Les fruits ont été recouverts symboliquement d’un drapeau français. « On a décidé de faire une action sur Perpignan pour distorsion de prix avec l’Espagne », a indiqué Yves Aris, président de la Fédération départementale des syndicats d’exploitants agricoles (FDSEA), devant une cinquantaine d’agriculteurs présents et les médias.
Le mouvement était impulsé par la FDSEA, le Centre départemental des Jeunes agriculteurs (CDJA) et le Syndicat des Vignerons des Pyrénées-Orientales, un département frontalier de l’Espagne.
« On fait aujourd’hui devant le Consulat d’Espagne une action symbolique. On aurait pu brûler le drapeau, créer un incident diplomatique. On ne l’a pas fait. (…) Le problème, c’est que les exploitations espagnoles, qui utilisent des Roumains, cassent le marché », a-t-il ajouté.
« En Italie, c’est une véritable mafia qui fait travailler pour presque rien les migrants dans les exploitations. La pomme de terre du Portugal arrive à Saint-Charles (le marché international des fruits et légumes de Perpignan. NDLR) moins cher que le seul prix du conditionnement », a-t-il assuré.
-‘exploitations fragiles’-
« Pour la pêche, le marché reste tendu. Le prix du kilo tourne autour de 1,50 euro conditionné. Il faudrait qu’on le vende à 1,70 euro pour être un peu à l’aise. Aujourd’hui, les exploitations sont fragiles, les trésoreries faibles. Il faut réexpliquer au consommateur que notre produit a un prix », a-t-il insisté.
« Notre combat aujourd’hui, c’est la rémunération du travail par le prix. L’objectif, c’est le prix. On a entendu de belles choses, on attend des actes. Aujourd’hui, on est calme. On attend », a-t-il conclu.
Une réunion était prévue mardi au ministère de l’Agriculture avec la filière fruit de la FNSEA mais elle a dû être reportée de quelques jours, le ministre Stépahe Travert ayant dû s’absenter pour raisons personnelles.
En août 2014, quelques 200 agriculteurs d’une vingtaine de départements du sud avaient bloqué le poste-frontière du Boulou avec l’Espagne pour protester contre le « dumping économique » des producteurs espagnols.
Ils s’étaient ensuite rendus vers le marché Saint-Charles International, pour bloquer l’accès à cette immense plateforme européenne de vente en gros de fruits et légumes située à 25 km au nord du Boulou. Ils avaient déversé des tonnes de pêches et de nectarines dans leurs cageots qu’ils avaient ensuite enflammés.
Entre 1967 et 2015, la production de fruits a fortement baissé dans ce département, en raison essentiellement de la concurrence espagnole. La production d’abricots est passée de 67.000 à moins de 14.000 tonnes, celle de tomates de 37.000 à moins de 19.000 et la production de pommes s’est effondrée, passant de 16.400 à 2.610 tonnes.
Seul le secteur des pêches, nectarines et brugnons résiste encore et a même légèrement augmenté (+5%), passant de 59.500 à plus de 62.000 tonnes, selon les chiffres du ministère de l’Agriculture.
Bénéficiant d’une météo plus favorable, les fruits espagnols arrivent sur les marchés français et européens avant ceux des Pyrénées-Orientales et à des prix bien moins élevés.




