Cette question est vitale pour les pêcheurs locaux de nombreux pays du Sud, qui accusent de grands chalutiers battant pavillons étrangers de détruire les stocks de poissons desquels ils vivent et d’endommager l’environnement marin.
« Nous nous engageons à renforcer le suivi, le contrôle et la surveillance, notamment par la localisation des navires et par un partage d’informations plus efficace, afin de prévenir, dissuader et éliminer plus efficacement la pêche INN » (Illicite, Non déclarée et Non réglementée), peut-on lire dans cette « Déclaration de Mombasa », dont l’AFP a eu copie.
« L’opacité » entourant une partie du secteur de la pêche « compromet les efforts » déployés pour lutter contre sa composante illégale « et les abus qui y sont liés », selon ce texte, qui estime « essentiel » « l’accroissement de la transparence » dans ce secteur.
Les 15 signataires sont la Belgique, le Cameroun, le Chili, la République dominicaine, la France, la Gambie, le Ghana, la Guinée, le Liberia, le Panama, la Papouasie-Nouvelle-Guinée, le Pérou, la Somalie, la Corée du Sud et la République du Congo.
Aucun des principaux acteurs de la pêche mondiale – Chine, Indonésie, Pérou, Russie, Inde, États-Unis et Vietnam -, qui à eux sept ont capturé plus de la moitié des poissons et autres produits de la mer pêchés en 2024, selon la FAO (Organisation pour l’alimentation et l’agriculture des Nations unies), n’ont signé la Déclaration de Mombasa.
– Impact « dramatique » –
Pendant des années, l’industrie de la pêche a refusé toute transparence, soit pour dissimuler des activités illicites, soit pour éviter que la concurrence ne découvre des zones particulièrement poissonneuses, a expliqué Tony Long, directeur général de l’ONG Global Fishing Watch.
De nombreux navires dissimulent également leurs véritables propriétaires en arborant des pavillons qui n’ont aucun lien avec leur véritable origine, a-t-il indiqué.
« Le manque de transparence permet la pêche illégale, non déclarée et non réglementée, et favorise aussi les atteintes aux droits humains et l’exploitation des travailleurs à bord des navires de pêche », a dénoncé Maisey Pigeon, de la Coalition pour la transparence de la pêche, ONG basée à Washington.
Autre conséquence: les petits pêcheurs locaux « ne peuvent pas nourrir leurs familles. Ils perdent leurs moyens de subsistance », déplore-t-elle.
Interrogé par l’AFP à Kipini, sur la côte kényane, Awadh Mbarak, 53 ans, dénonce l’impact des chalutiers étrangers qui ont « appauvri les gens et modifié de façon dramatique les fonds marins, entraînant la disparition de nombreuses espèces dans notre région ».
Pêcheur à la retraite de Kipini, Twaha Yusuf confie à l’AFP n’avoir plus vu depuis 40 ans de dugongs, ces mammifères marins ressemblant aux lamantins, et tient les chalutiers pour responsables. « Peut-être que mon fils ne verra même pas de tortues de mer à l’avenir », soupire-t-il.




