Aucune partie n’a revendiqué la frappe, qui a touché un navire de stockage de gaz appartenant à des Américains et exploité par eux dans ce port méditerranéen, et l’Egypte n’a désigné aucun responsable.
Selon les analystes, son objectif, quel qu’en soit l’auteur, pourrait être de pousser l’Egypte – un des rares intermédiaires diplomatiques entre l’Iran et les Etats-Unis – à entrer dans le conflit.
L’attaque est la plus éloignée du Golfe et de la mer Rouge depuis le début de la guerre. En survenant en Méditerranée, elle matérialise une menace sur des voies de navigation jusqu’à présent considérées comme sûres.
– Frappe de précision –
Petit port stratégique, Damiette se trouve à plus de 1.300 km de l’Iran et 2.000 km du Yémen. La frappe a provoqué des incendies sur le navire de stockage et regazéification Energos Winter – propriété américaine – et le méthanier grec voisin GasLog Salem.
« L’attaque a peut-être été calibrée pour endommager un bien lié aux Etats-Unis sans tuer d’Egyptiens », déclare à l’AFP Andreas Krieg, professeur au King’s College de Londres, même si, selon lui, le Caire ne « trouvera pas cette distinction rassurante ».
D’après l’analyste du Royal United Services Institute H.A. Hellyer, au vu de la distance, « il est peu probable que l’Iran ait frappé l’Egypte directement depuis son territoire ».
« Mais il est possible que ses alliés » l’aient fait, dit-il, citant les groupes armés pro-iraniens en Irak et les rebelles houthis au Yémen.
Ces derniers ont cependant écarté mercredi toute implication.
Au Liban, à moins de 400 km de Damiette, le puissant Hezbollah pro-iranien est lui « trop avisé » pour défier la plus grande armée arabe, juge Mustapha Kamel Al-Sayyid, professeur de sciences politiques à l’Université du Caire.
Même si « un drone lancé depuis la côte libanaise » pourrait atteindre l’Egypte en évitant les espaces aériens israélien et égyptien, relève M. Krieg.
– « Risque élevé » –
Alors que des installations énergétiques ailleurs dans la région ont été ciblées par des drones et missiles depuis le début du conflit au Moyen-Orient le 28 février, l’Egypte avait jusqu’ici été épargnée.
Mais était-elle vraiment la cible? « Je n’interpréterais pas automatiquement cela comme une attaque contre l’Egypte », affirme M. Krieg, pour qui l’objectif était de « montrer que les actifs américains sont vulnérables au-delà du Golfe ».
Il voit toutefois aussi « un avertissement » pour Le Caire, indiquant « que la neutralité ne garantit pas l’immunité ».
L’attaque est intervenue en pleine reprise des hostilités entre l’Iran et les Etats-Unis, à l’issue d’une brève accalmie, comme pour montrer que Téhéran pourrait perturber le commerce mondial notamment d’hydrocarbures encore davantage et plus loin qu’il ne l’a fait jusqu’ici.
M. Hellyer y voit un « niveau de risque très élevé » pour l’Iran.
« Le Caire et d’autres considéreraient une attaque menée par n’importe quel groupe aligné sur l’Iran sur le territoire égyptien comme une escalade redoutable », avec des retombées « à moyen et long terme, pour Téhéran ».
« L’Egypte est la seule grande puissance de la région qui maintient encore une position quasi neutre » et parmi les parties prenantes, « seul Israël a intérêt à ce qu’elle adopte une position plus ferme contre l’Iran », affirme pour sa part M. Sayyid.
Le Caire a contribué à obtenir un cessez-le-feu irano-américain en avril, et sert de canal diplomatique entre Washington, Téhéran et les puissances de la région.
– Répercussions en Méditerranée –
Dans le même temps, ses ports ont absorbé cette année un important trafic détourné du Golfe par le conflit et le verrouillage iranien du détroit d’Ormuz.
Mais cette alternative dépend de la sécurité des voies maritimes du pays et méditerranéennes.
De plus en plus de pétroliers empruntent la mer Rouge, dernier itinéraire relativement sûr, quoique coûteux, pour exporter le brut saoudien, selon les données de Vortexa, cabinet d’analystes du marché de l’énergie, et du site de suivi des navires MarineTraffic.
Et, à la suite des récentes attaques houthies contre des navires traversant le détroit de Bab al-Mandeb, à la pointe sud de la mer Rouge, davantage de bâtiments utilisent le canal de Suez et un oléoduc terrestre égyptien.
L’Egypte, dont le secteur maritime constitue l’une des principales sources de devises étrangères, a déjà adapté en conséquence les opérations de ses ports.
Alors que le pays importait auparavant du gaz à Aïn Soukhna, sur la mer Rouge, il a « désormais, avec les perturbations dans le Golfe et le détroit d’Ormuz (…), l’alternative de Damiette », a expliqué à l’AFP l’ancien directeur de l’autorité du port, le général de division Ayman Salah.




