Seuls deux hommes, un Somalien et un Irakien, ont survécu à la catastrophe dans laquelle les victimes, âgées de 7 à 46 ans, étaient majoritairement kurdes irakiennes, mais aussi afghanes, éthiopiennes, égyptiennes…
Les 14 prévenus, pour la plupart afghans, sont notamment jugés pour homicides involontaires et aide au séjour irrégulier en bande organisée. Deux d’entre eux, dont un Afghan soupçonné d’avoir tenu « un rôle majeur », font l’objet d’un mandat d’arrêt et seront jugés par défaut.
Le bilan meurtrier du naufrage, et le grand nombre de parties civiles -114 au total, des familles des victimes, dont une dizaine doivent venir spécialement d’Erbil, au Kurdistan irakien- donnent une dimension singulière à ce procès.
Ce dossier est également inédit en raison d’un autre volet, très sensible, et toujours en cours d’instruction, dans lequel sept militaires français -cinq personnels du centre régional de surveillance et sauvetage (CROSS) et deux marins d’un patrouilleur- sont mis en examen depuis 2023 pour ne pas avoir porté assistance aux naufragés.
Cette procédure disjointe pourrait faire à terme l’objet d’un autre procès, « espéré et fermement attendu par l’ensemble des victimes », selon Me Matthieu Chirez, représentant de 113 parties civiles, pour qui « la justice doit venir sanctionner l’ensemble des personnes ayant eu un rôle dans ce drame ».
« Il y a de grands absents dans ce procès », regrette pour sa part Me Emmanuel Daoud, avocat d’une partie civile. Mais l’audience, prévue sur trois semaines, sera cependant « l’occasion de porter un autre regard sur les hommes et les femmes qui montent dans ces embarcations, de montrer que ce ne sont pas des flux migratoires, des chiffres ou des paquets de lessive, mais des êtres humains en quête d’une vie meilleure », estime-t-il.
– « Small boats » –
Concrètement, il est reproché à la grande majorité des prévenus -sur les 12 qui comparaîtront, un est en détention provisoire et les autres sous contrôle judiciaire- d’avoir participé à « la mise à l’eau d’un +small boat+ de piètre qualité, non homologué, inapte à la navigation en pleine mer, surchargé et dépourvu de gilets de sauvetage adaptés ».
Mais la responsabilité est aussi élargie à ceux qui sont accusés d’avoir transporté, hébergé ou accompagné des victimes, des actions s’inscrivant dans une « chaîne d’effets en série » ayant conduit à la tragédie, selon l’enquête.
La plupart ont nié être des passeurs et ont contesté leur responsabilité, ou se sont présentés comme eux-mêmes candidats à l’exil.
Des investigations téléphoniques et des balisages ont cependant établi pour plusieurs d’entre eux leur présence près du lieu d’embarcation, et leur participation à l’organisation de passages pour l’Angleterre avant et après le naufrage.
Deux réseaux d’aide à l’immigration, l’un afghan et l’autre irakien, ont été mis au jour par l’enquête.
Le 24 novembre 2021 aux alentours de 14h, un navire de pêche français signale plusieurs corps inanimés en mer au large de Calais, tout proche des eaux anglaises.
Le bateau, une embarcation de mauvaise qualité, avec des flotteurs larges de 60 cm selon l’enquête, a été mis à l’eau en fin de soirée le 23 novembre.
Selon les témoignages des deux survivants, il a commencé à se dégonfler et à prendre l’eau après quelques heures de navigation. Les passagers tombent et se noient les uns après les autres. Non sans avoir passé une dizaine d’appels à l’aide désespérés aux secours français et britanniques, en vain.
Des dizaines de milliers de migrants tentent chaque année de rejoindre l’Angleterre depuis la France par « small boats », un phénomène apparu en 2018 en réponse au verrouillage des accès au tunnel sous la Manche et au port de Calais.
Paris et Londres ont signé en avril dernier un accord de coopération pour renforcer la lutte contre les traversées clandestines. Celles-ci ont certes baissé cet été, enregistrant leur nombre le plus bas depuis 2019, selon le Royaume-Uni, mais sans être stoppées.
Début août, 173 migrants qui tentaient de rejoindre l’Angleterre à bord d’une embarcation surchargée ont été secourus dans la Manche.




