En Méditerranée, record de température marine aux forts impacts, selon une chercheuse

Marseille, 27 juil 2023 (AFP) – Les eaux de la Méditerranée ont enregistré lundi leur record de température connue en surface. Un réchauffement aux forts impacts sur les équilibres marins, souligne Delphine Thibault, chercheuse de l’Institut méditerranéen d’océanologie, basé à Marseille (sud de la France).

Selon des scientifiques de l’Institut des sciences de la mer (ICM) de Barcelone, la température médiane quotidienne de la surface de la mer en Méditerranée a atteint lundi 28,71ºC, un niveau jamais enregistré.

QUESTION: Ce record annoncé est-il le symbole du réchauffement inéluctable de la Méditerranée?

REPONSE: On est depuis l’année dernière plutôt dans des tendances à voir la Méditerranée se réchauffer. On a comparé les courbes de température des eaux de surface entre l’année dernière, qui était vraiment une année à canicule, et cette année, et la tendance semble se reproduire, (même si) c’est difficile à dire à l’échelle de la Méditerranée (entière).

La température de l’eau dépend de la température de l’air, mais elle dépend aussi du mouvement des courants marins et on a eu des conditions météorologiques assez particulières avec des flux du sud qui ont eu tendance à ramener des eaux chaudes et à les réchauffer localement. Donc une partie est certainement liée au changement climatique et aussi à ces changements au niveau des courants qu’on peut observer dans les eaux de surface en Méditerranée, mais aussi en Atlantique.

Q: Quels sont les impacts déjà enregistrés et attendus sur la biodiversité?

R: La canicule en juillet et aout l’année dernière, c’était une température de surface élevée mais aussi une température sur la profondeur, jusqu’à trente, quarante mètres, qui était très élevée et qui a entrainé des mortalité massives d’organismes fixés, comme les gorgones rouges (sorte de corail, NDLR) qui sont très impactées. On est à 85-90% de mortalité de ces gorgones en Méditerranée occidentale.

On n’en est pas là (cette année), mais on en prend peut-être la direction (…). Est-ce que ça va aggraver les mortalités de l’année dernière? Plutôt certainement si les températures restent très élevées.

La Méditerranée, c’est ce qu’on appelle un « hotspot » (point chaud) de biodiversité, une mer qui est très, très riche en termes d’espèces, mais c’est aussi une région qui est fortement impactée par les espèces invasives qui peuvent venir de Méditerranée orientale ou du sud de la Méditerranée, mais aussi d’au-delà, de la mer Rouge par exemple. Et on sait que l’augmentation des températures va favoriser l’arrivée de ces espèce dans le paysage méditerranéen français et qu’elles vont pouvoir très rapidement s’habituer, s’implanter, voire supplanter les espèces locales et modifier le fonctionnement de nos écosystèmes.

Malheureusement l’océan est un système en trois dimensions où on ne peut pas intervenir, les espèces sont transportées par les courants ou viennent d’elles-mêmes si elles ont la capacité de nager, on ne peut pas mettre des barrières. Il faut que l’ensemble du système – océans, atmosphère et terres – retrouve un fonctionnement beaucoup plus équilibré.

Q: Paradoxalement, dans la région de Marseille l’eau est froide en ce moment. Pourquoi?

R: La Méditerranée c’est compliqué, il y a plusieurs zones différentes. Et dans la zone de Marseille, on est soumis au mistral (vent sec venant du Nord), et même s’il n’est pas très bon pour les risques d’incendie, il est très bon pour les milieux marins parce qu’il va chasser les eaux chaudes vers le large et faire revenir les eaux fraiches. On est passé en deux jours d’une température de 25 degrés en surface à 17 et c’est bien, parce que ça va donner un souffle à ces espèces marines qui sont tout à fait habituées à ces variations de température et vont pouvoir évoluer dans des températures qui leur sont plus favorables

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