Gambie: des villageois accusent une usine chinoise de polluer leur côte

Arrivé au pouvoir en janvier après 22 ans du régime sans partage de Yahya Jammeh, le président Adama Barrow est soucieux d’attirer les investissements, notamment chinois, pour relancer l’économie de ce petit pays d’Afrique de l’Ouest.

La Gambie et la Chine n’ont rétabli leurs relations diplomatiques qu’en mars 2016, mais le géant asiatique était déjà l’un des premiers partenaires commerciaux de Banjul.

En septembre, une entreprise chinoise spécialisée dans la farine de poisson destinée à la consommation d’animaux d’élevage a ouvert une pêcherie, baptisée Golden Lead, à Gunjur, au sud de la capitale.

« Quand l’usine s’est implantée ici, beaucoup de gens étaient contents, moi y compris », se souvient Badara Bajo, directeur de la Société de protection de l’environnement et de développement de Gunjur (EPDGG). « Nous avons pensé que cela créerait des possibilités d’emploi et peut-être des revenus stables pour les habitants ».

Mais au bout de quelques mois d’activité, la population a commencé à remarquer une odeur nauséabonde, puis des traces rouges dans l’eau, avant de retrouver des bancs de poissons morts sur le rivage. Les nageurs du lagon ont aussi commencé à se plaindre de problèmes de peau.

« L’usine est très proche du lagon, lui-même voisin de la réserve naturelle que nous gérons depuis maintenant 22 ans », explique Badara Bajo. « La faune aquatique, comme le tilapia, les huîtres et même les crabes violonistes sont morts. La mangrove que notre association avait réintroduite a également beaucoup souffert ».

Après des tentatives infructueuses de discuter avec les responsables de la société, le militant écologiste a organisé avec ses collègues fin mai une manifestation dans le village voisin de Kartong, où doit s’installer une autre usine chinoise.

De son côté, l’Agence nationale de l’environnement a engagé des poursuites le 14 juin, accusant Golden Lead de déverser ses eaux usées dans l’océan sans autorisation.

– L’argent n’a pas d’odeur –

Le directeur général de Golden Lead, Bakary Darboe, a « rejeté les accusations », ajoutant que la compagnie employait 64 personnes dans le secteur.

L’Agence a finalement retiré sa plainte début juillet, moyennant des promesses de réparations de l’entreprise.

« Le gouvernement a consenti à régler cette affaire à l’amiable », a indiqué à l’AFP la porte-parole de l’administration Barrow, Mme Amie Bojang-Sissoho. « La compagnie s’est engagée à retirer ses canalisations de la mer, réalisera une étude écologique globale et réparera les dégâts à l’environnement ». Elle financera aussi des analyses de l’eau.

Le cas de Gunjur est un test du niveau de tolérance des autorités gambiennes aux retombées écologiques des investissements qu’elles souhaitent attirer, notamment les entreprises chinoises, souvent accusées par des experts de ne pas assez se préoccuper de l’environnement dans leurs opérations en Afrique.

Engagé dans une offensive de charme auprès de Pékin, Banjul n’aurait guère pu se permettre une longue bataille judiciaire autour du dossier de Golden Lead.

Le président Barrow a salué le 24 juillet au parlement la récente signature par sa ministre du Commerce, Isatou Touray, d’un accord commercial d’exemption de taxes avec la Chine.

Ce discours parle à des travailleurs du secteur, comme Alieu Saine, un pêcheur venu en mars de la région sénégalaise voisine de Casamance après avoir appris que Golden Lead achetait chaque jour des tonnes de poisson et qui dit s’être habitué à l’odeur.

« Contrairement aux autres poissonneries qui achètent à crédit, les Chinois payent comptant », souligne le pêcheur sénégalais, qui indique les avoir vus débourser jusqu’à 2 millions de dalasis (plus de 37.000 euros) par transaction avec leurs fournisseurs.

« Le gouvernement devrait encourager les Chinois à amener davantage d’entreprises comme celle-ci », estime-t-il, « pour occuper les jeunes et les détourner de la périlleuse migration illégale vers l’Europe », dans laquelle tant périssent en traversant le désert ou la Méditerranée.

Les Infos Mer de M&O

Soudeur naval, un métier stratégique

Un article de Alan Le Gall*, Soudeur naval Derrière chaque bâtiment de combat de la Marine nationale s’inscrit une chaîne industrielle rigoureuse, structurée et...

Liban : nouvelles frappes israéliennes à Beyrouth, craintes d’une occupation du sud

De nouvelles frappes israéliennes ont visé Beyrouth dans la nuit, faisant sept morts et plusieurs dizaines de blessés selon les autorités libanaises. L’aviation...

Ouistreham : un chalutier saisi pour trafic de cocaïne vendu 300 000 euros aux enchères

Un chalutier de 18 mètres, saisi en 2025 dans le cadre d’un trafic maritime de cocaïne entre le Brésil et la Normandie, a...

29 mars 1967 : lancement du premier sous-marin nucléaire lanceur d’engins français LE REDOUTABLE

Source vidéo du 9 juillet 1969 : INA Le général de Gaulle est présent et déclare : "C’est une journée capitale pour notre Marine,...

France – Philippines : un accord pour renforcer la coopération militaire en Indo-Pacifique

La France et les Philippines ont signé un accord permettant à leurs forces armées de participer à des exercices conjoints sur leurs territoires...

Washington accuse Chine de cibler des navires panaméens

Les États-Unis accusent la Chine de retenir des navires sous pavillon panaméen dans ses ports, dans un contexte de tensions croissantes autour du...

Plus de lecture

M&O 290 - Mars 2026

Colloque Souveraine Tech du 12 sept 2025

Alors qu'il était Premier Consul, Napoléon Bonaparte déclara le 4 mai 1802 au Conseil d'État, "L’armée, c’est la nation". Comment ce propos résonne t-il à un moment de notre histoire où nous semblons comprendre à nouveau combien la nation constitue et représente un bien à défendre intelligemment ? Par ailleurs, si la technologie est le discours moral sur le recours aux outils et moyens, au service de qui ou de quoi devons-nous aujourd'hui les placer à cette fin, en de tels temps incertains ? Cette journée face à la mer sous le regard de Vauban sera divisée en tables rondes et allocutions toniques.

ACTUALITÉS

Le Bénin et la mer

Découvrez GRATUITEMENT le numéro spécial consacré par Marine & Océans au Bénin et la mer

N° 282 en lecture gratuite

Marine & Océans vous offre exceptionnellement le numéro 282 consacré à la mission Jeanne d’Arc 2024 :
  • Une immersion dans la phase opérationnelle de la formation des officiers-élèves de l’École navale,
  • La découverte des principales escales du PHA Tonnerre et de la frégate Guépratte aux Amériques… et de leurs enjeux.
Accédez gratuitement à la version augmentée du numéro 282 réalisé en partenariat avec le Centre d’études stratégiques de la Marine et lÉcole navale

OCÉAN D'HISTOIRES

« Océan d’histoires », la nouvelle web série coanimée avec Bertrand de Lesquen, directeur du magazine Marine & Océans, à voir sur parismatch.com et sur le site de Marine & Océans en partenariat avec GTT, donne la parole à des témoins, experts ou personnalités qui confient leurs regards, leurs observations, leurs anecdotes sur ce « monde du silence » qui n’en est pas un.