La mission de l’exploitant de ce brick-goélette de 32 mètres, l’entreprise néerlandaise Fairtransport, est néanmoins plus noble que celle des pirates, puisqu’elle se consacre au transport durable de marchandises en s’appuyant exclusivement sur l’énergie éolienne, à la voile.
« Nous n’avons pratiquement aucune émission, car nous naviguons sans moteur », a déclaré à l’AFP Sabine Fox, 51 ans, directrice de l’entreprise.
Chaque année, le Tres Hombres, baptisé en référence aux trois hommes qui ont fondé Fairtransport en 2007, traverse ainsi plus de 7.000 kilomètres à travers l’Atlantique, d’Amsterdam à la mer des Caraïbes, pour aller se charger en rhum, café, ou cacao.
« Nous choisissons des produits qui ne sont pas fabriqués en Europe, car nous ne voulons pas entrer en concurrence avec les marchés locaux », explique Mme Fox.
En proposant un modèle sélectif et inévitablement lent, Fairtransport essaye de « sensibiliser les consommateurs à ne consommer que ce qui est vraiment nécessaire afin d’éviter de nombreuses émissions liées au transport », poursuit Mme Fox.
« Combien de produits importons-nous de Chine dont nous n’avons pas besoin? », déplore-t-elle.
Selon l’Organisation maritime internationale (OMI), le transport maritime représente environ 3% des émissions mondiales de gaz à effet de serre.
Issus de l’agriculture biologique et d’une production focalisée sur le développement durable, les produits transportés par le Tres Hombres sont destinés aux marchés haut de gamme d’Europe du nord, que le voilier parcourt chaque été.
– « Tout près des dauphins » –
Du haut de ses 20 ans, le matelot Aaron Smit semble quelque peu déboussolé par le paysage industriel du port d’Amsterdam, après avoir passé plus d’un mois en mer sur la traversée des Açores aux Pays-Bas. Cependant, son visage s’illumine lorsqu’il se remémore des moments exceptionnels passés en mer.
« Si vous vous installez dans le fauteuil du capitaine, qui se trouve juste au-dessus de l’eau, sous le beaupré (mât situé au-dessus de la proue, ndlr), vous pouvez vous retrouver tout près des dauphins et les voir sauter tout autour de vous. C’est vraiment merveilleux d’être si près d’eux », raconte-t-il à l’AFP.
« C’est vraiment incroyable. Nous devons nous adapter chaque jour, car nous ne comptons que sur la force du vent. Nous avançons uniquement grâce à nos nombreuses voiles », explique Anne-Flore Gannat, 40 ans, capitaine du navire à la tête d’un équipage composé de huit stagiaires et de sept marins professionnels.
L’équipage du Tres Hombres fait en sorte que le navire puisse naviguer à une vitesse moyenne de 7 ou 8 noeuds (13 à 15 km/h environ), en calculant une marge de risque de 3 noeuds (5,5 km/h), afin d’éviter tout retard de cargaison.
Une fois arrivés à destination, les produits sont livrés à des chocolatiers ou torréfacteurs qui se chargent de les transformer.
Une telle opération exige tout de même de couvrir de nombreux coûts afin de se maintenir à flot.
« Nous les finançons en transportant des marchandises issues de notre propre gamme de produits +Tres Hombres+ », tels que le café, le chocolat ou le rhum, explique Mme Fox.
L’entreprise assure par ailleurs le transport pour d’autres entreprises ou propose à certaines personnes d’embarquer avec eux pour des voyages.
« Nous avons donc toute une série d’approches différentes pour financer… notre aventure! », conclut la directrice.