Depuis des mois, ce responsable départemental de l’Observatoire national des étiages (ONDE) parcourt l’Oise à la recherche d’eau. En ce matin de fin août, alors que le thermomètre affiche déjà près de 25°C, il n’espère guère en trouver lors de sa tournée mensuelle de relevés.
« C’est une année assez exceptionnelle. (…) Je n’avais jamais vu ça », explique cet agent de l’Office français de la biodiversité (OFB) qui surveille les milieux aquatiques depuis une trentaine d’années.
– « Ca a été brutal » –
Dans l’Oise en juillet, 35% des cours d’eau observés étaient en « assec », c’est-à-dire sans aucun écoulement d’eau en surface de leur lit, le niveau le plus critique du dispositif de suivi. Seuls juillet 2023 et 2019 avaient été pires.
En juin 2026, ils n’étaient que 19%, signe de l’aggravation rapide de la sécheresse.
Et après une troisième vague de chaleur estivale d’une longueur record (28 juillet-19 août), la situation ne devrait pas s’arranger.
« Au mieux, ça ne remontera pas avant octobre » avec d’éventuelles pluies automnales, anticipe M. Jossart.
L’Oise est loin d’être une exception. À l’échelle nationale, fin juillet, l’ONDE recensait 1.373 cours d’eau en rupture d’écoulement ou en assec, 554 de plus qu’un mois auparavant. Une situation qualifiée par l’OFB de « la plus critique jamais enregistrée à cette période » en France.
Cette année, « ça a été assez brutal. A l’automne dernier, on avait un excédent d’eau. Et quelques mois plus tard, on s’est retrouvé quasiment du jour au lendemain avec l’effet inverse », observe M. Jossart.
« Je n’ose pas imaginer où on en serait si on n’avait pas eu une bonne recharge » à l’automne, glisse-t-il.
À l’origine, un manque de pluie persistant – près de 50 % de déficit pluviométrique en juin, 70% en juillet – et des fortes chaleurs quasi ininterrompues depuis fin mai ont asséché les sols, puis les nappes souterraines, principales sources d’alimentation des rivières.
À cela se sont ajoutés d’importants prélèvements pour l’irrigation agricole ou l’alimentation des canaux de navigation.
« L’Oise est un département très agricole », avec des cultures de pommes de terre ou de maïs, très gourmandes en eau. Le département abrite aussi le canal du Nord, reliant Paris au nord de la France et à la Belgique, rappelle M. Jossart.
– Terre craquelée –
Sur son calepin, à chaque relevé, c’est le même verdict : les chiffres « 3 », synonyme d’assec, s’enchainent.
Il a pourtant un peu plu ces derniers jours, mais cette eau, tombée trop tard, trop peu, a été absorbée par la végétation, elle aussi en souffrance, ou a ruisselé sur des sols assoiffés.
Dans le ru du fossé de la Gleu, sur le plateau du Noyonnais, la terre reste désespérément craquelée comme au coeur d’un désert.
« On est sur une situation plus que précaire », avec des conséquences « en cascade » sur les écosystèmes – survie des poissons menacée, assèchement des zones humides, dépérissement de la végétation, érosion des berges – mais aussi sur la qualité de l’eau, les rivières assurant la dégradation et la dilution de certains polluants, explique M. Jossart.
Ici « normalement on est sur un bassin sujet à inondation », fait-il remarquer face à des champs desséchés.
Un peu plus loin, au niveau du ru des Brûlés, c’est le même constat. Sous le petit pont de pierre qui sert normalement à enjamber le cours d’eau, pas une goutte, mais un amas de renoncules et d’orties.
« Ce ne sont même pas des plantes aquatiques, preuve que ça fait un moment que c’est à sec ici », déclare l’agent, avant d’aller de l’autre coté du plateau dans l’espoir de trouver un peu d’eau.
Et là, petite victoire : sur un point de la rivière Matz, un mince filet d’eau serpente enfin.
Mais pas de quoi pavoiser. « Ici normalement y’a 30 cm de plus », tempère M. Jossart. Il pourra néanmoins inscrire un petit « 1 » – chiffre correspondant à un écoulement visible – sur son carnet.




