Avec la baisse du niveau des eaux, d’immenses bancs de sable ont émergé du Rhin, du Danube, de l’Elbe et d’autres cours d’eau, paralysant le transport de marchandises par voie fluviale, crucial pour de nombreux secteurs industriels.
Le problème va s’aggraver, avertissent les scientifiques, alors que le changement climatique entraîne de nouveaux records de chaleur et des périodes de sécheresse plus longues.
Le nouveau ministre allemand des Transports, Steffen Bilger, a récemment convoqué un sommet de crise avec industriels, armateurs, ports et représentants du secteur logistique pour trouver la panacée.
– « Projets d’aménagement » –
Face à la crise, Berlin a décidé de suspendre temporairement l’interdiction de circulation des poids lourds le dimanche et les jours fériés, afin de contribuer à résorber les embouteillages dans le transport de marchandises.
À plus long terme, l’Allemagne doit, pousse le ministre conservateur, mener des travaux pour approfondir les chenaux et développer une nouvelle génération de bateaux à faible tirant d’eau, qui peuvent naviguer dans des zones exiguës.
« Nous devons rendre nos voies navigables plus performantes tout en adaptant les navires aux périodes de basses eaux », a-t-il déclaré mercredi, à l’issue d’une réunion en visioconférence avec les ministres des Transports des Länder.
« C’est pourquoi nous accélérons d’importants projets d’aménagement », a-t-il ajouté, promettant que la protection de l’environnement serait « pleinement prise en compte ».
Le même jour, le ministre social-démocrate de l’Environnement Carsten Schneider a exposé une vision radicalement différente, axée sur la restauration des rivières à leur état naturel.
« Au cours des siècles passés, l’Allemagne était une terre riche en eau », mais le changement climatique en a fait une ressource précieuse, a-t-il expliqué.
L’Allemagne ne peut ainsi plus continuer à « rectifier le cours des rivières pour les mettre à notre service », comme ce fut le cas pour développer l’agriculture, selon le ministre.
Ses propos rejoignent ceux des associations environnementales, opposées à l’approfondissement des chenaux de navigation.
Cela fait « plus de mal que de bien », notamment en « accélérant encore l’écoulement de l’eau vers la mer du Nord et la mer Baltique au lieu de la retenir dans les environs », souligne Beatrice Claus du Fonds mondial pour la nature (WWF).
– « Illusion d’agir » –
Quant au dragage, qui consiste à nettoyer le fond des rivières pour faciliter le passage des bateaux, ce n’est pas une solution durable puisque les sédiments ne cessent d’affluer, pointent les défenseurs de l’environnement.
« Draguer les rivières donne l’illusion d’agir », renchérit Olaf Bandt, président de l’association écologiste BUND.
En outre, les travaux menés pour consolider les berges détruiraient les zones d’eau peu profondes, où se reproduisent la faune aquatique et les insectes, ainsi que les plaines inondables, qui jouent le rôle d’éponges lors des crues.
Pour l’heure, la plupart des Länder allemands ont autorisé le transport des marchandises déroutées par camion, à l’empreinte carbone bien plus lourde que le transport fluvial.
Dans l’hebdomadaire Spiegel, Thomas Puls de l’institut économique IW Köln doute de la pertinence de cette mesure: il faut au moins 150 camions pour remplacer un seul bateau.
Pour Felix Banaszak, chef des Verts dans l’opposition, le gouvernement du chancelier Friedrich Merz délaisse la cause profonde du problème: la crise climatique.
« Les rivières s’assèchent. Les bateaux ne peuvent plus naviguer. Et pourtant, le nouveau ministre des Transports ne propose rien de plus que des chenaux de navigation plus profonds et de nouveaux types de navires », a-t-il déclaré au journal Rheinische Post.
« C’est caractéristique de ce gouvernement: on discute de tout sauf de la protection du climat […] Le gouvernement pose des rustines sur des plaies qui ne cessent de s’élargir ».




