Ces près de 150 navires – selon une estimation de la Bourse de Commerce de Rosario (BCR) – sont immobilisés en attente de chargement ou déchargement, sur le Rio de la Plata ou le Parana, voies de navigation clés abritant les principaux ports du pays, et par où s’exportent près de 80% de la production agricole argentine.
« Ce n’est pas une grève des ports, car les pilotes n’ont pas de syndicat, mais une association à libre adhésion qui a décidé de cesser de fournir le service », a expliqué à l’AFP Fernando Ramirez, dirigeant du Syndicat des conducteurs navals (Siconara).
Il proteste contre un décret, entré en vigueur en août, qui dérégule le pilotage et la conduite en ports: il ouvre notamment l’activité à la concurrence, assouplit l’exigence de recours à ces services, autorisant dans certains cas des navires étrangers à opérer sans assistance.
Pour le gouvernement ultralibéral argentin, il s’agit d’augmenter la compétitivité du pays en réduisant les coûts logistiques du commerce extérieur, à l’instar de ports étrangers.
Pour les pilotes, qui assistent les capitaines pour guider les navires dans les ports, c’est la « sécurité de la navigation » qui est en jeu.
« Imaginez qu’un Russe arrive sans connaître notre fleuve, au grand nombre de virages, de passages en sens inversé, avec des navires se faisant face dans un chenal (…) et qu’il y ait une collision en face de Rosario, entre deux navires, un chimiquier et un pétrolier », a déclaré M. Ramirez.
Le gouvernement a réagi au mouvement en envoyant des notifications individuelles aux plus de 500 pilotes agréés: il les avertit qu’ils mettent en danger la sécurité de la navigation, les menaçant de sanctions pénales.
La Chambre des ports privés commerciaux (CPPC) a exprimé « sa plus profonde préoccupation » pour la « sévère paralysie » affectant l’activité fluviale et l’import-export.
Le président de la Chambre de l’industrie oléagineuse (Ciara) et des exportateurs de céréales (CEC), Gustavo Idigora, a évalué entre « 50.000 et 100.000 dollars par jour » le coût d’immobilisation d’un navire. En amont de Rosario, un jour de plus sans solution au conflit signifiera « 30 navires de plus » en attente, selon lui.




