Affaire des « ports africains »: ce que la justice reproche à Vincent Bolloré

Paris (France), 19 mars 2026 (AFP) – Vincent Bolloré est renvoyé devant le tribunal correctionnel de Paris pour « corruption d’agent public étranger » et « complicité d’abus de confiance » dans le dossier des « ports africains ».

De la tour Bolloré à la Défense aux quais du port de Lomé au Togo, voici ce que la justice française reproche au milliardaire conservateur et patron de presse (CNews, JDD, Europe 1…) qui a fait fortune dans la logistique maritime en Afrique.

« Pacte de corruption »

Mars 2010. Au pouvoir depuis 2005, où il a succédé à son père Eyadéma, Faure Gnassingbé remporte l’élection présidentielle au Togo.

Selon les juges financiers parisiens, ce scrutin a donné lieu à un « pacte de corruption », « organisé par les plus hautes autorités du groupe » de logistique, présidé à l’époque par Vincent Bolloré.

Cinq mois avant le scrutin, l’agence de pub Euro RSCG, devenue plus tard Havas, a commencé à fournir des prestations de communication au dirigeant de 59 ans, relèvent-ils. La facture envoyée à la République du Togo s’élève à 100.000 euros.

Un prix « sous-évalué » selon les juges, pour qui le solde a été financé, à hauteur de 300.000 euros hors taxes, par une autre société du conglomérat Bolloré, SDV.

« Ménager les bonnes grâces »

Dans le même temps, entre septembre 2009 et mai 2010, le groupe Bolloré a obtenu pour deux de ses filiales « des prolongements de durée de concessions, des avantages fiscaux conséquents et la construction d’un 3e quai sur le port de Lomé », le premier port d’Afrique de l’Ouest, soulignent-ils.

« L’existence d’un pacte de corruption antérieur ressort des échanges entre Vincent Bolloré et le président de la République du Togo », un pays dont l’activité portuaire est la première source de revenus, souligne l’ordonnance de renvoi signée le 18 mars, que l’AFP a pu consulter.

« On voit mal (…) quels autres objectifs le groupe Bolloré et ses dirigeants auraient pu poursuivre en finançant la campagne électorale de Faure Gnassingbé, que ceux de se ménager les bonnes grâces et l’appui du président dans la perspective de la consolidation de la place de Bolloré Logistic dans le pays et d’obtenir de la part du chef de l’Etat des arbitrages conformes à leurs visées », appuient-ils.

Recrutement

M. Bolloré, appelé « VB » dans des messages entre les principaux protagonistes du dossier, devra également s’expliquer sur le recrutement du demi-frère du président, Patrick Bolouvi, dans « l’une des multiples filiales africaines du groupe ». Cette embauche « avait tout simplement pour finalité de répondre à une sollicitation du président togolais », estiment les juges d’instruction.

« Compte tenu de la personnalité de ce capitaine d’industrie, figure dominante du monde des affaires, l’argument selon lequel ses principaux collaborateurs auraient eu pour habitude d’utiliser son nom pour renforcer leurs propos et de lui faire endosser à son insu des décisions ou des orientations, au surplus dans un domaine aussi sensible et impliquant les plus hautes autorités d’un pays étranger, n’est absolument pas crédible », soulignent-ils.

M. Bolloré est également renvoyé pour « abus de confiance » dans ce volet du dossier.

Pour ses avocats, « les opérations survenues il y a plus de 15 ans entre les groupes Bolloré et Havas, dont il n’avait pas connaissance, portant sur 300.000 euros payés par chèques et passés régulièrement en comptabilité, s’inscrivaient dans le cadre normal des relations commerciales entre ces deux groupes. »

Présidentielle en Guinée

Un schéma de corruption « quasi identique » a été mis à jour en Guinée, « même si ces derniers faits ont été déclarés prescrits », soulignent les juges. Pour les faits commis dans cette autre ancienne colonie française, M. Bolloré est renvoyé seulement pour « abus de confiance », pour des sommes versées dans le cadre de la campagne électorale de l’ancien président Alpha Condé en 2010.

fbe/asl/swi

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