Prévue du 16 au 20 octobre, la visite de M. Séjourné, chargé de la Prospérité et de la Stratégie industrielle, doit s’achever par la signature d’un protocole d’accord.
Le texte ne comporte à ce stade aucun engagement financier ni projet industriel précis.
Or, les trois usines métallurgiques de l’archipel, en grande difficulté, ont besoin de nouveaux capitaux.
Dans le Sud, Prony Resources reste sans repreneur après le retrait en septembre du consortium émirati New Battery Metals. Pour assurer sa survie, l’entreprise a obtenu 640 millions d’euros de prêts publics depuis 2021.
La Société Le Nickel (SLN) dépend elle aussi largement de l’État : elle a reçu environ 730 millions d’euros de nouveaux financements directs depuis 2023. Son actionnaire majoritaire, Eramet, a décidé de ne plus financer les pertes de sa filiale, tout en maintenant son soutien opérationnel.
Lundi, l’État a annoncé une forte augmentation de sa participation dans Eramet, dont il deviendra très largement le premier actionnaire sans dépasser 50% du capital.
Reste à savoir si cette nouvelle configuration modifiera la politique d’Eramet vis-à-vis de la SLN.
Dans le Nord, Koniambo Nickel SAS (KNS), à l’arrêt depuis 2024, cherche un partenaire pour remplacer le groupe anglo-suisse Glencore, qui détient 49% de son capital aux côtés de la SMSP, société contrôlée par la province Nord (indépendantiste).
Des groupes chinois figurent parmi les candidats.
Le député indépendantiste Emmanuel Tjibaou a confirmé mercredi qu’Emmanuel Macron lui avait exprimé « de manière assez franche » son opposition à l’entrée d’intérêts capitalistiques chinois dans KNS, une position déjà rapportée début septembre par le député loyaliste Nicolas Metzdorf.
– « Aucun investissement » –
Le partenariat avec l’Union européenne peut-il dès lors offrir une alternative aux capitaux chinois? « Il ne garantit aucun investissement », reconnaît Alcide Ponga, membre du gouvernement calédonien chargé du nickel.
Le texte offre selon lui « un cadre de travail supplémentaire » pour rapprocher les projets calédoniens d’éventuels investisseurs. L’accord européen « n’a pas vocation à financer les pertes d’exploitation, à recapitaliser les usines ou à se substituer à leurs actionnaires », insiste-t-il.
Pour Guillaume Kurek, directeur général de la SLN, l’intérêt européen constitue « une belle opportunité » pour faire valoir le potentiel minier calédonien.
La SLN est aujourd’hui la seule à vendre du nickel calédonien en Europe, à hauteur d’un peu moins de 10% de sa production.
Le député loyaliste Nicolas Metzdorf se montre, lui, réservé sur la portée du protocole d’accord, qui « ne change pas la donne ».
« Ce que j’attends de l’Union européenne, c’est qu’elle positionne des investisseurs », explique-t-il à l’AFP.
– « Patrimoine des Calédoniens » –
Chez les indépendantistes, les interrogations portent plus largement sur le poids croissant de l’État dans les choix industriels concernant le nickel, une compétence de la Nouvelle-Calédonie.
« Aujourd’hui, l’État cumule tous les rôles », déclare Emmanuel Tjibaou à l’AFP : « Actionnaire, prêteur, faiseur de doctrine en voulant exclure la Chine, parrain de l’accord avec l’UE ».
Pour le dirigeant indépendantiste, l’enjeu est celui du contrôle de la ressource : « Le nickel calédonien, c’est le patrimoine des Calédoniens d’abord », insiste-t-il.
Ce débat intervient alors que la filière nickel, déjà en crise avant les violences de 2024, peine à se redresser. Malgré un rebond de 35,4% de la production métallurgique en 2025, l’extraction et la métallurgie ne représentaient plus que 3,4% de la valeur ajoutée calédonienne, contre 9% en 2023.
La concurrence de l’Indonésie, dont l’essor a été largement financé et industrialisé par des capitaux chinois, continue de peser sur les cours et fragilise la compétitivité du nickel calédonien.
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