« La question est de savoir quand l’Iran et les États-Unis prendront en compte ce besoin humanitaire et pourront s’accorder sur le recours à ce mécanisme pour faciliter l’accès aux engrais et leur utilisation, et ainsi alléger la pression sur le système alimentaire mondial », a déclaré John Denton, dans un entretien cette semaine à l’AFP en marge d’une conférence à l’Organisation mondiale du commerce (OMC).
« C’est une décision politique », a-t-il ajouté.
Le détroit d’Ormuz cristallise les tensions entre l’Iran et les États-Unis depuis qu’il a été verrouillé par Téhéran en riposte aux frappes israélo-américaines sur son sol le 28 février.
Le secrétaire général de l’ONU Antonio Guterres a proposé le 24 août que l’institution qu’il dirige joue le rôle de « facilitateur » pour le transport maritime des engrais, aujourd’hui fragilisé par la paralysie du trafic dans le détroit d’Ormuz.
Après avoir lancé en mars dernier des discussions à ce sujet, le chef de l’ONU a proposé « un mécanisme d’enregistrement et de vérification des navires transportant, au moins dans un premier temps, des engrais et des produits connexes ».
Depuis, la Chambre de commerce internationale a travaillé avec l’ONU et ses agences pour élaborer ce mécanisme, a indiqué M. Denton, saluant ce « très bon exemple de coopération entre le secteur privé et les agences multilatérales ».
La Chambre de commerce internationale a pu apporter une expertise concrète sur les conditions nécessaires pour que l’ensemble de la chaîne économique puisse fonctionner : navires, équipages, assurances et ports, a détaillé M. Denton, expliquant que le mécanisme devait « donner confiance aux armateurs, aux opérateurs de matières premières, aux ports, aux financiers et aux compagnies d’assurance ».
Désormais, « nous sommes prêts à démarrer », a-t-il assuré.
« Nous espérons vivement que, ce mois-ci, alors que la France préside le Conseil de sécurité, elle mobilisera tous les moyens dont elle dispose et que, si le président Macron préside le Conseil de sécurité, il saisira cette occasion pour attirer l’attention sur cette crise alimentaire exceptionnelle qui se profile, faire pression (…) pour mobiliser et activer le recours à ce mécanisme, a-t-il ajouté.
Environ un tiers des engrais mondiaux transitaient par le détroit d’Ormuz.
L’accès limité aux engrais pousse déjà les agriculteurs à en réduire l’utilisation, ce qui risque de peser sur les rendements agricoles et, par conséquent, sur la production alimentaire mondiale, a souligné M. Denton.
Cette situation pourrait en outre être aggravée par des phénomènes climatiques comme l’épisode actuel El Niño, a-t-il averti.




