Pêche industrielle: pour sortir du rouge, Sapmer veut pêcher plus de thons

Après avoir essuyé une perte de 12 millions d’euros en 2014, Sapmer, le deuxième armateur thonier français, a légèrement réduit ses pertes au 1er semestre (3,5 millions d’euros), selon les résultats publiés mardi.

Mais les comptes restent plombés par les déboires de la pêche au thon tropical dans l’océan Indien, qui représente 40% de son chiffre d’affaires. Les 60% restants viennent de la pêche à la langouste et à la légine, poisson à la chair délicate prisé des gourmets, dans les mers australes.

Les cours mondiaux du thon ont chuté depuis début 2014, après un plus haut historique en 2013. Espérant profiter des prix élevés, de nombreux armateurs mondiaux s’étaient alors équipés en bateaux, amenant davantage de thon sur le marché, ce qui a ensuite fait dégringoler les prix.

Pour le directeur général de Sapmer, Adrien de Chomereau, les moindres pertes du premier semestre traduisent « les premiers effets des changements de fonds engagés depuis six mois ».

Il s’agit notamment de se concentrer sur la transformation des thons de qualité « premium », transformés en steaks et en longes (grands filets) dans les usines du groupe puis vendu à un prix plus élevé que le thon standard destiné aux conserves, en Europe, Amérique du Nord et Asie.

Mais aussi d’augmenter un niveau de pêche jugé « insuffisant » depuis début 2015.

L’idée est de « baisser le coût relatif de la pêche en augmentant les volumes », expliquait le groupe cet été.

– ‘goutte d’eau’ –

Sapmer possède neuf thoniers pêchant à la senne, un immense filet encerclant les bancs de thons. Cinq battent pavillon français, les autres sont immatriculés aux Seychelles et à l’île Maurice.

Pour gagner du temps et pouvoir pêcher davantage, les navires congélateurs débarquent désormais directement leurs prises aux Seychelles, plus proches des zones de pêche où le poisson est transformé, plutôt qu’à l’île Maurice comme avant.

Selon Greenpeace, Sapmer a aussi augmenté les objectifs de capture fixés aux bateaux, à 8.000 tonnes/an contre 5.000 auparavant.

Un chiffre que la direction de Sapmer s’est refusée à commenter, sans nier vouloir augmenter les prises. Les navires espagnols, grands concurrents des français dans l’océan Indien, pêchent environ 10.000 thons par an chacun.

Pour M. de Chomereau, le risque de faire chuter encore davantage les prix en pêchant plus est nul, les volumes de Sapmer étant « une goutte d’eau » par rapport aux prises mondiales de thon, qui se font en majorité dans le Pacifique, où l’entreprise n’opère pas.

4 millions de tonnes de thons sont capturées chaque année dans cet océan, contre 800.000 dans l’océan Indien.

Greenpeace dénonce aussi le choix du groupe de « réaliser plus de captures avec plus de DCP (dispositifs de concentration de poissons) », dans un texte publié cet été.

Les DCP sont des radeaux flottants sous lesquels les poissons viennent se réfugier, permettant aux pêcheurs de repérer plus facilement les bancs.

Cette technique permet donc de pêcher bien plus de thons à la fois que sur « banc libre », une menace pour la bonne santé des stocks et pour d’autres espèces, requins ou tortues qui se retrouvent pris dans les immenses filets, selon Greenpeace.

Sapmer et les autres thoniers français avaient décidé en 2011 de limiter le nombre de DCP à 150 par bateau pour préserver la ressource, quant certaines flottilles étrangères en utilisent dix fois plus.

Mais les bateaux Sapmer passeront bientôt à 500 DCP chacun, a indiqué à l’AFP une source proche de la direction, qui souligne que ce chiffre reste inférieur à la recommandation de la Commission thonière de l’Océan Indien (CTOI), chargée de la surveillance des stocks.

emi/fka/sbo

SAPMER

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