d’OGM

Paris (France), 16 juin 2026 (AFP) – C’est un champignon qui ravage les bananeraies de Guadeloupe et de Martinique: la cercosporiose noire, contre laquelle les moyens de lutte autorisés sont peu nombreux. Pour le contrer, les producteurs antillais comptent sur les nouvelles techniques génomiques (NGT), ces « nouveaux OGM » sur lesquelles le Parlement européen doit se prononcer mercredi.

Sur les pentes de Capesterre-Belle-Eau, en Guadeloupe, Letycia Lavital traque la cercosporiose. Des feuilles qui jaunissent, se couvrent de taches brunes, et c’est le signe que le champignon est là.

Pour le combattre, la jeune exploitante a deux options. Soit elle effeuille les bananiers touchés, soit elle pulvérise des produits de biocontrôle avec un atomiseur de 35 kg. « Je suis en forte densité et en pente, donc je le porte sur le dos. À deux, c’est une journée entière de travail » pour ses quatre hectares, raconte-t-elle.

Présente aux Antilles depuis les années 2010, la cercosporiose n’est pas mortelle mais elle abime les plantations, réduit les rendements et menace la viabilité d’une filière qui fait vivre 530 exploitations en Guadeloupe et en Martinique.

Le contraste avec la concurrence sud-américaine est saisissant. « On n’est pas dans le même monde », résume Pierre Monteux, directeur général de l’Union des groupements de producteurs de bananes (UGPBAN).

« Eux ont l’avion qui passe, le drone, les tracteurs. Nous, on n’a plus rien », dit-il, expliquant qu’au Costa Rica ou en Équateur, une vingtaine de molécules de produits phytosanitaires sont autorisées, contre trois en France.

– Le « bout du tunnel » –

C’est dans ce contexte que les producteurs antillais attendent le vote du Parlement européen sur les NGT, qualifiées de « nouveaux OGM » par leurs détracteurs. Ces techniques permettent de modifier le génome d’une plante sans introduire d’ADN étranger, contrairement aux OGM transgéniques.

Un compromis trouvé avec les États membres assouplit les règles pour une partie des NGT, dites de catégorie 1. Sous réserve d’un nombre limité de mutations, les semences obtenues seront considérées comme équivalentes aux variétés conventionnelles.

Hormis sur un volet disputé des brevets, l’issue du vote ne fait guère de doute, les NGT étant soutenues de la droite au centre.

Pour la filière, qui produit 200.000 tonnes par an et fournit environ 20% du marché français, c’est l’espoir d’une banane tolérante à la cercosporiose. Avec des laboratoires partenaires, l’UGPBAN a déjà commencé à tester des variétés tolérantes, dont les premiers résultats sont jugés encourageants.

« On aura accès à ces vitroplants tolérants à la cercosporiose noire et c’est un peu le bout du tunnel pour notre filière », veut croire Pierre Monteux, qui prévient que la transition prendra plusieurs années. Six mille hectares, soit 12 millions de plants, seront à replanter.

Mais la prudence reste de mise. « Il faut faire très attention (…), parce qu’une variété peut résister à la maladie mais ne pas répondre au cahier des charges » du premier fruit consommé en France avec 13 kilos par habitant et par an, tempère Philippe Aliane, directeur général du groupement des producteurs de Guadeloupe.

– « Économie de la promesse » –

Au-delà des contraintes commerciales, c’est la pertinence même du pari NGT qui est questionnée.

« On est dans une économie de la promesse », met en garde Denis Loeillet, agro-économiste à l’Observatoire des marchés du Cirad, qui pointe l’incertitude sur la durée de tolérance des nouvelles variétés et le risque d’une dépendance aux brevets détenus par quelques semenciers.

Sans s’opposer aux NGT, il plaide pour des « solutions variétales » qui sortent de la monoculture de la cavendish, qui est quasiment l’unique banane cultivée commercialement dans le monde.

« Un bon système est un système diversifié, en termes de variétés et en termes d’organisation, parce qu’il y aura toujours des maladies », estime-t-il.

À Strasbourg, le texte devrait être soutenu par une majorité d’eurodéputés. Le vice-président du Parlement européen, le Réunionnais Younous Omarjee (LFI), a assuré à l’AFP qu’une partie de la gauche était favorable aux NGT au nom des « régions ultrapériphériques, en particulier pour la banane antillaise ».

Seuls les Verts s’y opposent frontalement. « Si on voulait oeuvrer à l’autonomie alimentaire, oeuvrer à l’emploi dans les îles, on s’opposerait aux NGT et on chercherait d’autres solutions », plaide l’eurodéputée Marie Toussaint, qui regrette l’absence de débat sur ce qu’elle décrit comme « l’introduction d’OGM sur le territoire européen ».

Les Infos Mer de M&O

Gildas Bernard, fondateur et directeur : « NAVEXPO reste avant tout un salon professionnel dédié aux solutions opérationnelles ».

En dix ans, NAVEXPO est devenu un rendez-vous pivot du maritime professionnel. Alors que l'on fête cette année les 400 ans de la...

Soudeur naval, un métier stratégique

Un article de Alan Le Gall*, Soudeur naval Derrière chaque bâtiment de combat de la Marine nationale s’inscrit une chaîne industrielle rigoureuse, structurée et...

Liban : nouvelles frappes israéliennes à Beyrouth, craintes d’une occupation du sud

De nouvelles frappes israéliennes ont visé Beyrouth dans la nuit, faisant sept morts et plusieurs dizaines de blessés selon les autorités libanaises. L’aviation...

Ouistreham : un chalutier saisi pour trafic de cocaïne vendu 300 000 euros aux enchères

Un chalutier de 18 mètres, saisi en 2025 dans le cadre d’un trafic maritime de cocaïne entre le Brésil et la Normandie, a...

29 mars 1967 : lancement du premier sous-marin nucléaire lanceur d’engins français LE REDOUTABLE

Source vidéo du 9 juillet 1969 : INA Le général de Gaulle est présent et déclare : "C’est une journée capitale pour notre Marine,...

France – Philippines : un accord pour renforcer la coopération militaire en Indo-Pacifique

La France et les Philippines ont signé un accord permettant à leurs forces armées de participer à des exercices conjoints sur leurs territoires...

Plus de lecture

M&O 290 - Mars 2026

Colloque Souveraine Tech du 12 sept 2025

Alors qu'il était Premier Consul, Napoléon Bonaparte déclara le 4 mai 1802 au Conseil d'État, "L’armée, c’est la nation". Comment ce propos résonne t-il à un moment de notre histoire où nous semblons comprendre à nouveau combien la nation constitue et représente un bien à défendre intelligemment ? Par ailleurs, si la technologie est le discours moral sur le recours aux outils et moyens, au service de qui ou de quoi devons-nous aujourd'hui les placer à cette fin, en de tels temps incertains ? Cette journée face à la mer sous le regard de Vauban sera divisée en tables rondes et allocutions toniques.

ACTUALITÉS

Le Bénin et la mer

Découvrez GRATUITEMENT le numéro spécial consacré par Marine & Océans au Bénin et la mer

N° 282 en lecture gratuite

Marine & Océans vous offre exceptionnellement le numéro 282 consacré à la mission Jeanne d’Arc 2024 :
  • Une immersion dans la phase opérationnelle de la formation des officiers-élèves de l’École navale,
  • La découverte des principales escales du PHA Tonnerre et de la frégate Guépratte aux Amériques… et de leurs enjeux.
Accédez gratuitement à la version augmentée du numéro 282 réalisé en partenariat avec le Centre d’études stratégiques de la Marine et lÉcole navale

OCÉAN D'HISTOIRES

« Océan d’histoires », la nouvelle web série coanimée avec Bertrand de Lesquen, directeur du magazine Marine & Océans, à voir sur parismatch.com et sur le site de Marine & Océans en partenariat avec GTT, donne la parole à des témoins, experts ou personnalités qui confient leurs regards, leurs observations, leurs anecdotes sur ce « monde du silence » qui n’en est pas un.