Cette opération s’accompagne d’un « grand nettoyage de quartier », explique Mickaël Hamel, adjoint au chef de service du commissariat de Saint-Pierre.
Quelques jours plus tôt, l’occupante de l’appartement a été interpellée. Le logement, un « haut lieu de trafic », ne doit désormais pas « se transformer en squat », souligne Elisabeth Payet, responsable de la SIDR, la société immobilière gestionnaire de l’immeuble.
Face au parc voisin, près de 80 habitants et membres d’associations se sont réunis, sacs poubelle à la main, pour « reprendre possession des lieux ».
« C’est un parc où se réunissent régulièrement trafiquants et consommateurs », précise le responsable policier. L’objectif est donc de nettoyer cet espace « sale et un peu à l’abandon » pour « diminuer le sentiment d’insécurité des habitants ».
Ketty Calogine, qui vit là « depuis toujours », regrette le « changement de visage du quartier depuis environ huit ans ».
« Avant, on se réunissait dans le parc pour pique-niquer, les familles s’y rassemblaient. Aujourd’hui, les jeunes squattent. On a peur que nos enfants tombent dans le +dou+ », raconte l’habitante.
– « Une proie facile » –
Le « dou » est une drogue de synthèse de la famille des cathinones, consommée sous forme de poudre ou de cristaux. Elle se répand sur l’île depuis 2022, selon Guillaume Maniglier, chef du service territorial de la police judiciaire.
« Elle procure un sentiment d’excitation et renforce la confiance en soi », décrit Karine Hoareau, infirmière du centre de soins, d’accompagnement et de prévention en addictologie de Saint-Pierre.
Cette drogue touche différents publics, selon elle: des jeunes et moins jeunes, des hommes, des femmes, mais aussi une population précaire, avec notamment des SDF, « une proie facile pour les trafiquants ». Et ce, malgré un coût « plus élevé que la cocaïne », estimé à environ « 140 euros le gramme », selon M. Maniglier.
Arrivant par voie aérienne ou maritime, la drogue provient d’Asie et passerait le plus souvent « par l’Europe », indique-t-il. Elle serait ensuite conditionnée et redistribuée par des grossistes « concentrés dans le sud de l’île ».
Le trafic prend de l’ampleur. « C’est l’une des drogues qui progresse le plus avec la cocaïne sur le territoire », constate M. Maniglier.
Entre le 1er janvier et le 15 mai 2026, 34,5 kg de kétamine et de cathinones, dont le « dou », ont été saisis à leur arrivée sur l’île, déjà presque autant que les 38 kg de l’année 2025, selon le préfet de La Réunion.
Et cette progression alimente aussi la délinquance.
« C’est une drogue qui décuple l’agressivité et lorsque les consommateurs sont très précaires, ils ont tendance à devenir violents et à avoir recours aux cambriolages pour financer leurs doses », poursuit M. Maniglier.
La lutte contre les stupéfiants devient « une priorité de l’Etat à La Réunion », souligne la préfecture.
Le 28 août, le préfet, le Grand Port Maritime et les acteurs économiques du secteur portuaire ont signé une charte d’engagement contre le narcotrafic, pour renforcer la vigilance, le signalement des comportements suspects et la prévention des infiltrations de réseaux criminels dans la chaîne portuaire.
Des contrôles ciblés ont aussi lieu régulièrement à l’aéroport, comme le 4 septembre. Objectif des forces de l’ordre: « démanteler les structures de revente », qui fonctionnent via des points de trafic « de plus en plus nombreux », selon M. Maniglier.
– « Aucun traitement » –
Une fois installée, la dépendance est difficile à enrayer. « C’est une drogue aussi addictive que le crack », prévient l’infirmière. « Il n’y a aucun traitement et de fortes rechutes ».
Même un an après, les anciens utilisateurs ont toujours envie de consommer. Les phases de descente peuvent provoquer « beaucoup de paranoïa et d’hallucinations », ainsi qu’une anxiété importante et parfois des crises d’angoisse, compliquant encore le sevrage.
« Les jeunes sont particulièrement vulnérables car les trafiquants viennent leur proposer des doses gratuites », ajoute Mme Hoareau. Les trafiquants « savent bien qu’après, les jeunes ne peuvent plus s’en passer ».




