Mercredi, le président Volodymyr Zelensky a revendiqué une frappe des forces armées ukrainiennes contre la base navale de Novorossiïsk, qu’il a qualifiée de « dernier grand bastion de la flotte russe en mer Noire », à plus de 300 km du front.
Les cours ont vivement réagi: le boisseau de blé (27 kg) prenait 3,65% à 6,53 dollars à Chicago vers 18H20 GMT. La tonne gagnait 1,72% à 221,75 euros sur Euronext.
« Il s’agit de l’un des principaux terminaux russes d’exportation de matières premières vers la mer Noire », souligne dans une note Arlan Suderman, du courtier StoneX.
Sa capacité de transbordement en céréales est estimée à 35 millions de tonnes par an, soit un volume supérieur à la récolte moyenne de blé en France.
Depuis le début de l’été, Moscou et Kiev multiplient les attaques en mer Noire, perturbant une voie essentielle à l’export de leurs denrées agricoles.
Gautier Le Molgat, PDG d’Argus Media France, relève « des beaux yo-yos » dernièrement sur les cours avec « les questionnements sur les possibles réouvertures ou non des ports-export ukrainien et russe ».
Selon le Financial Times, le vice-président américain JD Vance aurait ainsi demandé à Volodymyr Zelensky de suspendre les attaques sur les navires pétroliers russes en mer Noire.
Pour le ministère américain de l’Agriculture (USDA), les hostilités viennent en tous cas les perspectives à l’export du blé cultivé par les deux belligérants.
Dans son rapport mensuel sur les stocks et les productions agricoles, le ministère les a abaissées « de 2,5 millions de tonnes pour les Russes et d’un million de tonnes pour les Ukrainiens », commente le courtier Damien Vercambre, du cabinet Inter-Courtage.
– Sécheresse –
Le potentiel de production de maïs des deux pays a lui été revu en hausse mais là aussi l’USDA a recalculé à la baisse ses anticipations d’exportations, retirant notamment un million de tonnes côté ukrainien par rapport à l’estimation de juillet.
Dans la foulée de la publication de ce rapport, le cours du grain jaune gagnait 4,64% à 4,57 dollars le boisseau (25 kg) à Chicago.
Les assurances maritimes « sont suffisamment dissuasives » pour empêcher les cargos de tenter des voyages en mer Noire, selon Gautier Le Molgat. Et les installations portuaires « sont mises à l’arrêt compte tenu des dégâts qu’ils ont pu avoir et de l’insécurité qui y règne ».
En l’absence de déblocage dans la zone ou de voies de sortie alternatives, « les capacités de stockage en Ukraine pourraient atteindre leurs limites », prévient Carsten Fritsch, de Commerzbank.
Le marché continue aussi d’évaluer les conséquences des épisodes caniculaires en Europe.
« La chaleur et la sécheresse extrêmes qui touchent les principales régions productrices de maïs de l’UE réduisent les perspectives de rendement », a relevé mercredi l’USDA.
Le ministère a y diminué de plus de 3,5 millions de tonnes ses attentes de récolte.
Le gouvernement français avait déjà prévenu que la production nationale de grain jaune serait cette année au plus bas niveau depuis 1980. Le maïs est entré en floraison en pleine deuxième vague de chaleur mi-juillet: le pollen a grillé et les épis peinent à se remplir.
Aux Etats-Unis aussi les rendements du maïs sont attendus en baisse. Mais des surfaces cultivées plus importantes devraient permettre au pays d’assurer « la deuxième plus grosse récolte de son histoire », selon l’USDA.
Et les déboires à l’export pour l’Ukraine devraient faire les affaires des agriculteurs américains.
Dewey Strickler, de Ag Watch Market Advisors, relève de son côté que les conditions météorologiques demeurent favorables sur le continent nord-américain, de quoi calmer toute envolée des cours.
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