La question de l’eau potable en Guadeloupe dans les mains d’un juge d’instruction parisien

Paris (France), 25 sept 2026 (AFP) – Le front judiciaire autour de l’eau potable en Guadeloupe prend une nouvelle dimension : le dossier est désormais entre les mains d’un juge d’instruction spécialisé à Paris, qui enquête contre X pour mise en danger d’autrui, une avancée applaudie par les associations.

Depuis le 10 juin, les possibles victimes ont été appelées à se constituer partie civile auprès de ce juge du pôle santé publique, a précisé une source proche du dossier à l’AFP.

Les premières plaintes sur la qualité et la distribution de l’eau en Guadeloupe, déposées en 2023, avaient donné lieu à l’ouverture d’enquêtes localement.

L’information judiciaire parisienne doit passer en revue la gestion et distribution de l’eau entre le 1er janvier 2017 et le 5 septembre 2024 dans le département d’outre-mer français.

Elle va notamment se pencher sur la possible mise en danger d’autrui liée aux « coupures inopinées d’eau », qui ont nécessité « l’organisation de tours d’eau » (coupures tournantes, NDLR), et la fourniture d’une eau non conforme aux normes pour une consommation humaine, a poursuivi la source proche du dossier.

D’autres infractions sont visées, comme l’offre ou la vente d’eau et de glace alimentaire « sans s’être assuré » que leur qualité était propre à la consommation : la justice évoque une eau « trouble, odorante », distribuée potentiellement sans vérifier qu’elle était conforme aux normes.

Le juge va également se pencher sur la façon dont l’eau était, ou non, contrôlée ; les mesures prises « en cas de risque sanitaire » ; le respect des procédures de traitement de l’eau et de nettoyage des installations…

L’information des Guadeloupéens sera aussi un sujet : ont-ils été informés du « danger potentiel pour la santé » de l’eau qui était distribuée ? Les mesures d’interdiction ou de restriction ont-elles été prises correctement ? Des conseils ont-ils été donnés pour les plus fragiles ?

– « Avancée majeure » –

Le fait de confier ces investigations « à une juridiction spécialisée dans les affaires de santé et d’environnement » a été salué comme une « avancée majeure » par le collectif citoyen qui avait lancé en 2023 une action commune baptisée Goutte d’eau.

Ce collectif explique réunir plus de 230 plaignants, aux côtés d’associations : la Ligue des droits de l’Homme (LDH), Notre Affaire à Tous et Kimbé Rèd FWI.

La fondatrice de cette dernière association, Sabrina Cajoly, confie à l’AFP qu’elle espère « créer un électrochoc auprès des autorités, un sursaut pour que des mesures d’urgence soient prises sans attendre l’issue judiciaire : approvisionner en citernes ceux qui n’en ont pas, donner accès à des bonbonnes d’eau potable, l’annulation des factures et l’information en temps réel des personnes ».

En Guadeloupe, « des gens n’ont pas d’eau durant des semaines à plusieurs mois consécutifs », rappelle-t-elle.

– « Demander réparation » –

« Des dizaines de milliers de Guadeloupéens sont victimes au quotidien des faits dénoncés et doivent faire face à des risques de santé publique d’une gravité extrême », a souligné Me Emmanuel Daoud, avocat du collectif. « Il est incontestable que l’État et les collectivités n’ont pas pris la mesure de la situation sanitaire catastrophique ».

« Toute personne concernée par la crise de l’eau en Guadeloupe » peut désormais « faire reconnaître sa qualité de victime, demander réparation et indemnisation de ses préjudices et participer à la recherche de la vérité et des responsabilités », a indiqué le collectif.

Au total, plusieurs centaines de Guadeloupéens, réunis dans plusieurs collectifs, comme également « L’eau c’est la vie », ont ouvert ces dernières années un front judiciaire autour de la question de l’eau dans l’archipel confronté depuis des années à une crise hydrique.

La Guadeloupe connaît des coupures d’eau régulières en raison de décennies de gestion délétère et de réseaux vétustes. Un organisme unique de gestion de l’eau potable, le SMGEAG, a été créé en 2021 pour redresser la situation mais il peine à remplir sa mission et connaît de nombreux dysfonctionnements financiers et politiques.

En juin 2024, un congrès de l’eau s’est tenu pour faire avancer le dossier et une demande d’opération d’intérêt national a été votée par les élus de l’archipel.

Les Antilles françaises sont par ailleurs l’épicentre du scandale du chlordécone, un pesticide utilisé dans les bananeraies en dépit des alertes sur sa nocivité. En justice, le dossier s’est soldé par un non-lieu, mais plus de 500 parties civiles se sont pourvues en juin devant la Cour de cassation pour le contester.

fbe-asa/nal/mpm

X

Les Infos Mer de M&O

Gildas Bernard, fondateur et directeur : « NAVEXPO reste avant tout un salon professionnel dédié aux solutions opérationnelles ».

En dix ans, NAVEXPO est devenu un rendez-vous pivot du maritime professionnel. Alors que l'on fête cette année les 400 ans de la...

Soudeur naval, un métier stratégique

Un article de Alan Le Gall*, Soudeur naval Derrière chaque bâtiment de combat de la Marine nationale s’inscrit une chaîne industrielle rigoureuse, structurée et...

Liban : nouvelles frappes israéliennes à Beyrouth, craintes d’une occupation du sud

De nouvelles frappes israéliennes ont visé Beyrouth dans la nuit, faisant sept morts et plusieurs dizaines de blessés selon les autorités libanaises. L’aviation...

Ouistreham : un chalutier saisi pour trafic de cocaïne vendu 300 000 euros aux enchères

Un chalutier de 18 mètres, saisi en 2025 dans le cadre d’un trafic maritime de cocaïne entre le Brésil et la Normandie, a...

29 mars 1967 : lancement du premier sous-marin nucléaire lanceur d’engins français LE REDOUTABLE

Source vidéo du 9 juillet 1969 : INA Le général de Gaulle est présent et déclare : "C’est une journée capitale pour notre Marine,...

France – Philippines : un accord pour renforcer la coopération militaire en Indo-Pacifique

La France et les Philippines ont signé un accord permettant à leurs forces armées de participer à des exercices conjoints sur leurs territoires...

Plus de lecture

M&O 291 - Juin 2026

 
Dans le cadre de notre opération de promotion estivale, ce numéro de Marine & Océans est exceptionnellement accessible gratuitement et en intégralité.
 
Marine & Océans remercie chaleureusement ses fidèles abonnés pour leur compréhension et leur confiance renouvelée.
 
À tous ceux qui nous découvrent aujourd'hui et souhaitent mieux comprendre les grands enjeux maritimes :

ABONNEZ-VOUS !

Rejoignez la communauté Marine & Océans et accompagnez-nous tout au long de l'année.

ACTUALITÉS

Le Bénin et la mer

Découvrez GRATUITEMENT le numéro spécial consacré par Marine & Océans au Bénin et la mer. 

N° 282 en lecture gratuite

Marine & Océans vous offre exceptionnellement le numéro 282 consacré à la mission Jeanne d’Arc 2024 :
  • Une immersion dans la phase opérationnelle de la formation des officiers-élèves de l’École navale,
  • La découverte des principales escales du PHA Tonnerre et de la frégate Guépratte aux Amériques… et de leurs enjeux.
Accédez gratuitement à la version augmentée du numéro 282 réalisé en partenariat avec le Centre d’études stratégiques de la Marine et l‘École navale

OCÉAN D'HISTOIRES

« Océan d’histoires », la nouvelle web série coanimée avec Bertrand de Lesquen, directeur du magazine Marine & Océans, à voir sur parismatch.com et sur le site de Marine & Océans en partenariat avec GTT, donne la parole à des témoins, experts ou personnalités qui confient leurs regards, leurs observations, leurs anecdotes sur ce « monde du silence » qui n’en est pas un.