Les prévenus comparaissent devant le tribunal correctionnel de Pointe-à-Pitre jusqu’à jeudi pour « association de malfaiteurs », « dégradation de biens publics en réunion » et « mise en danger de la vie d’autrui ».
Selon Caroline Calbo, procureure de la République de Pointe-à-Pitre, 13 grévistes avaient pénétré dans la salle de commande de la centrale de Jarry, à Baie-Mahault, provoquant « l’arrêt brutal des moteurs thermiques ».
Deux autres salariés les avaient ensuite rejoints pour désactiver le groupe électrogène de secours, privant d’électricité tout le département.
Sur les 15 personnes placées en garde à vue après les faits, 14 ont été renvoyées devant le tribunal au terme de l’enquête.
La coupure avait touché les 230.000 clients d’EDF de l’archipel, certains privés de courant jusqu’à 40 heures. « Tout d’un coup, on tombe à 0 mégawatt », se souvient une source proche du dossier, évoquant la « sidération ».
En juin 2025, Mme Calbo avait fait état d’au moins « une trentaine de personnes » mises en danger, dont des patients hospitalisés ou maintenus à domicile, certains en soins palliatifs et dépendants d’appareils électriques.
Vingt-huit personnes, le CHU et la centrale EDF-PEI figurent parmi les parties civiles, selon une source proche du dossier.
Me Caroline Alix représente les ayants droit d’une nonagénaire décédée en 2025, restée « bloquée en position haute » dans son lit médicalisé dégonflé alors qu’elle vivait sa fin de vie à domicile.
Me Alix a évoqué auprès de l’AFP les « douleurs » et la « peur » de la vieille dame. Une autre source rapporte qu’un patient atteint de myopathie « a failli s’étouffer », sauvé par une infirmière présente ce jour-là.
Au plus fort de la crise, les appels aux secours ne pouvaient plus aboutir. Le CHU avait pris en charge une dizaine de personnes intoxiquées au monoxyde de carbone, dont un nourrisson de 10 mois en réanimation.
Malgré un couvre-feu instauré par la préfecture le soir du black-out, plusieurs barrages avaient été érigés et 11 commerces pillés à Pointe-à-Pitre, dont trois bijouteries attaquées à l’aide de deux tractopelles. EDF chiffre ses dégradations à 904.204 euros.
Pour Mme Alix, ce procès doit servir d’avertissement. « Si l’on a envie d’embêter les institutions », il faut « utiliser d’autres méthodes » car ce type d’action « met en danger la vie de la population ».




