En Corse, derrière les promenades en mer, la criminalité organisée en embuscade

Ajaccio, 4 juin 2025 (AFP) – Derrière la vague d’incendies criminels qui a frappé des bateaux de promenade en mer ces derniers jours en Corse, magistrats, spécialistes et collectifs antimafia pointent la présence, de longue date, de la criminalité organisée dans ce secteur touristique lucratif.

Mardi, à Calvi (Haute-Corse), cinq semi-rigides appartenant à trois sociétés différentes ont été incendiés par des personnes munies de bidons d’essence, a indiqué à l’AFP une source proche du dossier.

« Les premières constatations suggèrent une origine criminelle », a confirmé à l’AFP le procureur de la République de Bastia, Jean-Philippe Navarre, qui a ouvert une enquête pour association de malfaiteurs et destruction en bande organisée par un moyen dangereux.

Mercredi toujours à Calvi, c’était au tour d’un luxueux catamaran également dédié aux excursions d’être détruit par les flammes, et là encore l’hypothèse d’une origine criminelle est « privilégiée », a précisé à l’AFP le procureur.

Fin avril à Saint-Florent, autre port de Haute-Corse, un bateau de promenade faisant figure d’institution avait été détruit par un incendie criminel qui avait également endommagé quatre autres navires. Mi-mai à Ajaccio, c’était un bateau de la compagnie effectuant les traversées dans le golfe d’Ajaccio qui était incendié, après une précédente tentative en février.

Face à ces événements, le collectif antimafia « Maffia no, a vita ié » (Non à la mafia, oui à la vie) a dénoncé ces « attentats crapuleux » contre « le tourisme maritime », dont « la nature même révèle des pratiques mafieuses visant à ruiner les entreprises pour mieux asseoir leur emprise ».

La justice doit « mettre hors d’état de nuire les auteurs de ces actes lâches avant qu’ils ne poussent plus loin leur avantage et ne recourent à l’assassinat pour consolider leur domination », a appelé le collectif.

– « Outil pour blanchir » –

Même indignation du côté de la Chambre de commerce et d’industrie (CCI) de Corse, qui craint que sans la mise « hors d’état de nuire sans délai » des auteurs « de cette vague de violence autodestructrice », « l’économie de la Corse déjà fragilisée » soit « précipitée vers le chaos et l’anarchie ».

Pour un spécialiste de la sécurité en Corse interrogé par l’AFP sous couvert d’anonymat, depuis des décennies « la batellerie en Corse est attractive pour la criminalité organisée, parce que ça n’est pas très difficile de blanchir dans ce secteur. Quand on a un bateau de 20 places et qu’on embarque 10 personnes, il est facile de dire qu’on en a embarqué 20. Donc non seulement il y a de l’argent à se faire parce qu’il y a de la clientèle, mais en plus c’est un outil assez pertinent pour blanchir des fonds ».

Cet expert rappelle l' »hyperconcurrence dans le secteur », qui s’était déjà traduite par des morts et des blessés par balles et de multiples incendies dans les années 1990 et 2000, en particulier dans les bouches de Bonifacio (Corse-du-Sud) où les sociétés de promenades en mer se menaient une véritable guerre.

En juin 2019, un batelier de 52 ans, condamné en 2016 dans une affaire d’extorsion autour de ce juteux marché, avait également été tué sur le port de Bonifacio dans ce qui avait été analysé par le procureur d’Ajaccio de l’époque comme une possible réplique dans la guerre du secteur.

« Aujourd’hui encore, la présence de la criminalité organisée est avérée dans ce secteur économique », assure le spécialiste consulté par l’AFP.

En avril 2024, dix personnes avaient ainsi été mises en examen dans une enquête pour extorsion et blanchiment autour de la « prise de contrôle d’un village de vacances » et « des conditions d’exploitation d’une société de promenade en mer, en Haute-Corse », avait annoncé le parquet de Marseille.

Cette enquête concernait la mouvance du « clan Federici », qui figure parmi les 25 bandes criminelles de l’île de Beauté répertoriées dans une note confidentielle de 2022 de la police nationale, consultée par l’AFP. Près de 520.000 euros et un véhicule avaient été saisis.

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